Eau gratuite au resto: sur la table ou sur demande?

Faut-il imposer la carafe d'eau gratuite dans les restaurants? Le sujet était débattu au parlement wallon hier, puisque cette eau gratuite au restaurant figure dans la déclaration de politique régionale wallonne. L'idée suscite une franche levée de boucliers. Pour en parler sur le plateau de CQFD, trois invités: Axelle Basselet, co-initiatrice de Free tap Water, David Marquenie, secrétaire général de la FIEB (Fédération de l'Industrie de l'eau), et Miguel Van Keirsbilck, secrétaire général de la Belgian Restaurants Association.

Axelle Basselet explique qu'en lançant le groupe Facebook Fee tap Water (12 000 membres aujourd'hui), il ne s'agissait pas de faire pression sur la législation: "la première intention de ce groupe était de référencer les restaurants proposant cette carafe gratuite et de regrouper les consommateurs favorables à cette option [...] Quand on a envie de se désaltérer, c'est bien d'avoir le choix entre les deux: eau en bouteille ou eau du robinet. Car l'objectif est aussi et surtout de limiter l'impact écologique du transport de bouteilles en plastique".

Rien n'est gratuit derrière une carafe d'eau

"Les restaurateurs ne sont pas favorables à l'imposition d'une obligation supplémentaire à toutes celles que nous avons déjà", affirme Miguel Van Keirsbilck, "nous sommes des entrepreneurs attachés à la liberté d'établir notre politique commerciale et tarifaire [...] Une chose est de permettre le service d'eau du robinet, une autre est de l'obliger gratuitement, ce qui est un leurre. Rien n'est gratuit derrière une carafe d'eau: il y a le refroidissement de la carafe, le nettoyage de la carafe, des verres, etc", explique le secrétaire général de la Belgian Restaurants Association, qui rejette surtout l'aspect obligatoire de la mise à disposition gratuite de l'eau dans la proposition du gouvernement wallon.

Perte de 70 emplois directs

Autre secteur potentiellement impacté: les minéraliers, ou "producteurs" d'eau. David Marquenie, secrétaire général de la Fédération de l'Industrie de l'eau, l'affirme: "on perdrait 20% d'activité pour les entreprises situées en région wallonne. Ce qui signifie une perte de 70 emplois directs et 213 emplois indirects, mais aussi une perte de revenu pour l'état, via certaines taxes, TVA, accises et cotisations actuellement payées aux autorités". 

Il faut ici encore différencier la carafe d'eau gratuite obligatoirement présente sur la table ou la carafe d'eau disponible gratuitement sur demande. "On ne demande pas forcément de mettre automatiquement la carafe sur la table mais de pouvoir choisir", répète Axelle Basselet, pour Free tap Water, qui prédit que beaucoup de gens continueront de prendre de l'eau en bouteille. "Une eau minérale naturelle qui est potable à la source", précise David Marquenie, "c'est une eau qui ne peut pas être traitée, ni chimiquement, ni micro-biologiquement [...] C'est un produit bio".

En France c'est l'eau, en Belgique c'est le pain et le beurre

En France, la carafe d'eau gratuite n'est plus une obligation depuis 2015. Le restaurateur ou le cafetier peut vous faire payer la carafe ou le verre d'eau,
pour autant que ce soit clairement indiqué dans son établissement. Mais dans les faits, ceux qui facturent cette prestation sont rares, tant les clients sont habitués à pouvoir se désaltérer gratuitement.

"Il y a ici une différence culturelle", observe Miguel Van Keirsbilck, "en Belgique, c'est le pain et le beurre qui sont offerts aux clients, une tradition que les gens apprécient". Et de conclure: "cumuler la gratuité pour l'ensemble des services, ça se répercutera inévitablement sur le prix du repas, aller au restaurant ça coûtera plus cher dans ce cas".

 

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L'entièreté du débat ci-dessous.

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