Donner les invendus aux plus démunis est-il "indigne"?

Illustration - Pour Herman van Breen, obliger les grandes surfaces à donner ses invendus est indigne d'une société comme la nôtre
Illustration - Pour Herman van Breen, obliger les grandes surfaces à donner ses invendus est indigne d'une société comme la nôtre - © HERWIG VERGULT - Belga

Mercredi, la ville d'Herstal, en région liégeoise, a annoncé qu'elle venait d'imposer à un grand magasin d'offrir ses invendus encore consommables aux plus démunis. Une mesure jugée "indigne d'une société qui se dit en faveur des droits de l'homme" par Herman van Breen, délégué national d'ATD Quart Monde en Belgique. Il a répondu à vos questions dans notre chat entre 12h et 12h30.

"On leur donne des miettes qui tombent de la table et puis on leur dit : 'Débrouillez-vous !'", a réagi Herman van Breen lorsque nous l'avons contacté pour lui demander ce qu'il pensait de cette initiative. Pour lui, cette mesure est quelque chose de "provisoire", "de petit", "une excuse pour ne pas aller plus loin".

Ce qui vient d'être décidé à Herstal, "on le faisait déjà au Moyen-âge", dit-il. Il n'y a aucune raison d'applaudir des deux mains. C'est juste un effet d'annonce à l'approche des élections communales pour lui.

"A chaque élections communales, on parle de nouveaux logements sociaux et puis depuis 30-40 ans, on voit que les promesses ne sont pas tenues", s'indigne-t-il. Ce qu'il faut ce sont des logements à des prix décents pour ceux qui, aujourd'hui, dépensent plus de la moitié de leur revenu pour se loger.

"Il faut aussi avancer dans leurs accès aux droits, à la participation", déclare-t-il.

Vos réactions contrastées

Réagissant à ces propos, vous avez été nombreux à exprimer votre incompréhension : "C'est une excellente initiative et je ne comprend pas comment on peut être contre. S'il m'arrivait d'être démunie, je serais ravie de pouvoir profiter de ça ! "Les miettes" comme vous dites ne sont pas des aliments impropres à la consommation mais qui ne peuvent juste pas être vendus pour des raisons quelconques, alors, quoi? On jette et tant pis? Non! Stop au gaspillage!", a notamment écrit un internaute.

"Les personnes vivant dans la pauvreté sont souvent celles qui ne jettent presque rien. Ils savent ce que c'est de ne pas manger à sa faim. Ils se soutiennent aussi pour survivre et vivre dans la dignité. Mais elles savent surtout aussi ce que c'est d'être dépendant, regardé de haut, devoir dire merci aux bienfaiteurs", a répondu pour sa part notre invité. Et d'ajouter : "C'est honteux pour une société d'en rester à l'aide alimentaire et c'est trop cela qu'on voit partout. Pourtant on a les moyens pour être concrètement en mesure de donner des droits fondamentaux à tous".

En d'autres termes, Herman van Breen dénonce l'arbre qui tente de cacher la forêt. Pour lui, le politique prend une mesure provisoire en espérant que cela suffira à calmer le peuple. Or, sans mesures structurelles, la pauvreté persistera.

"Les paysans ne peuvent plus vivre décemment et déversent des litres de lait par désespoir dans la rue... d'un autre côté on a des surplus alimentaires et pour se donner bonne conscience on les distribue aux pauvres... cela évite effectivement de se poser les véritables questions de production", analyse pour sa part une autre internaute.

Du concret et un engagement citoyen

A Herman Van Breen qui proposait "une réflexion -en dialogue avec les personnes qui ont le plus l'expérience de résister à la dépendance- sur des vrais investissements qui feront que les enfants de familles précarisées ne vivront pas ce que vivent leurs parents ; la rencontre est le meilleur début pour se prendre au sérieux et réfléchir ensemble", d'autres ont répondu qu'il fallait plutôt faire dans le concret.

"Du concret serait de décider de bâtir des logements sociaux : cela donne du travail, fait baisser les prix scandaleux pour des logements en privé qui ne sont pas de qualité... Là la Belgique est un des pays vraiment à la queue du peloton en Europe. Et on trouve cela normal", a répondu le délégué national d'ATD Quart Monde en Belgique.

Et de donner en exemple une loi Onkelinx "qui permet aux communes de confisquer des logements vides et de les mettre à disposition de ceux qui en ont le besoin. UNE commune l'a faite seulement. Si toutes le fesaint... là aussi c'est très concret".

"Si on veut -comme c'est mon cas- s'attaquer vraiment et dans la durée à la question de l'exclusion, de la violence faite aux plus précarisés, un chat est trop court et trop facile. Un engagement de citoyens en tous cas est nécessaire pour aller plus loin." et de renvoyer les internautes vers le site d'ATD Quart Monde pour découvrir les actions concrètes de l'association.

 

C. Biourge

Pour relire notre chat, cliquez ci-dessous.

 

 

 

 

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK