Carlton de Lille: DSK ni "organisateur" de soirées ni amateur de prostituées

Dominique Strauss-Kahn et l'ancien dirigeant d'Eiffage, David Roquet, écoutent, Fabrice Paszkowski, s'exprime.
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Dominique Strauss-Kahn et l'ancien dirigeant d'Eiffage, David Roquet, écoutent, Fabrice Paszkowski, s'exprime. - © BENOIT PEYRUCQ - BELGAIMAGE

Dominique Strauss-Kahn estime n'avoir rien à se reprocher: il n'a pas organisé les soirées libertines et ignorait que ses partenaires étaient des prostituées, d'autant qu'il n'en est pas amateur. L'ancien patron du FMI a clairement affiché sa ligne de défense mardi au procès du Carlton. L'arrivée de DSK au palais de Justice de Lille a été particulièrement chahutée puisque l'ancien directeur du FMI, à bord d'une berline de couleur foncée, a été accueilli par des Femen. Relisez les tweets de l'audience (en bas de cet article).

Vêtu d'un costume sombre, DSK a été chaudement accueilli à son arrivée au palais de Justice de Lille. Une jeune femme partiellement dévêtue, du groupe Femen, s'est jetée sur la berline qui le conduisait dans les bâtiments de justice.

DSK s'est présenté devant le juge peu avant 10h45. Visage fermé, les mains posées sur la barre, DSK confirme qu'il a refusé l'expertise psychiatrique ordonnée par le juge d'instruction, estimant qu'il n'avait commis aucun crime ni délit. "Quand on lit les préventions, on a l'impression qu'il s'agit d'une activité débridée, frénétique et que tout le monde ne faisait que ça. Or, il ne s'agit que de douze rencontres en trois ans, soit quatre rencontres par an", minimise DSK qui admet avoir eu des problèmes de couple à l'époque.

Paszkowski: "Mon activité était plutôt le voyeurisme"

Interrogé en premier lieu par le juge Bernard Lemaire, l'ex-patron d'une filiale du groupe Eiffiage, David Roquet dit qu'il a rencontré DSK via Fabrice Paszkowski, autre prévenu dans cette affaire, lors d'un déjeuner. Jusqu'à cette rencontre, ces soirées "avec des professionnelles", était d'une "banalité".

"Cette rencontre avec M. Strauss-Kahn a été une opportunité. S'il accédait à certaines fonctions, ce serait l'occasion de parler de moi à mes supérieurs et obtenir une certaine considération", raconte David Roquet, visiblement en manque de reconnaissance dans son métier.

Fabrice Paszkowski, dirigeant d'une entreprise pharmaceutique, admet qu'il a eu recours a des escort-girls car il aimait l'environnement libertin mais sa compagne n'était pas libertine, "mon activité était plutôt le voyeurisme". L'homme d'affaires prétend qu'il n'a jamais eu le sentiment de commettre un délit.

Il prétend que ces rencontres avec DSK aux Etats-Unis et en Belgique n'avaient aucun objectif professionnel. "J'ai rencontré M. Strauss-Kahn en 2002 lors d'un forum économique à Béthune. C’était enrichissant de connaître quelqu'un comme lui, il y avait juste un intérêt personnel. C'est toujours un ami", raconte celui qui dit s'être occupé de la maman de DSK, malade, dès 2004. DSK confirme que la personnalité de Fabrice Paszkowski l'a séduit pour mener dans le Nord Pas-de-Calais son association "A gauche en Europe".

"Tout ça a été inventé par la presse"

L'ancien patron de la sécurité départementale du Nord, Jean-Christophe Lagarde, actuellement chargé de mission au sein de la direction centrale de la sécurité publique à Paris, et proche de DSK, prétend qu'il n'y voyait aucun intérêt de poser des questions aux femmes présentes lors de soirées avec DSK sur leur statut professionnel. "Il s'agissait de soirées regroupant des gens venus pour un but précis et consentant", dit celui qui était "flatté" de pouvoir converser avec un homme comme DSK, "tellement intelligent et avec des idées proches des miennes".

