Ecologie : recycler le plastique, ce n'est pas si automatique

Ecologie : recycler le plastique, ce n’est pas si automatique
Ecologie : recycler le plastique, ce n’est pas si automatique - © FRED TANNEAU - AFP

La filière de recyclage en Belgique est-elle vraiment à la pointe ? Une enquête du magazine Médor s’est penchée dessus et révèle que la réalité des chiffres est moins rose qu’annoncée. « Fost Plus, l’organisme qui a en charge l’organisation de la filière du recyclage, est fier de dire qu’on recycle 8 bouteilles en plastique sur 10. Et d’après les différents experts et sources que j’ai consultés, on tournerait plutôt autour de 5 bouteilles sur 10 », explique Sandrine Warsztacki, l’auteure de l’enquête.

Mais d’où vient alors ce décalage ? Sandrine Warsztacki explique qu’il y a trois raisons : la première, c’est le fait que certains achètent des bouteilles à l’étranger pour les recycler en Belgique. « Ça améliore le bas de la fraction sans avoir été compté en haut, donc déjà ça vient augmenter », précise la journaliste. Idem pour l’e-commerce : beaucoup d’entreprises qui doivent payer une cotisation pour organiser le recyclage de leur emballage ne le font pas, leur emballage n’est donc pas comptabilisé. « Donc quand on achète des produits sur Internet, qu’on les met dans le sac à recyclage, ça vient améliorer les statistiques en bas, mais ça n’a pas été compté en haut dans la fraction », conclut Sandrine Warsztacki. Dernier problème : le poids de l’eau contenue par les bouteilles qui sortent du centre de tri, et qui vient améliorer les résultats.

Comment expliquer alors que Fost Plus fausse ainsi les chiffres ? « Il y a peut-être un intérêt inconscient de la part des entreprises à envoyer ce message qu’on peut consommer et qu’on peut recycler, qu’on est dans une économie circulaire, tout va bien… et en fait non, c’est faux ! » affirme la journaliste. Les entreprises auraient alors du mal à remettre en question leur modèle économique et préféreraient fermer les yeux. « Recycler, c’est très important, mais c’est la dernière des dernières des dernières des solutions, affirme Sandrine Warsztacki. On ne doit pas se donner bonne conscience en recyclant. Ça ne suffit pas. » La priorité, explique la journaliste, c’est d’abord la réduction des déchets, selon le principe de l’échelle de Lancy qui dit que « le meilleur déchet est celui qui n’existe pas ».

Le problème avec le plastique est d’ailleurs qu’il ne se recycle pas à l’infini, contrairement au verre par exemple. « Le plastique est une molécule complexe qui perd de ses qualités à chaque cycle, précise Sandrine Warsztacki. Et donc, pour recycler une bouteille en plastique, il faut ajouter du nouveau plastique dedans. On ne va pas pouvoir faire ça en nombre de fois illimitées. » Et encore, les bouteilles ne sont pas les cas les plus problématiques, comparées aux sacs et aux films plastiques, qui ne peuvent être transformés qu’en banc, qui ne sera pas recyclé. Il s’agit en réalité de rallonger la durée de vie d’un matériau mais pas de le rendre immortel. « Par exemple, on va transformer une bouteille en plastique dans un pull avec des matières polaires qui vont perdre leur fibre au lavage, qui un jour terminera soit à l’incinérateur, soit dans une décharge sauvage », regrette Sandrine Warsztacki.

L’Union européenne a légiféré en la matière pour quelques objets. On parle également dans l’enquête de l’écoconception, le côté économique et marketing dans la conception d’un produit. "Parmi ce qu’on met dans le sac bleu, il y a des produits qui devraient normalement pouvoir être recyclés, mais qui ne sont pas recyclables parce qu’ils ont été mal conçus par l’industrie", note la journaliste. Par exemple, une canette dont le corps est en plastique (PET) qui normalement se recycle relativement bien, mais avec un dessus en métal : les machines ne peuvent pas séparer les deux. "La Fédération des recycleurs pointe au total 26.000 tonnes d’emballages qui sont problématiques juste parce qu’ils ont été mal pensés, explique Sandrine Warsztacki. C’est parfois aussi une question de conservation : la bouteille de ketchup Heinz, par exemple, contient un adjuvant pour absorber l’acidité de la tomate, et si on met cette bouteille dans une usine, tout le reste du plastique devient jaune… Les centres de tri veulent donc à tout prix l’éviter".

L’enjeu est donc avant tout de réduire sa production de déchets, en consommant moins et des produits réutilisables. « Il y a quand même un gros mouvement zéro déchet qui est énormément médiatisé et les entreprises y répondent quand même, parfois un peu lentement, se réjouit Sandrine Warsztacki. Mais si tous les consommateurs le demandent, les entreprises derrière vont aussi répondre à cette demande des consommateurs. » D’autant plus que la législation les pousse à être écoresponsables. « C’est vrai que le législateur a un rôle important », note la journaliste. Notamment au niveau européen : l’Europe pourrait peser dans la mise en place d’une meilleure écoconception, en interdisant par exemple les emballages problématiques.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK