#DoublePeine : "En Belgique, 70% des plaintes relatives aux violences sexuelles sont classées sans suite"

Le 28 septembre dernier, des milliers de tweets dénonçaient, avec le #DoublePeine, la mauvaise prise en charge des victimes de violences sexistes et sexuelles dans les commissariats en France. Un hashtag viral qui se répand aujourd’hui en Belgique.

"Au commissariat de Montpellier, on demande aux victimes de viol si elles ont joui."

Tout est parti du thread de la militante féministe Anna Toumazoff. La jeune femme dénonce sur Twitter le mauvais accueil qu’ont reçu des victimes de violences sexuelles lors de leur dépôt de plainte. Le commissariat concerné a réagi, parlant de "dénonciations calomnieuses", affirmant dans un communiqué de presse que "les enquêteurs ont fait sérieusement leur travail, avec le respect qui s’impose."

Pourtant, en moins de 36 heures, des milliers de témoignages se répandent sur le réseau social, montrant alors de nombreux dysfonctionnements dans les gendarmeries et les commissariats français. "Avec cet appel sur Twitter, je me suis rendue compte que j’avais réussi à pointer un problème systémique." confie Anna Toumazzof, activiste féministe.

Un problème institutionnel ?

Mais, face à cette vague de témoignages, aucune réaction politique. "Le gouvernement français n’a absolument pas réagi à part pour des menaces de poursuites pour diffamation via la voix du préfet de l’Héraut (Montpellier). Je crois que c’est un sujet très tabou." s’indigne Anna Toumazoff.

Seule Manon Aubry, co-présidente de la gauche européenne, s’est exprimée à ce sujet au Parlement Européen. Pour elle, le problème vient surtout des institutions européennes. "Nos institutions sont profondément sexistes. Du commissariat jusqu’au Palais de Justice c’est un parcours du combattant pour une femme de se faire entendre. On a un très gros retard sur le traitement des violences sexuelles en Europe."

 

En Belgique : une volonté de faire "plus d’efforts"

Un site internet consacré au #DoublePeine a été mis en ligne. De nombreuses victimes peuvent désormais témoigner plus facilement et anonymement. Les membres du collectif Double Peine ont pu remarquer que les témoignages ne concernent plus seulement la France, mais aussi la Belgique.

Aujourd’hui, 70% des plaintes sont classées sans suite en Belgique. Pourtant, on recense plus de 9 dépôts de plainte par jour pour des faits de violD’après Anna Toumazoff, "(en Belgique) il y a des problèmes similaires - à la France- , mais il y a une volonté à faire plus d’efforts, même si ce n’est pas parfait. Ici, il y a eu des formations pour les policiers sur la réception de plaintes ou sur le harcèlement de rue. Si l’on appliquait ça en France, des milliers de femmes pourraient être sauvées." Une situation qui devrait cependant s'améliorer notamment grâce à la réforme du code pénal sexuel

 

 

Le collectif "collage féministe Bruxelles" lutte tous les jours contre les violences sexistes et sexuelles en Belgique. Ninon, membre du collectif, rappelle qu'une plainte classée sans suite n'est pas oubliée, et peut être reprise si des éléments complémentaires sont apportés. Mais selon elle, la culture du viol reste omniprésente. "Je pense qu'il faut en finir avec la culture du viol qui blâme les victimes et victimisent les bourreaux. Lorsque la victime est sous l'influence d'alcool, dans la loi, c'est un facteur aggravant pour l'agresseur. Or, une majorité des témoignages des victimes nous montrent bien que la police a une fâcheuse tendance à poser la question " avez-vous bu ? " et si la victime a le malheur de répondre oui, on lui rétorque qu'elle s'est mise en danger. On ne dira jamais cela à une victime de vol à l'arrachée." 


Si vous êtes victime ou témoin de violences sexistes et/ou sexuelles :

SOS Viol – Un lieu où en parler

0800 98 100


 

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