Le commissaire divisionnaire Lagarde prétend qu'il n'avait aucun objectif professionnel de cette amitié avec celui qui, plus tard, sera favori dans la course vers l’Élysée avant d'être éclaboussé par l'affaire du Sofitel de New-York. "Je n'ai jamais eu l'ambition de monter à l'Intérieur, j'aime travailler sur le terrain. Tout ça a été inventé par la presse", raconte celui qui a été suspendu dès le lendemain de sa mise en examen dans cette affaire, le 21 octobre 2011, jusqu'au 20 février 2012. Contrairement aux deux autres amis de DSK, il n'a pas été incarcéré.

Une fille témoigne: "J'ai beaucoup pleuré à ce moment-là et il s'en est aperçu"

Une ancienne prostituée a alors témoigné à la barre du Tribunal de Grande Instance de Lille. M.R. a décrit la relation sexuelle qu'elle a entretenue avec Dominique Strauss-Kahn dans une chambre de l'hôtel Murano à Paris en juillet 2010. Elle raconte que DSK se livrait à une pratique "bestiale" et qu'elle n'avait pas osé s'y opposer de peur de ne pas être payée.

M.R., ex-maîtresse de l'avocat Emmanuel Riglaire, également prévenu de proxénétisme aggravé dans le cadre de cette affaire, a raconté qu'elle s'était rendue le 29 juillet 2010 au sein de l'hôtel Murano à Paris, en compagnie de trois autres filles et des prévenus Fabrice Paszkowski, David Roquet et Jean-Christophe Lagarde. "On savait qu'on y allait pour DSK, qui est monté une première fois avec une fille. Il y avait un buffet, tout était organisé pour que cela se passe bien".

M.R a ensuite eu une relation sexuelle avec DSK, alors que les autres filles avaient des rapports sexuels avec Fabrice Paszkowski et Jean-Christophe Lagarde. "J'étais consentante mais j'ai montré quelques réticences par des gestes qui lui faisaient comprendre le refus d'une pratique. J'ai beaucoup pleuré à ce moment-là et il s'en est aperçu. Son sourire m'a marqué du début à la fin, il avait l'air d'apprécier ce qu'il faisait. J'avais mal mais il continuait", raconte la jeune femme qui prétend ne pas être libertine. "Je me suis sentie comme un objet".

L'ex-prostituée prétend qu'elle n'a jamais osé s'opposer à DSK de peur de ne pas être payée, "car j'avais besoin de cet argent". Elle confirme donc qu'elle est allée à cette soirée en tant que prostituée. "Il n'y a pas eu d'argent ou de tarif évoqué avec M. Strauss-Kahn mais bien avant avec les autres. J'ai reçu une enveloppe de Roquet dans le taxi pris pour nous rendre à la gare". Lagarde était dans le taxi mais pas DSK, lequel "ne pouvait pas ignorer notre qualité de prostituées".

Un appartement à la rue d'Iéna pour organiser des parties fines

"Jade", autre ex-prostituée qui s'est constituée partie civile, raconte qu'elle s'est rendue, dans les mêmes conditions, un an plus tôt, en 2009, à l'hôtel Murano pour une partie fine avec l'ex-ministre de l’Économie et des Finances de la République française sous le gouvernement de Lionel Jospin.

Dominique Strauss-Kahn soutient qu'il n'était pas au courant du statut des filles que lui ramenaient ses copains. Le procureur de la République avait suivi cette position et avait requis un non-lieu à l'encontre de l'ancien président du FMI mais le juge d'instruction soutenait l'inverse estimant que DSK avait commis des actes positifs dont la mise à disposition d'un appartement à la rue d'Iéna à Paris pour organiser des parties fines "à sa demande, autour de lui et pour lui".

Jean-Christophe Lagarde prétend qu'il ignorait aussi le statut professionnel des quatre filles dont deux ont entretenu des relations sexuelles avec Dominique Strauss-Kahn.

