Djihadisme: "On ne peut pas dire qu'il n'y aura pas de nouvelle vague de terrorisme"

Mémorial à Berlin en hommage aux victimes des attentats du marché de Noël survenu en 2016.
Mémorial à Berlin en hommage aux victimes des attentats du marché de Noël survenu en 2016. - © Bernd von Jutrczenka - BELGAIMAGE

Le groupe terroriste Etat islamique a connu des défaites cette année. Si certains parlent de la fin de la guerre, d'autres se questionnent sur l'après. Que va-t-on faire des terroristes emprisonnés en Irak, en Syrie ou chez nous ? Que signifie "déradicaliser" ? Rik Colsaet, professeur de relations internationales à l'Université de Gand et à l'Institut Egmont, fait le point.

Ces derniers mois, la vague de terroriste perd de la vitesse et s'affaiblit. Rik Colsaet préfère rester sur ses gardes et prévient que "rien ne nous dit qu'il n'y en aura pas une nouvelle après celle-ci". Certes Daesh perd ses forces, mais la guerre contre le djihadisme n'est pas terminée.

Le terrorisme de type djihadiste que l'on connait actuellement, et qui est d'ailleurs prédominant, a commencé à la fin des années 80. Depuis, on assiste à des vagues successives pas toujours similaires en tous points, mais tout de même assez proches. "Tant qu'il y aura des terreaux en Asie, au Moyen Orient ou même chez nous, il y aura de nouvelles vagues" confirme le professeur.

Si celle de Daesh n'est, d'après Rik Colsaet, pas plus viable, elle a une signification plus forte. "C'est la seule organisation de type djihadiste qui offre une clé de son succès, un territoire. Al-Qaïda n'a jamais pu faire ça. Daesh a donc pu rassembler des gens qui ont des motivations personnelles très variées allant de l'idéologie pure et dure aux jeunes filles qui cherchent une appartenance". Pour le moment, aucun autre courant ne parle autant aux exclus et aux marginalisés de la société.

Arrêter l'hémorragie

Pour empêcher de nouvelles salves de terroristes, l'universitaire ne voit qu'une solution : démanteler les terreaux soit stopper le problème à la source. Pour lui, une propagande sans terreau pour rendre les jeunes vulnérables est stérile. Une idéologie seule ne peut pas pousser des personnes à commettre de tels actes. "Au fur et à mesure que le mythe Daesh va s'éteindre, l'attraction autour va s'arrêter avec."

Mais que faire des djihadistes belges arrêtés ailleurs ? Incarcéré en Irak, le jeune Verviétois Tarik Jadaou risque la peine de mort. Bien qu'il a affirmé avoir envie "d'aider les services secrets belges", son invitation n'a pas eu de suites. Premièrement parce que tout combattant arrêté ailleurs est interrogé par les services de renseignement internationaux et les informations sont partagées. Deuxièmement parce que le gouvernement belge n'a jamais émis la volonté de faire quoi que ce soit pour ramener ces concitoyens djihadistes emprisonnés ailleurs. Ceci étant, aucun traité, accord européen ou international n'existe pour définir quoi faire des ressortissants terroristes.

Désengagement plutôt que déradicalisation

Pour ce qui est de ceux qui reviennent en Belgique d'une façon ou d'une autre, on parle beaucoup de "déradicalisation". Mais que cela signifie-t-il dans les faits ? "Littéralement, ça veut dire qu'on va changer le mode de pensée de la personne qui revient, mais ça ne marche pas. Ni les autorités, ni le gouvernement ne peut faire ça. La seule personne qui peut vous convaincre de penser autrement c'est vous-même" explique Rik Colsaet.

Aujourd'hui, on parle donc plutôt de "désengagement". Si on ne peut pas ôter une idéologie d'un esprit, on peut cependant obtenir d'une personne qu'elle cesse de matérialiser ces pensées dans des actions violentes. "Ce désengagement est le fil conducteur de toutes les autorités belges."

Les premiers prisonniers coupables de terrorisme ont été écroués en 2013. Certains commencent donc déjà à être libérés petit à petit. Pour ceux-ci, aucun suivi obligatoire n'est organisé bien qu'ils puissent le demander s'ils le souhaitent.

Si les forces de Daesh s'affaiblissent, les mécanismes et législations pour encadrer ce recul sont encore aussi flous qu'instables. Une bataille est peut-être gagnée, mais pas encore la guerre.

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