Faut-il réformer l'Ordre des médecins ?

Faut-il réformer l'Ordre des médecins ?
Faut-il réformer l'Ordre des médecins ? - © RTBF

Plusieurs fois dans l'actualité récente, des médecins ont été mis en cause dans l’exercice de leurs pratiques professionnelles. Pointés du doigt pour des pratiques douteuses, l'Ordre des médecins devait statuer sur leur sort. Mais le grand public, les patients, voire même certains plaignants, ne sont jamais tenus au courant des sanctions données par un ordre considéré comme très corporatiste.

Fin février, le journal télévisé dénonçait à l'aide d'une caméra cachée, les pratiques d’un médecin de Laeken qui rédige sans poser de questions, et sans auscultation préalable, des certificats médicaux de complaisance. Nous le rappelons six semaines plus tard et à l’évidence, il continue d'exercer, même si dans son cas le terme exercice est largement usurpé.

En juin 2011, un médecin d'Estaimpuis envoyait sa compagne faire une visite à sa place car il se sentait fatigué. Sa copine n'a rien d'un médecin,  et pourtant elle fait une injection à une femme enceinte, avant de lui  proposer une cigarette. Des réactions outrées fusent de toutes parts et pourtant, neuf mois plus tard, nous n’avons aucun mal à prendre rendez-vous avec ce médecin pour une consultation.

L’Ordre des médecins a-t-il été saisi dans ces deux cas précis ? Y a-t-il une enquête en cours ou y a-t-il eu sanction ? Impossible de le savoir. Pour le docteur Roland Kerzmann, membre du Conseil national de l’Ordre des médecins, "il n’appartient pas aux membres de l’Ordre de porter sur la place publique, les sanctions éventuelles ni même les débats qui ont précédé une affaire relative à une déviance, ou jugée comme telle, d’un médecin".

L’Ordre dément toute opacité et tout manque de transparence

Si on communiquait les sanctions, on altérerait la défense de l’individu, ajoute le docteur Kerzmann. "Est-ce opaque que de respecter les droits de la défense ? Je ne sais pas, c’est nouveau, ça vient de sortir", conclut-il quelque peu irrité. Sur les dix dernières années, l'Ordre des médecins a décrété entre 600 et 700 sanctions disciplinaires qui vont de quelques jours de suspension pour le médecin incriminé, jusqu'à la radiation. Mais le public lui ne sait rien de ces sanctions, et ça vaut aussi pour les patients des médecins incriminés.

Faut-il y voir une forme de corporatisme? Témoignage

Plusieurs médecins contactés par nos soins le pensent mais n'osent s'exprimer publiquement sur le sujet, par crainte de sanctions de l'Ordre. En revanche, un médecin généraliste de Herstal a décidé d’en faire une question de principe. Non seulement il parle, mais en plus il refuse de payer toute cotisation à l'Ordre des médecins depuis 30 ans. "Ne pas payer sa cotisation est une sorte de désobéissance civile", explique Johan Vandepaer qui se veut pratiquant d’une "médecine solidaire pour le peuple". Le docteur Vandepaer "ne se retrouve pas dans cet ordre, censé représenter l’éthique médicale", mais qui est à ses yeux «complètement hors du temps». 

Faut-il abolir l’Ordre des médecins ?

A la médecine pour le peuple, on propose tout simplement d'abolir l'Ordre des médecins et de le remplacer par un Conseil supérieur de déontologie. Pour le docteur Vandepaer, cet organisme doit représenter toutes les professions. "Juristes et spécialistes d’éthiques devraient y prendre place, ainsi que les mutualités, soit tous les acteurs de soins de santé", conclut-t-il. 

Que pense la ministre de la santé ?

Sans s’étendre sur la question, Laurette Onkelinx a quant à elle précisé vouloir réformer l'Ordre des médecins, "qui ne correspond plus aux valeurs actuelles de notre société".

Le projet de réforme de l’Ordre des médecins sur les rails

L’Ordre a déjà déposé son propre projet de réforme dans lequel on peut notamment lire que  les audiences disciplinaires pourraient devenir publiques. On saurait alors par exemple si un médecin qui monnaie des certificats est sanctionné. Et le docteur Kerzmann d’ajouter : "vous imaginez bien que vous pourrez compter sur le public présent aux audiences disciplinaires pour assurer le battage médiatique".

Quoi qu’il en soit, si le projet de réforme existe bel et bien, personne aujourd’hui n'ose s'avancer sur une échéance.

I.L. avec Julie Morelle

 

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