DSK: "Je n'avais pas le temps d'organiser une quelconque soirée"

"Vous n'avez pas changé d'avis?", demande le président du tribunal correctionnel de Lille à l'ancien directeur général du Fonds monétaire international. "Sur la connaissance de l'aspect prostitutionnel? Non", répond DSK.

"Je ne m'estime en rien organisateur de ces soirées. Je n'avais pas le temps d'organiser une quelconque soirée", a déclaré à l'audience l'ex-politicien vedette français, qui encourt jusqu'à dix ans de prison s'il est reconnu coupable de l'accusation de proxénétisme aggravé pour laquelle il est poursuivi aux côtés de 13 autres prévenus.

A la lecture de l'ordonnance de renvoi "on a l'impression d'une activité frénétique", où les dates se mélangent de manière imprécise, regrette l'ancien ministre. "Il n'y a pas eu cette activité débridée", ajoute-t-il.

DSK : "Moi, ce que j'aime, c'est la fête"

L’audience a repris à 14h. DSK prétend qu'il aurait cessé de participer à ce genre de soirées s'il avait su qu'il s'agissait de prostituées. "Les relations sexuelles avec des prostituées n'entrent pas dans ma conception. Moi j'aime que ce soit la fête", dit-il.

Concernant la soirée du 29 juillet 2010 dans une suite de l'hôtel Murano, Dominique Strass-Kahn explique qu'il était invité et non pas l'instigateur de cette partie fine. "Pour cette soirée comme pour les autres, le processus était toujours le même. Je venais peu souvent à Paris. Quand j'y étais, Fabrice me proposait des soirées plus festives ou ludiques, ce n'était pas toujours le cas lors de mon passage à Paris. Cette fois-là, il m'a proposé une soirée au Murano, j'y étais invité". Fabrice Pazskowski confirme ces propos. "Le cadeau de ces soirées était DSK et non les filles", dit-il.

DSK ajoute que les rencontres s'organisaient en fonction de son agenda personnel. "Je m'estime en rien organisateur de quelconque soirée, j'avais autre chose à faire. A un aucun moment, je n'ai demandé qu'on m'organise une soirée. En revanche, je donnais des dates sur mes passages à Paris ou à Bruxelles".

"Je n'ai pas vu qu'elle pleurait. Cela m'aurait glacé"

Au sujet du déroulement de cette soirée du 29 juillet 2010, il ne garde pas les mêmes souvenirs que celle qui l'accuse d'avoir eu une attitude "bestiale" à son égard. "Les préliminaires sexuels furent sans doute brefs. Durant deux ou trois heures, les choses se passent rapidement", raconte DSK qui prétend s'être rendu à cette soirée accompagné, comme à chaque fois.

DSK prétend qu'il n'a pas ressenti une dénégation ferme dans le chef de la prostituée qui avait expliqué, mardi matin, qu'elle lui avait signifié qu'elle ne voulait pas de certaines pratiques sexuelles. "Je n'ai pas vu qu'elle pleurait. Cela m'aurait glacé", dit-il avant de préciser que "les relations sexuelles avec des prostituées n'entrent pas dans ma conception. Moi j'aime que ce soit la fête".

L'ancien patron du FMI précise qu'il ne prend aucun plaisir avec les filles de joie. "Une prostituée, parce qu'elle mène une vie difficile, fait l'objet d'une pression, d'un souteneur, d'un policier, etc... Avec les ambitions politiques qui étaient les miennes, je ne pouvais pas entrer dans des relations avec des prostituées. Fabrice ne m'a jamais dit qu'il s'agissait de prostituées", poursuit l'ancien maire de Sarcelles qui ne s'est pas posé de questions sur le statut de ces dames. "Ces femmes apparaissaient comme étant dans le cadre d'un groupe d'amis".

DSK prétend qu'il aurait cessé de participer à ce genre de soirées s'il avait su qu'il s'agissait de prostituées. Pour lui, ces femmes étaient des libertines qui venaient en connaissance de cause. "Je n'ai jamais eu le sentiment qu'elle venait pour moi. Elle venait pour participer à une après-midi festive au sein d'un groupe d'amis".

