Dodo la Saumure, depuis sa prison: "Nous sommes devant un vide juridique"

Dominique Alderweireld, alias Dodo la Saumure, est derrière les barreaux depuis une quinzaine de jours, en détention préventive. Ce célèbre proxénète est soupçonné de traite des êtres humains. De plus, les femmes qui travaillaient pour lui n'étaient pas déclarées à l’ONSS, l’office national de sécurité sociale. Dominique Alderweireld nous a appelés depuis sa prison. Il dénonce l’hypocrisie de la loi belge sur la prostitution et le proxénétisme.

A première vue, la loi est claire : la prostitution n’est pas interdite, mais le proxénétisme, lui, est illégal. Pour Dominique Alderweireld c’est donc une évidence : dans ce contexte, impossible d’inscrire les femmes qui travaillent pour lui à l’ONSS. "Si je les déclare comme mes salariées, je serai considéré comme proxénète", raisonne-t-il.

Qu’il déclare les prostituées ou non, c’est un proxénète

Un argument qui ne tient pas du tout la route selon Charles-Eric Clesse, auditeur du travail du Hainaut. "Qu’il déclare les prostituées ou non, c’est un proxénète", assène-t-il. Même si son activité est illégale, Dominique Alderweireld aurait donc pu et dû déclarer ses employées, pour leur permettre d’avoir un statut social. "Sa seule motivation est en réalité de retirer un maximum de profit de l’exploitation de ces femmes en ne payant pas de charges", estime encore l’auditeur du travail.

En Belgique, les maisons closes sont théoriquement interdites, mais en réalité tolérées. "On ne peut pas fermer l’ensemble des maisons closes, explique Charles-Eric Clesse. Il y aurait alors un risque que la prostitution devienne souterraine et pour les filles c’est beaucoup plus dangereux".

Mais comment se fait-il alors que certains tenanciers soient inquiétés par la justice et d’autres non ? Une partie de la réponse tient justement au statut des prostituées qui travaillent dans l’établissement. L’auditeur du travail confirme : "Si les filles sont déclarées, l’auditorat ne fera pas fermer l’établissement. Le parquet, lui, pourrait encore le faire. Mais, en déclarant les filles, il y a toujours moins de risque d’être fermé qu’un autre. "

"Serveuses", "masseuses" ou "hôtesses"

Dominique Alderweireld ferait donc preuve de mauvaise foi. Une opinion que partage Martine Di Marino, de l’ASBL Entre 2, une association de soutien aux prostituées. "Il n’est pas le seul à utiliser cette ligne de défense du type : 'Je n’avais pas la possibilité d’être correct. Moi je suis honnête, c’est la loi qui est mal faite'".

Martine Di Marino rappelle aussi que Dominique Alderweireld aurait pu employer cette autre solution : "Avec un statut de travailleuses indépendante, on évite le lien de subordination entre patron et employée". Les prostituées deviennent alors "serveuses", "masseuses" ou "hôtesses".

Dominique Alderweireld se dit lui favorable à un statut à part entière pour les prostituées, une solution qui ne convainc pas franchement Martine Di Marino : "Il y a 10 000 facettes de la prostitution. De l’exploitation, de la non exploitation, dans les bars, en rue... C’est impossible à légiférer. Et ce n’est pas en réglementant qu’on va améliorer le phénomène".

Dominique Alderweireld restera lui avec une certitude : la justice s’acharne sur lui. Ce jeudi 10 août, il sera présenté devant la Chambre des mises en accusation qui doit décider de son maintien ou non en détention.

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