Ecoles : la formation aux métiers manuels perturbée par la crise sanitaire

Les mains dans les câbles d’électricité, Georgy Sauvage applique consciencieusement les conseils de son patron. Cet apprenti électricien est en 6e année secondaire et effectue son dernier stage de l’année scolaire. Une année perturbée par la crise sanitaire et l’enseignement hybride depuis octobre dernier. "L’école, c’était très compliqué. On y allait très peu. C’était difficile pour nous, car comment voulez-vous apprendre un métier manuel derrière un écran ? Je suis bientôt diplômé et j’ai peur de ne pas avoir vu toutes les notions nécessaires pour faire mon métier d’électricien", confie Georgy.

Stages : rattraper les notions non-vues

Avec l’enseignement hybride, tous ces cours pratiques ont été divisés par deux. Grâce aux maintiens des stages en entreprise, les manques sont quelques rattrapés sur le terrain. "En stage, je vois plein de choses nouvelles. Cela me rassure aussi de me dire que je les aurai vues ici", ajoute l’apprenti. Non loin de lui, son patron l’accompagne, le guide et le conseille sur les tâches du chantier.

Pour lui, le stage est une situation win-win. "Ça ne me pose de problèmes qu’il n’ait pas tout vu à l’école cette année. Il a déjà d’excellentes bases des années précédentes et ici à nos côtés, Georgy va continuer à apprendre. On va le former à notre manière de travailler. Le but de tout ceci, c’est aussi de faire du repérage de bons éléments et voir s’il peut à l’avenir, si c’est son souhait, intégrer notre équipe. Nous avons besoin de mains d’œuvre et nous sommes clairement en recherche", explique Frédéric Verstaete, patron d’une entreprise d’électricité et maître de stage.

Une bouffée d’oxygène dans cette année bizarre

Sur les lieux de stage, il n’est pas rare de croiser le professeur titulaire en visite. Une occasion de ne pas couper le lien entre l’apprenti et l’école. Pour Christophe Delcambe, les stages ont été essentiels cette année. "En raison de l’enseignement 50-50, nous avons perdu énormément d’heures de pratiques dans les ateliers à l’école. Grâce aux stages, on peut clairement dire que nos élèves rattrapent les notions non-vues. Ils prennent confiance en eux sur le terrain. Les stages leur donnent aussi une bouffée d’oxygène dans cette année bizarre et nous, on essaye de voir comment pédagogiquement, on peut faire en sorte qu’ils soient le plus prêts possible pour sortir de l’école et intégrer le marché du travail", raconte le professeur d’électricité de l’Athénée royal de Braine l’Alleud.

Apprendre autrement

Dans un atelier d’ébénisterie du Brabant wallon, trois stagiaires poncent du bois, parmi eux, Corentin Vandebotermet. Elève en 7e secondaire ébénisterie, il décompte les jours avant la fin de sa scolarité. Malgré la crise sanitaire et deux années scolaires perturbées, il se sent prêt à travailler. "J’attends ce moment depuis super longtemps. J’ai hâte de pouvoir déployer mes ailes et enfin de me lancer. Je suis prêt à travailler. La crise sanitaire n’a pas eu trop d’impacts sur ma formation car j’ai beaucoup travaillé de mon côté avec mon père et mon parrain. Et puis, pour ma part, je suis en dernière année et ça, ça aide pour tenir le coup psychologiquement", déclare-t-il enthousiaste.

Ici aussi, les élèves sont suivis de près par leur professeur d’ébénisterie. "En stage, ils apprennent à travailler avec des machines dont ne dispose l’école. Ils ont une autre vision du métier, peut-être plus moderne. Mais je suis convaincu qu’ils sont prêts à travailler. Les essentiels ont été enseignés et pratiqués. De toute façon dans ce métier, ils vont continuer à se former tous les jours. Moi aussi, à l’aube de ma pension, j’apprends encore", complète Claude Poncin, professeur de travaux pratiques, ébénisterie à l’Athénée royal de Braine l’Alleud.

Fin de l’année scolaire et certification

Dans les écoles de techniques qualifiantes, les couloirs des ateliers pratiques ont bien été vides un jour sur deux en raison de l’enseignement hybride. De nombreux exercices pratiques sont laissés en l’état et tous ne seront pas terminés d’ici la fin juin et la fin de l’année scolaire approche à grand pas. "Comme les autres années, le conseil de classe jouera son rôle et restera souverain en cette fin d’année scolaire. Nous prendrons en considération tous les éléments et avec peut-être une tout autre vision aussi pour valider les certifications en toute bienveillance", précise le préfet des études de l’Athénée royal de Braine l’Alleud. D’ici là pour ces élèves, il ne reste que quelques semaines avant la fin de l’année scolaire, avant aussi leur entrée sur le marché du travail. Un marché qui les attend impatiemment vu la pénurie de mains d’œuvres dans ces secteurs.

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