Edoardo Traversa (E-Change): "On attend peut-être trop du monde politique et on est forcément déçu"

Après le choc des résultats électoraux de dimanche, des citoyens ont fait entendre leur voix. Hier, entre 2000 et 4000 personnes ont manifesté à Bruxelles et ont répondu à l'appel de Stand Up, un groupe contre l'extrême droite et le fascisme. L'appel visait à se lever face à la montée de l'extrême droite.

Comme de nombreux citoyens, Edoardo Traversa, coordinateur du mouvement E-Change, un laboratoire d'idées politiques, a ressenti un choc à l'écoute des résultats à la fois en Flandre, mais aussi pour l'ensemble de l'Europe. Il considère que les manifestations sont un bon moyen de se battre pour la démocratie.

"C'est certainement un moyen très visible de montrer que la démocratie a de la valeur et de montrer qu'il faut faire quelque chose. Je les remercie donc de montrer à l'ensemble de la population que la démocratie est notre bien le plus précieux, certainement en regardant l'histoire, mais encore aujourd'hui. C'est le meilleur régime pour protéger nos libertés et assurer notre prospérité".

Sentiment d'injustice sociale

Interrogé sur les questions de ce vote pour l'extrême droite, Edoardo Traversa estime que ce n'est pas qu'une question de racisme. "J'ai cette fois-ci l'impression qu'une des premières raisons de fond est un fort sentiment d'injustice sociale, d'injustice fiscale, le fait d'être un peu laissé de côté de la vie politique, de ne pas vraiment avoir un rôle et de ne pas être reconnu dans ces problèmes de tous les jours qui sont réels".

Il rajoute: "C'est aussi une peur envers l'avenir, parce que le vote d'extrême droite n'est pas juste un vote de personnes qui ont peu, c'est aussi un vote de personnes qui ont parfois beaucoup, mais qui ont peur de perdre. C'est donc une première cause. La deuxième cause est l'impression que le monde politique n'est pas en mesure de résoudre ces problèmes et que ses vraies préoccupations ne sont justement pas les problèmes des gens dans différents domaines. On a parlé d'immigration, mais il y a aussi la mobilité, l'énergie, les transformations de l'économie, le changement climatique, etc. On a l'impression que le politique ne travaille pas de manière constructive pour faire avancer ces chantiers".

"Le monde politique n'y arrivera pas seul"

Mais alors que faire pour reconnecter ces citoyens et ces politiques ? Pour Edoardo Traversa, il faut avant tout mettre autour de la table les politiques mais aussi élargir la table du débat. "Les enjeux sont trop importants. Le monde politique n'y arrivera pas seul. Le monde économique, le monde social, le monde associatif, les citoyens ont un rôle à jouer et on doit absolument changer la méthode" précise-t'il. 

Edoardo Traversa fustige également l'attitude des partis traditionnels qui ne reconnaissent pas leur défaite. "Les partis historiques traditionnels ont perdu parce qu'il y a une manière de faire de la politique, mais aussi un système qui n'est probablement plus adapté, à partir du moment où c'est un système qui récompense les comportements destructifs. Il faut là se poser la question : n'y a-t-il pas quelque chose à changer de manière plus profonde ? Par exemple donner plus de voix à l'électeur pour qu'il puisse avoir un poids sur les coalitions et permettre de récompenser les comportements constructifs".

Il estime qu'au-delà de ce qu'on peut faire au sein du monde politique, il y a aussi un changement d'attitude à avoir de la part des citoyens. "C'est-à-dire qu'on attend peut-être trop du monde politique et on est forcément déçu (...) La démocratie s'appuie sur des citoyens, la démocratie s'appuie sur des associations, la démocratie ne va pas survivre juste parce que le monde politique va se ressaisir.

Pour autant, ce professeur de droit fiscal à l'UCL ne veut pas être pessismiste pour l'avenir. "Je pense que la démocratie a traversé des épreuves qui étaient bien pires que des dimanches noirs. Il y a eu des dimanches noirs qui étaient pires il y a une vingtaine d'années et on en est sorti. Je ne mentionne même pas les situations de guerre véritable. Mais il ne faut pas faire semblant que rien ne s'est passé. Il faut un changement d'attitude de la part du monde politique et du monde intellectuel".

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