Du plaisir au cauchemar : comment réagir en cas de "revenge porn"? Que l’on soit victime, auteur ou témoin

Ce jeudi, le tribunal de la jeunesse de Charleroi se penche sur l’affaire de trois adolescents ayant fait circuler des images de Maëlle dans des positions intimes avec un ex-petit ami. La jeune fille a 14 ans, ceux qui diffusent la vidéo aussi. Maëlle ne l’a pas supporté, elle s’est suicidée il y a un peu plus d’un an.

Pour éviter ce genre de drames, Child Focus sensibilise les ados à parler du "revenge porn" via sa plateforme www.cybersquad.be et via le numéro 116.000 et ce, que l’on soit victime, auteur ou témoin. À noter que le phénomène existe aussi chez les adultes. L’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes est en charge ce phénomène et publie un manuel pour les victimes. Le numéro d’aide est le 0800 12.800.


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Si dans cette affaire, l’origine de ces images n’est pas encore claire, il arrive bien souvent que des jeunes s’envoient des "sextos". C’est d’ailleurs tout à fait normal. Ça fait partie du développement de l’ado, du plaisir de la découverte de sa sexualité.

Du plaisir au cauchemar

"Ça s’appelle le sexting, précise Monica Diaz Acoda, conseillère sécurité en ligne chez Child Focus. Ce n’est pas du tout dramatique à condition que la personne ait envie de partager cette photo avec son/sa partenaire et que l'autre personne soit d'accord de la recevoir. Elle ne doit pas être mise sous pression pour l’envoyer, ça ne doit pas l’être à son insu. C’est toujours mieux de rappeler le caractère privé avant l’envoi."

Le problème, c’est quand cette confiance est rompue. Le petit ami, devenu ex, fait circuler les images et elles se répandent à la vitesse grand V sur la toile.

"Plus on attend, plus les photos circulent et plus il sera compliqué de les supprimer", fait remarquer Monica Diaz Acoda de Child Focus. La fondation ainsi que l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes conseillent d’agir vite : signaler les photos sur les réseaux sociaux, faire des captures d’écran pour garder la preuve et ainsi pouvoir porter plainte. En parler à un proche.

Mais la honte se loge bien souvent dans le mauvais camp et peut paralyser la victime. Tout ce dont elle a alors envie, c’est de mettre ces images loin d’elle et sûrement pas d’en faire des captures d’écran pour les montrer à ses parents ou à un policier. Les conseils donnés ci-dessus sont donc parfois difficilement applicables.

En parler à quelqu’un de confiance

"Le plus important, c’est d’en parler à quelqu’un", réagit Monica Diaz Acoda. On le voit avec Maëlle, elle est restée seule face à cette problématique et ça peut mener au drame.

"C’est compliqué, c’est clair, continue la conseillère en prévention. Il s’agit de sa vie privée, très intime déballée sur les réseaux sociaux. Mais il faut trouver quelqu’un de confiance autour de soi pour en parler. Que ce soit un autre jeune dans un premier temps ou mieux, un adulte. Si ce n’est pas un parent, une marraine ou autre, il y a des centres PMS dans les écoles et puis, il y a nos numéros d’aide."

Child Focus pour les ados et l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes pour les adultes se chargent de faire le lien si la personne est paralysée. Ainsi, l’Institut a traité 69 dossiers depuis l’adoption de la loi sur le revenge porn en juillet 2020, soit deux dossiers par semaine. "La pointe de l’iceberg", selon Véronique de Baets, porte-parole pour l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes.

Pas de services spéciaux au sein des commissariats

"Actuellement il n’y a pas de services spéciaux au sein des commissariats de police en charge des dossiers de revenge porn, continue Véronique de Baets. Mais nous souhaiterions effectivement mettre en place un système de magistrat/policier de référence tout comme dans les dossiers de violences ou de mariages forcés par exemple. Le policier/magistrat est alors plus sensibilisé et formé à ces questions et la prise en charge des victimes est plus adaptée."

Diffuser ce genre de photo : ce n’est pas une blague

Car oui, il est possible pour la victime de porter plainte. On le voit aujourd’hui avec ce procès : relayer des images à caractère sexuel sans le consentement de la personne filmée peut avoir de graves conséquences, en tant que mineur et encore plus si l’on est majeur.

Alors, même si c’est pour rire, il s’agit de réfléchir à deux fois avant de partager ce genre de contenus. De penser aux conséquences pour la personne qui se trouve sur les images. De se mettre à sa place tout simplement : "Et moi ? Ça me plairait qu’on diffuse ce genre d’images de mon corps ?"

Mais comme le dit si bien le nom de ce délit, le "revenge porn" se fait bien souvent par un ex qui veut se venger. Là encore, on peut réfléchir aux conséquences de ses actes, si ce n’est pas par empathie que l’on évite ce geste, c’est alors parce que c’est puni par la loi, tout simplement. Depuis juillet 2020, le Code pénal a été modifié pour agir contre cette violence sexuelle : les auteurs adultes risquent une amende allant jusqu’à 15.000 euros et cinq ans de prison.

Si le mal est déjà fait et que l’auteur regrette, il peut aussi composer les numéros d’aide. Idem pour les témoins ou relais.

Relayer est aussi puni

Car il n’y a pas que la source première qui est punissable : toute personne ayant relayé ces images est condamnable en Belgique. C’est ainsi qu’il y a aujourd’hui trois mineurs devant le tribunal correctionnel de Charleroi. Alors si vous êtes témoins de revenge porn, Child Focus conseille d’aider la victime qui se sent sans doute bien seule plutôt que de relayer les images.

La solidarité est en effet une clé dans ce genre de situation comme nous le rappelle cette scène de la série Sex Education où les élèves se lèvent un à un devant leur directeur de l’école déclarant "c’est mon vagin", montrant que ça peut arriver à tout le monde et que le problème n’est pas la victime ayant envoyé la photo mais bien ceux qui les diffusent.

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JT du 17/04/2020

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