Pour lui, une soirée libertine est "une soirée où des femmes et des hommes, seuls ou en couple, se réunissent pour le plaisir du sexe uniquement". Mais il avoue qu'il existe des dizaines de définition au libertinage et qu'il n'aurait jamais fréquenté un club libertin en France vu sa notoriété dans l'Hexagone.

Béatrice Legrain nie avoir été brutalisée par DSK à l'Aventure

Béatrice Legrain, la prostituée qui partage la vie de Dominique Alderweireld, a confirmé, mardi, qu'elle s'était rendue dans un établissement parisien, l'Aventure, en 2009 afin d'y rencontrer Dominique Strauss-Kahn. Elle dit avoir été invitée par David Roquet qui l'a présentée comme étant une restauratrice bruxelloise. Béatrice Legrain prétend qu'elle a refusé les avances de DSK mais qu'aucun incident ne s'est produit entre eux à la suite de ce refus.

Béatrice Legrain, prostituée et compagne de Dominique Alderweireld, alias Dodo la Saumure, raconte que David Roquet s'est rendu dans son établissement à Tournai pour lui demander de l'accompagner dans l'établissement "L'Aventure" à Paris en 2009. "Je suis passé par M. Kojfer pour rencontrer Béatrice Legrain", ajoute David Roquet. Il ajoute que seul Béatrice devait l'accompagner à Paris. "Elle m'a demandé si une autre fille pouvait venir, j'ai accepté", dit-il.

Béatrice Legrain dit qu'elle voulait accompagner une fille de joie qui travaillait dans son établissement à Tournai pour la protéger: "Je suis partie avec cette fille, Fabrice Paszkowski et David Roquet. On a déjeuné et c'était très festif. Dominique Strauss-Kahn est arrivé plus tard. Ensuite, j'ai un rapport avec M. Roquet alors que M. Strauss-Kahn a eu une relation sexuelle avec la fille qui m'accompagnait", raconte Béa qui avoue n'avoir pas osé raconter cette relation plus tôt à cause de la pression des médias.

Béatrice Legrain raconte que six ou sept personnes composaient le groupe autour de DSK. "Il m'a fait une proposition que j'ai refusée. Il ne s'est rien passé de particulier ensuite", dit-elle alors qu'elle avait confié à son compagnon que DSK s'était montré brutal à son égard. Ce dernier avait rapporté les faits à son ami René Kojfer lors d'une communication téléphonique. Le procureur de la République note qu'elle a changé de version, "vous avez de nombreux détails qui vous reviennent en mémoire mais vous ne vous souvenez pas du nom de cette fille qui vous a accompagnée". Elle se souvient pas contre qu'elle portait un pantalon noir et une veste "comme aujourd'hui".

Selon elle, on n'a jamais fait état de "prostitution" à "l'Aventure". "Il me semble que quelqu'un a dit que je tenais un restaurant". David Roquet confirme qu'il a présenté les deux filles, l'une comme restauratrice à Bruxelles et l'autre comme employée intérimaire. "Et elle avait l'allure d'une restauratrice? ", demande le président du tribunal, Bernard Lemaire.

Béatrice Legrain confirme qu'elle a informé son compagnon, Dominique Alderweireld, de son passage à Paris trois jours après cette visite. "Je suis allée en tant que prostituée et je décide seule de ce que je fais", dit-elle. Dodo la Saumure a toujours prétendu qu'il n'avait jamais envoyé de prostituées pour les soirées organisées en l'honneur de Dominique Strauss-Kahn.

Fabrice Paszkowski prétend qu'il ne connait pas le maquereau français qui vit à Tournai et qu'il ne se souvient plus que Béatrice lui a demandé de la drogue. Béatrice ne se souvient plus non plus. David Roquet se souvient, par contre, que Béatrice avait "bu énormément" et qu'elle avait demandé "s'il n'y avait pas de la coke ici".


RTBF avec Belga

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