Ebola: très peu de risques de voir débarquer un malade chez nous

Jusqu'à présent, Ebola touchait des zones reculées d'Afrique centrale. Mais cette fois, il s'est même propagé dans la capitale Conakry à portée d'avion de l'Europe. L'Organisation mondiale de la santé et l'ONG Médecins d'Afrique ont déployé une équipe médicale à l'aéroport de Conakry pour s'assurer que les passagers ne sont pas porteurs du virus en sortant du pays.

Le virus d'Ebola fait peur. Il est très virulent et sa souche congolaise tue dans 9 cas sur 10. Y a-t-il des risques de voir atterrir un malade chez nous ? C'est la question posée à deux experts :

Emmanuel Bottiaux (Institut de Médecine tropicale d'Anvers IMT) : "C'est une maladie virale avec une incubation courte, c'est-à-dire que les symptômes apparaissent assez vite après l'infection parce qu'il y a une multiplication rapide des virus. Les symptômes ne sont pas du tout spécifiques, ressemblant à ceux d'une grippe : fièvre, maux de tête, courbatures... Toutefois le virus est extrêmement agressif, capable de pénétrer dans différentes cellules, différents organes, et assez rapidement, vers la deuxième semaine, mais parfois plus vite, on voit une atteinte de différents organes, foie, coeur, poumons, rate, reins, qui sont détruits et 'fondent' et une atteinte spécifique : un trouble de la coagulation. C'est ce qui explique que les gens vont développer assez rapidement des hémorragies, c'est-à-dire saigner par tous les orifices. Le tout avec une fièvre qui rend les patients très malades. D'autres maladies donnent des hémorragies diffuses, mais dans le cas d'Ebola, c'est spectaculaire. C'est un virus très mal supporté par l'organisme humain mais aussi lui-même plutôt mal adapté à l'Homme, puisqu'il tue rapidement son hôte. Le décès peut intervenir en 2 semaines. La maladie fait peur parce qu'elle est spectaculaire, qu'il n'y a pas de traitement antiviral spécifique contre l'Ebola, ni non plus de prévention possible par vaccin, puisqu'il n'existe pas. En plus, à partir du stade des saignements, il existe un risque infectieux important : le virus est présent dans les fluides corporels, dans les vomissures... La famille qui s'occupe d'un patient peut être contaminée et le personnel soignant est lui aussi fréquemment infecté, avec des décès chez mes médecins et infirmières."

Pour la première fois, le virus est arrivé dans une capitale africaine. À partir de là, une contamination de l'Europe par avion est possible. Emmanuel Bottiaux commente cette situation nouvelle : "Les épidémies d'Ebola précédentes ont eu lieu dans des zones rurales difficilement accessibles. Or les voyages en avion sont très courts et on peut être en phase d'incubation pendant un voyage. Cela dit, on se contamine seulement en étant très proche du malade. Donc cela touche d'abord la famille proche qui s'occupe du malade, ceux qui vivent dans la même maison Ce n'est pas, heureusement, comme pour la grippe ou la tuberculose, où on se contamine par les voies respiratoires. En cas d'alerte en Belgique, il y a des procédures bien précises qui sont prêtes tant au niveau de l'IMT que de l'hôpital universitaire d'Anvers et d'hôpitaux bruxellois, et des experts prêts à répondre à toute éventualité."

La Belgique n'est pas à 100% équipée pour recevoir un malade

"Cette épidémie survient dans une région de l'Afrique où on ne l'attendait pas, précise Yves Van Laethem, médecin au Traveller médecine à Bruxelles, et à proximité d'un aéroport dont les destinations principales sont Paris et Bruxelles. Un groupe d'experts se réunit encore la semaine prochaine pour définir la façon dont serait géré un cas d'une personne infectée arrivant à Bruxelles. Par rapport aux recommandations internationales, nous ne sommes pas stricto sensu équipés pour accueillir un tel patient. La Belgique ne possède pas de lit dit 'P4' c'est-à-dire totalement isolé. Nous disposons de chambres permettant d'isoler convenablement toute pathologie respiratoire - or ici nous sommes face à une transmission par les liquides corporels. Il faudrait donc s'accommoder de circonstances qui ne sont pas tout à fait idéales. Mais la probabilité de voir arriver quelqu'un de contaminé n'est pas élevée : il faudrait que ce soit quelqu'un qui a eu un contact étroit avec un malade ou quelqu'un du personnel soignant qui aurait eu un accident de travail. Mais les mesures de confinement sont appliquées sur place."

Lucie Dendoven et Patrick Bartholomé

Lucie DENDOVEN

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