Ecole: la dyslexie d'un élève peut bénéficier à toute la classe

Atelier "Dans la peau d'un enfant à besoins spécifiques" au Salon Educ 2018.
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Atelier "Dans la peau d'un enfant à besoins spécifiques" au Salon Educ 2018. - © RTBF

Le salon de l'Education attend la visite de 25.000 enseignants d'ici dimanche, dans les palais 4 et 8 de Brussels Expo. Les directions d'école peuvent y découvrir les derniers jeux pour la cour de récréation ou les dernières tendances en matière de cantine scolaire. Les allées sont non seulement le reflet du business qui tourne autour de l'école, mais elles sont surtout ponctuées d'innombrables pistes pédagogiques.

Isabelle Senterre est en quête de ressources pédagogiques. Ce mercredi matin, la directrice d'école parcourt les allées du salon Educ le nez en l'air. "C'est l'occasion de consacrer quelques heures exclusivement à la recherche de ressources pédagogiques pour l'école, explique la directrice de l'école fondamentale de l'Institut du Sacré Cœur de Nivelles. Pour une fois, mon téléphone ne m'interrompt pas chaque minute dans mes recherches", sourit-elle. Elle a pointé une série de conférences qui pourraient l'intéresser.

A quelques mètres de là, un atelier sur les troubles de l'apprentissage attire de nombreux enseignants.

"Dans la peau d'un enfant à besoins spécifiques"

Tout au long de la journée, Perrine Bigot, orthopédagogue, met les enseignants dans la situation des enfants dyslexiques, dysphasiques, dyscalculiques, dysgraphiques ou qui sont sujets à des troubles de l'attention. L'atelier de dyslexie commence par la lecture d'un texte… presque illisible: les syllabes ont été inversées et les mots ne sont pas coupés au bon endroit. Le texte est dense, fort peu aéré. Le public a deux minutes pour le déchiffrer. "Le but est de leur faire prendre conscience de ce que les enfants dyslexiques vivent par rapport à l'écrit, explique Perrine Bigot. Ils seront capables de comprendre, mais cela va leur demander beaucoup plus d'énergie qu'aux autres enfants. Je pense que tant qu'on n'a pas ressenti ça, on ne peut pas comprendre ces enfants".

La méthode a le mérite de bousculer. Les instituteurs en dernière année d'étude ou la psychologue qui expriment leurs émotions suite à l'expérience se disent "perdus", "désorientés", ont le sentiment d'être "ridicules".

Perrine Bigot prend les mots au bond: "C'est ce que ces enfants vont vivre toute leur vie!"

Après le ressenti, les outils

L'orthopédagogue donne quelques éléments d'explication sur la dyslexie, avant d'enchaîner par les outils et les astuces qui peuvent clarifier le message délivré par un texte.

Un texte remanié fait son apparition à l'écran. Il semble beaucoup plus aéré et la police a changé. "Il existe des polices de caractère pour dyslexiques. Vous les trouverez sur un moteur de recherche. Je vous conseille de télécharger gratuitement Open-Dyslexic".

Par ailleurs, une image de cheval trône au-dessus du titre "Le cheval mathématicien" qui est écrit en gras. "Attention, j'ai mis une seule image qui soutient le texte. Certains enseignants veulent parfois bien faire en mettant des petites étoiles sur le texte, mais dès lors, vous vous exposez au risque que l'enfant qui a un trouble de l'attention avec hyperactivité colorie les étoiles".

Tout le monde est gagnant

Au sein d'une classe, les enfants dyslexiques côtoient les dyscalculiques ou des élèves hyperactifs. Ces aménagements raisonnables profitent à tous les enfants. "Tout le reste de la classe bénéficie aussi des dispositifs de soutien aux enfants en troubles d'apprentissage, explique Isabelle Senterre, directrice de l'école fondamentale de l'Institut du Sacré cœur de Nivelles, notamment ceux qui ont des difficultés d'apprentissage parce qu'ils ne connaissent pas la langue par exemple. Ces aménagements permettent de débroussailler, de déparasiter. On clarifie le message et on peut aller vers l'essentiel. Tout le monde est gagnant".

Cinq à dix pour cents d'élèves concernés dans les classes

A côté du stand de Perrine Bigot se trouvent celui d'une association de parents d'enfants concernés et de l'APEDA (l'Association belge des parents et des professionnels pour les enfants en difficultés d'apprentissage). "Il y a cinq à dix pour cent d'enfants en difficulté dans les classes, précise Catherine Leroy de l'APEDA, et ce sont des handicaps invisibles. Se mettre dans la peau de ces enfants, c'est donc une manière de comprendre leurs difficultés. On demande aux professeurs d'être vigilants, de comprendre et d'être encourageants par rapport à ces difficultés. Pour pouvoir ensuite envoyer l'enfant chez un spécialiste pour qu'il y ait un diagnostic et un suivi à l'extérieur et qu'il y ait une collaboration entre les parents, l'école et les professionnels."

Le décret "aménagements raisonnables"

Un nouveau décret est d'application depuis début septembre. "Le travail de Perrine sera d'autant plus intéressant dans le cadre du nouveau décret, insiste Sophie Hancisse, puisque ce nouveau décret vise à ce qu'un maximum d'élèves à besoins spécifiques soient inclus dans l'enseignement ordinaire. D'où l'importance de former les professeurs."

Les instituteurs sont conscients qu'ils manquent de connaissances dans le domaine. Corentin, Manon et Laura terminent leurs études d'instituteur à la Haute école Louvain en Hainaut. Ils regrettent de ne pas avoir eu davantage de cours sur le sujet et se réjouissent d'avoir pu découvrir quelques outils et astuces lors de l'atelier auquel ils ont assisté au Salon Educ. "Ce sont de petites choses auxquelles on ne pense pas, mais qui font beaucoup. Ça ne prend pas longtemps à mettre en place quand on fait nos fiches prépa ou nos fiches élèves".

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