Education: la méthode globale "éloigne" l'enfant de la lecture

Pour Stanislas Dehaene, la méthode syllabique est la seule méthode efficace
Pour Stanislas Dehaene, la méthode syllabique est la seule méthode efficace - © Capture d'écran France2

Des scientifiques français viennent de trancher : la méthode syllabique est, selon eux, la méthode d'apprentissage la plus efficace car elle fait travailler le bon côté du cerveau. Ce qui n'est pas le cas de la méthode globale, source de difficultés supplémentaires pour l'enfant pouvant entraîner de la dyslexie.

Ces neuropsychologues ont analysé l'activité cérébrale de jeunes enfants (10 au total) en train d'apprendre à lire avec l'une ou l'autre de ces méthodes. Et pour eux, c'est clair, "ceux qui ont une méthode alphabétique, phonique entraîne le circuit de l’hémisphère gauche qui est le circuit universel, efficace de la lecture. Les personnes qui ont une attention globale, la forme du mot, ces personnes n'utilisent pas ce circuit. Leur attention est orientée vers l’hémisphère droit qui est un circuit beaucoup moins efficace pour l'analyse de la lecture". C'est en tout cas la conviction de Stanislas Dehaene, le neuroscientifique qui pilote ces recherches. Pour lui, "tout autre circuit d'apprentissage éloigne l'enfant de la lecture". C'est ce qu'il a déclaré dans un reportage réalisé par le JT de France 2 mardi soir :

Des conclusions qui n'étonnent pas Caroline Deom, présidente de l'ASELF, Association Scientifique et Ethique des Logopèdes Francophones. Pour elle, "cette étude vient confirmer ce qu'on observe sur le terrain. De plus en plus d'enfants ont besoin d'aide à cause de la méthode globale".

Même son de cloche du côté de Marie Van Reybroeck. Ce prof de la faculté de psychologie et des sciences de l'éducation à l'UCL a mené plusieurs recherches sur les méthodes d'apprentissage. Selon elle, "la méthode globale n'explique pas aux enfants le système alphabétique de la langue. Ceux qui s'en sortent plus ou moins bien vont le faire, les autres vont avoir du mal à le faire".

Faut-il bannir la méthode globale?

Proscrire la méthode globale au profit de la méthode syllabique pour l'apprentissage de la lecture pourrait, dès lors, sembler être une évidence. Pour Marie Van Reybroeck, c'est loin d'être aussi simple : "Je pense qu'il faut donner les clés de l'analytique aux enfants mais une approche mixte peut avoir son intérêt aussi".

Quant aux problèmes de dyslexie, elle estime que "ce n'est pas lié uniquement à la méthode, mais à une cause qui est multifactorielle : un trouble d'abord phonologique qui, combiné à une méthode globale, va faire que le risque sera plus important".

En Fédération Wallonie-Bruxelles, difficile de savoir combien d'écoles ont opté pour la méthode globale, totalement ou en partie. "Il n'existe pas de statistiques", nous a-t-on confirmé au cabinet de la ministre de l'Enseignement obligatoire.

Guy Lorquet, inspecteur chargé de la coordination pour l'enseignement fondamental, nous a précisé ce mardi midi que la méthode globale "pure et dure", telle qu'elle était enseignée à l'époque, n'était plus appliquée comme telle. Du moins, c'est ce qu'il pense. Pour lui, il n'existe à l'heure actuelle plus que des méthodes mixtes "où il y a un développement du sens mais aussi un développement du code. Et tout l'art de l'enseignant consiste à harmoniser les deux aspects", en fonction des élèves. 

Pour le reste, il n'existe pas de décret obligeant une école à opter pour telle ou telle méthode, confirme-t-il. "Le responsable de cette décision, c'est le pouvoir organisateur. Tout ce qui est méthode pédagogique relève du pouvoir organisateur qui peut imposer une méthode de lecture aux enseignants". Mais tout cela, "c'est la théorie", dit-il, "dans les faits, c'est la direction et les enseignants qui décident". En tout cas, dans la majorité des cas. 

Quant à savoir si au sein du ministère on envisage de supprimer la méthode globale, il répond que son rôle n'est pas d'entamer la réflexion par rapport à ça. Il se dit, par contre, attentif aux études menées en la matière et déclare espérer que les enseignants et directions en tiennent compte. 

Guy Lorquet précise encore que des inspecteurs vont être envoyés prochainement dans des écoles pour évaluer le niveau de lecture des enfants. 

 

C. Biourge

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