Droits humains bafoués pour les transgenres

Changer le regard sur les transgenres
Changer le regard sur les transgenres - © RTBF

Des personnes, parfois jeunes, ne se sentent pas en harmonie avec leur sexe biologique. Certaines vont entamer un processus pour accorder leur corps avec leur ressenti le plus profond. Ces parcours sont longs et parfois difficiles mais ce n’est pas ce qui est d’abord épinglé par ces personnes "transgenres" ; les discriminations, les agressions verbales et parfois physiques, le non-respect de leurs droits humains les minent bien davantage.

Transgenre est un terme parapluie, il recouvre des réalités plurielles. Arend, par exemple, annonce d’emblée "… Je suis née femme, je suis née dans le mauvais corps et maintenant, je suis homme, heureusement". Il travaille depuis 16 ans à la Police Fédérale. Il y a 6 ans, il a commencé sa transformation : prise d’hormones, opérations… Cette transition a duré trois ans. Arend est parfaitement intégré au sein de son équipe. Pourtant l’emploi est souvent une source de discrimination. C’est le cas de Bo Waterschoot, elle est musicienne, son sexe de naissance est masculin mais elle souhaite qu’on parle d’elle au féminin. Elle nous dit : "lorsqu’on sort des normes et en particulier des normes de genre, les sanctions sociales sont assez violentes ; par exemple, la discrimination à l’emploi ; c’est un fait évident, ma carrière a souffert et mes revenus ont chuté d’à peu près 60 %...". Bo est bassiste professionnelle ; la gêne et parfois le rejet s’installe lorsque les organisateurs de concert lui demandent de signer les contrats. Ils se rendent compte que le sexe inscrit sur les documents officiels ne correspond pas à son expression de genre : les vêtements qu’elle porte, la démarche qu’elle adopte....

Stérilisé pour changer de sexe

Pour changer le sexe sur sa carte d’identité, la loi belge demande à la personne transgenre de remettre à la commune une déclaration d’un psychiatre et d’un chirurgien qui attestent notamment que l’intéressé a subi une réassignation sexuelle et qu’il n’est plus en mesure de concevoir des enfants ; autrement dit, les personnes transgenres qui souhaitent changer officiellement de genre doivent être stérilisées. Pour Eva Abella Martin, juriste à l’institut pour l’égalité des hommes et des femmes : "ces deux critères contreviennent aux principes des droits fondamentaux ; on ne voit pas pourquoi, il faut exiger une stérilisation aux personnes qui veulent simplement appartenir à l’autre sexe".

Pour Amnesty International aussi, la stérilisation et l'évaluation psychiatrique constituent une violation des droits de l'homme. Selon l'ONG, les Etats devraient veiller à ce que les personnes transgenres puissent obtenir un changement d'état civil, via une procédure rapide, accessible, transparente et surtout en accord avec la perception qu'elles ont de leur propre identité de genre.

C'est le cas en Argentine, où il est beaucoup plus facile de changer la mention de son sexe sur ses papiers d'identité.

La chirurgie n'est pas toujours souhaitée

La plupart des personnes " transgenres " ne souhaitent pas subir des opérations chirurgicales pour changer leur sexe biologique. Elles se transforment juste pour arriver à leur point de confort ; c’est-à-dire pour harmoniser leur corps et leur ressenti.

Max Nisol est née fille, il a pris de la testostérone et choisi une "torsoplastie" (on lui a enlevé les seins) et aujourd’hui, il ne se définit ni comme homme ni comme femme : "je refuse les opérations génitales, je suis très bien avec ma zone génitale et il faut qu’elle reste."

Bien entendu, refuser le genre binaire : être homme, être femme complique aujourd’hui la vie sociale de ces personnes transgenres. Dans toutes les démarches qui nécessitent la présentation d’un document d’identité (la poste, la banque, les douanes…), le fait de se présenter dans un genre différent de celui qui se trouve sur les papiers est bien souvent sources de brimades, de vexations.

Pour Max qui milite dans l’ASBL Genres Pluriels, sa position est plus radicale : "ce que je désire, c’est garder mon numéro national comme il est maintenant et qu’il n’y ait plus ni de " F ", ni de " M " sur ma carte d’identité."

Une chose est claire, les critères médicaux de la loi du 10 mai 2007 relative à la transsexualité doivent changer pour se mettre en accord avec le respect des droits humains ; ces changements législatifs participeraient aussi aux changements des mentalités; les personnes transgenres souhaitent mener une vie normale.

Dominique Burge

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