Drame du Heysel: journalistes et témoins racontent minute par minute

Drame du Heysel: journalistes et témoins racontent minute par minute
Drame du Heysel: journalistes et témoins racontent minute par minute - © Tous droits réservés

C’était censé être une grande fête du football. Une finale de Coupe d’Europe des clubs champions entre Liverpool et la Juventus. Le 29 mai 1985, 60 000 personnes assistent à cette rencontre dans l’enceinte du Heysel. Avant même le début du match, une violente bousculade provoquée par les supporters britanniques fait 39 morts et 454 blessés. Comment a-t-on pu en arriver là ? De quelle façon se sont déroulés les événements ? Quelles sont les causes de tels débordements ? Témoins et journalistes présents sur place racontent. Retour sur une des plus grandes tragédies du football mondial.

Cela fait 30 ans. Mais ces images, personne ne les a oubliées. L’une des heures les plus tragiques du football s’est déroulée en Belgique, dans le stade du Heysel.

Avant le match, le marché noir va bon train pour l’acquisition de places supplémentaires. Les supporters anglais arrivent à Bruxelles.

Dans le stade, le bloc "Z" (voir illustration dans l’extrait ci-dessous), est normalement réservé aux supporters neutres. Mais bon nombre d’Italiens s’y retrouvent en réalité, à deux pas de certains hooligans de Liverpool. Les esprits commencent à s’échauffer.

La charge des supporters anglais est incontrôlable, les forces de l'ordre sont débordées 

Des dizaines de supporters des "Reds" escaladent alors le grillage qui les séparent du fameux bloc "Z", où ont pris place une majorité d’Italiens. Les policiers sont débordés. La charge anglaise est incontrôlable. Les Italiens, apeurés, reculent en masse. Ils s’écrasent contre le mur d’enceinte du stade. Les forces de l’ordre n’ont plus d’emprise sur le mouvement de foule.

"Des milliers de personnes sont écrasées, asphyxiées"

Sous la pression humaine, le mur du bloc "Z " s’effondre. Des milliers de personnes sont écrasées, asphyxiées. C’est le drame.

(Attention, certaines de ces images peuvent choquer)

Personne ne réalise directement ce qu’il se passe

Le journal télévisé de l’époque couvre alors l’événement en direct. Les journalistes n’osent pas encore annoncer qu’il y a des morts. Le conditionnel est employé. Tout le monde espère qu’il s’agisse de rumeurs. Petit à petit, les commentateurs prennent conscience de la gravité de la situation. Des barrières Nadar sont utilisées pour transporter les victimes, faute de moyens.

"Les jeunes secouristes ont sauvé beaucoup de vies"

Les jeunes secouristes de la Croix-Rouge, non-professionnels, qui sont sur place depuis le début, se retrouvent confrontés à un paysage de guerre. Et ce sont eux qui sauveront beaucoup de vies, dans l’attente de renforts.

Les responsables et les supporters présents sur place ignorent ce qu’il se passe

Et l’obsession des forces de l’ordre était, à ce moment précis, que la nouvelle ne se répande pas dans le stade. Si le reste des supporters italiens apprenaient la nouvelle, la police craignait fortement une vengeance. Une majorité des personnes présentes dans le stade ne réalisait donc pas l’ampleur de la catastrophe.

Après la catastrophe, la match n'a toujours pas commencé

Une question se pose alors : la rencontre doit-elle se dérouler? A ce sujet, tout le monde semble unanime: le match doit avoir lieu. Annuler le match empirerait la situation. Les explications :

Les joueurs ont disputé le match, alors qu'ils étaient au courant

Au coup d'envoi, les joueurs étaient, eux, bien au courant de la situation. La Juventus remportera anecdotiquement la rencontre sur le score de 0-1. C'est Michel Platini qui avait donné l'avantage aux siens. Mais l'attitude de joie des joueurs italiens, à la fin du match, interpelle, choque. Était-ce nécessaire ? 

L’événement déclenchera une prise de conscience. La guerre au hooliganisme est déclarée. En Angleterre, d’abord, où le gouvernement Thatcher emploie la manière forte. Les sentences tombent alors : l’UEFA bannit les clubs anglais des Coupes d’Europe pendant six ans. Des mesures de sécurité pour les matchs importants sont (enfin) imposées.

Les mesures sont insuffisantes

Mais ceux-ci ne semblent insuffisants puisque quatre ans plus tard, lors d’un match entre Liverpool et Nottigham Forest à Hillsborough, c’est une tragédie bien plus meurtrière encore, qui frappa le monde du football. Dans le stade de Sheffield, ce sont 96 victimes qui sont dénombrées. Le réveil est nécessaire pour lutter contre le hooliganisme.

En Belgique, des mesures sont prises progressivement au fil des années : rénovation des stades, installation de caméras et de grillages, contrôle strict de la billetterie, interdictions de stade pour sanctionner les fauteurs de troubles et encadrement par des stewards. Et au fil des années, les dispositifs se perfectionneront. Sans pour autant résoudre le problème de la violence dans le football, qui, confrontée aux dispositifs draconiens de sécurité, s’est maintenant déplacée en dehors des stades.

Noé Spies (@NoSpies)

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