Domotique: dans 5 ans, votre maison sera plus intelligente que vous

Votre maison va vous étonner par son QI.
Votre maison va vous étonner par son QI. - © ERIC CABANIS - BELGAIMAGE

Et sinon plus intelligente, du moins plus "consciente." La domotique sous l’angle électronique dont on parle depuis 30 ans nous vient pourtant des Etrusques. Les anciens Romains plaçaient leur foyer sous la protection des divinités domestiques nommées Pénates. Mais depuis, le dieu Business a chassé les Pénates et, rien qu’en Europe, le commerce domotique a explosé de moins d’un milliard d’euros en 2010 à 6 milliards aujourd’hui. Pour la première fois, nous entrons dans un marché de masse.

Et notamment par la domotisation du compteur électrique. Tous les fournisseurs d’électricité belges, Lampiris (Nest), Luminus ( Netatmo) et Electrabel (Smart Thermostat) proposent des systèmes de contrôle du chauffage à distance. Avec plus ou moins de fonctionnalités, depuis le contrôle de l’installation, jusqu’à la régulation de la température. Le tout télécommandé depuis un PC ou un mobile distants.

Les prix varient selon les marques, les modèles et les services, mais il faudra compter de 120 à 220 euros pour le gestionnaire de chauffage, 80 euros pour le coût du placement (optionnel) et dans certains cas un abonnement mensuel de 3,5 euros

Et c’est rentable tout ça?

On manque encore de recul pour connaître l’économie réelle, mais les constructeurs revendiquent une baisse de consommation de chauffage "de 5 à 20%". Une fois le système mis en place, il apprend à connaître les habitudes du foyer et réduit le niveau de chauffage s’il n’y a personne.

Ce qui existe et ce qui va arriver

Depuis deux ans ans sont commercialisés les premiers électroménagers domotisés d’origine. Comme ce Multicuiseur qui affiche une centaine de recettes en mémoire mais peut aussi, via une liaison sans fil, se connecter à un ordinateur pour en ajouter 300 autres. Avec toutes les précisions sur la manière de préparer le repas choisi. Il peut accessoirement être commandé depuis votre smartphone qui envoie ses instructions au multicuiseur.

Cela existe déjà pour les machines à laver programmables à distance qui disposent d’une adresse IP (internet). Il y a les aspirateurs-robots, les détecteurs de fumées qui vous appellent en cas d’incendie, les frigos et les fours. Seul obstacle: les prix encore parfois "exclusifs".

Le plus original est les " Safeguard Germ Alarm ", ce distributeur de savon intelligent qui ne vous permet de sortir des toilettes que si vous avez lavé vos mains.

Plus sérieusement, l’avenir est aux environnements "assistés" appelés " Ambient Assisted Living " où les tapis et les murs seront capables de détecter lorsque quelqu’un est tombé à terre et appelleront les secours.

Le côté obscur de la domotique

Le côté obscure de la maison intelligente est le risque de piratage des réseaux domotique. A commencer par le compteur électrique intelligent. Chaque année a lieu en Europe la conférence "Black Hat" qui réunit des hackers. C’est à cette occasion que deux chercheurs en sécurité ont décortiqué un compteur électrique intelligent (français). Ces informaticiens assurent qu’un pirate pourrait envoyer des faux rapports de consommation, provoquer une panne électrique et même faire passer votre compteur pour celui de quelqu’un d’autre. Le plus dangereux est le déploiement d’un ver qui pourrait infecter tous les compteurs pour créer une panne générale. Ce serait le fameux black-out que l’on craint cet hiver mais, cette fois, créé de toutes pièces par des pirates.

Ce qui nous amène à des modèles politiques domotiques futuristes basés sur le Big Data. Certains (dans la Silicon Valley) prônent une nouvelle gouvernance politique baptisée " Réglementation algorithmique ". Pour identifier les chauffards, les fraudeurs à la carte de crédit et les spammeurs il ne faudrait plus de police, mais seulement une analyse de nos données. Mais là, on passe de la maison intelligente à la cité intelligente (smart cities). Et cela aussi est en marche.

Standard ne vois-tu rien venir?

Pour véritablement populariser la domotique, il ne manque qu’un standard unique. Jusqu’à présent, tous les systèmes domotiques étaient propriétaires et généralement filaires. C’était donc cher. Déjà la domotique commence à utiliser tous les standards informatiques classiques. Ce qui va démocratiser le principe de maison intelligente. Les nouveaux appareils utilisent le Wi-fi, les OS Android, iOS, etc. Mais pour l’instant, il se développe encore des normes -Home Connect et Qivicon- non compatibles entre elles. Viendra un jour où l'une d'entre elles fera disparaître les autres.

Cette évolution s’inscrit dans le concept des "smarts cities". En France, EDF instaurera un compteur communicant, (capable de relever les montants à distance) dans tous les foyers français d’ici 2021.

Et deux achats récents d’entreprises domotiques montrent que cela pourrait aller vite. Google a acquis Nest pour 3 milliards de dollars et Apple a acheté SmartThings.

Les objets connectés (le bracelet notamment) vont s’intégrer dans ce paysage domotique pour placer l’individu au sein de cette nouvelle " conscience " .

Et pour la première fois depuis 30 ou 40 ans, cela pourrait aller très vite. D’ici 5 ans sans doute.

Jean-Claude Verset

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