Distribution de capsules d'iode: le risque nucléaire s'est-il accru?

Distribution de capsules d'iode: le risque nucléaire s'est-il accru?
Distribution de capsules d'iode: le risque nucléaire s'est-il accru? - © THIERRY ROGE - BELGA

Les ministres de l'Intérieur et de la Santé ont présenté un plan en cas de risque nucléaire. Dès ce mardi, les Belges peuvent aller chercher des capsules d'iode à la pharmacie. Cette mesure préventive à l'efficacité limitée ne risque-t-elle pas de créer un mouvement de panique? Que faire en cas de catastrophe? Le risque s'est-il accru? Benoît Ramacker, porte-parole du centre de crise fédéral, était au micro de La Première.

Communiquer sur des risques, ça a quelque chose d'inquiétant. Vous avez pris ça en compte dans la communication ?

Benoît Ramacker: "C'est la même chose pour n'importe quel risque. Lorsqu'on veut parler d'un risque de black-out électrique, d'un risque d'inondation ou malheureusement d'un attentat terroriste, ce sont aussi des sujets qui sont très difficiles, mais dont on doit parler. Ce sont les risques de notre société et il ne faut pas avoir peur ou paniquer, il faut juste s'informer pour les comprendre. Je pense qu'une fois que les gens comprennent de quoi on parle, ça sera déjà plus facile de se préparer et d'agir."

L'accident nucléaire a quelque chose de particulier. C'est un risque invisible. Ca ne risque pas d'inquiéter d'autant plus les gens?

"Je peux comprendre et c'est logique. On a tous vu les images dramatiques des catastrophes nucléaires qu'on a connues. Maintenant, je pense — et c'est notamment ça l'objectif de cette campagne aussi — que les citoyens doivent comprendre que c'est un risque qu'on connaît depuis plusieurs années et sur lequel on travaille."

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"Il y a beaucoup d'autorités qui, chaque jour, travaillent à la sécurité des installations nucléaires et à la sécurité de la population. Ici, l'objectif est vraiment d'expliquer ce que fait le pompier, ce que fait le bourgmestre, ce que fait le gouverneur, ce que fait l'Agence nucléaire et ce que fait le centre de crise pour au quotidien veiller à cette sécurité et se préparer à agir si jamais malheureusement on devait avoir un problème."

Un plan existait déjà. Il s'agit ici d'une actualisation de ce plan de sécurité nucléaire. Pourquoi cette évolution ? Le risque s'est-il accru?

"Je pense que c'est la preuve que les autorités se préparent davantage. On a eu un premier plan nucléaire en 1991, qui a été actualisé en 2003 et qui est maintenant réactualisé. C'est un travail de longue haleine de l'ensemble des services et des partenaires. On va de plus en plus loin, on est de plus en plus précautionneux. On est de plus en plus préparés et si les autorités se préparent, les citoyens doivent aussi se préparer pour pouvoir aider les autorités le jour où il se passe quelque chose. Alors, on parle du nucléaire, mais c'est valable aussi dans d'autres situations d'urgence."

Y a-t-il plus de risques aujourd'hui sur les centrales nucléaires, notamment à cause des risques de terrorisme et de la vétusté des réacteurs ?

"Pour nous, le risque est là. On se pose plutôt la question de se dire qu'il y a un risque et qu'on doit se préparer. C'est ça le plus important pour nous.
 

La distribution de pilules d'iode est-elle une bonne solution? 

"Il faut vraiment être conscient que les comprimés d'iode sont une des actions possibles pour se protéger. Le citoyen peut aussi adopter d'autres comportements pour se préparer. Mais c'est vrai que c'est une action où les gens peuvent aller chercher. Ce qu'on recommande, c'est plutôt pour les groupes sensibles. Les enfants sont le groupe le plus sensible par rapport à l'iode radioactif. Ce sont ces groupes sensibles qu'on invite à aller chercher ces comprimés d'iode. Mais pour nous, il y a vraiment une importance d'éducation au risque nucléaire. Parce que les comprimés d'iode ne sont pas la solution miracle. Le plus important est vraiment de s'informer et de se préparer, notamment par exemple en faisant son plan d'urgence familial ou en s'inscrivant à une alerte."
 

Parce que les pilules d'iode ne sont pas efficaces au-delà de 40 ans ? 

"Il y a des recommandations internationales en la matière. Ce qu'on dit en Belgique, c'est plutôt d'aller discuter avec son médecin traitant, son généraliste, pour voir  par rapport à la santé individuelle de chacun. Celle-ci est différente, il faut voir quels sont les avantages et les inconvénients."

Mais ce n'est pas une protection suffisante non plus. Il y a d'autres gaz qui peuvent s'échapper Il y a d'autres comportements à adopter en cas d'accident nucléaire ?

"Le plus important est de se mettre à l'abri. Votre maison va vous protéger d'un nuage éventuel radioactif. Mettez-vous au centre, fermez les portes et fenêtres et mettez-vous à l'écoute des médias, des journaux télévisés, des journaux radio, mais également des sites web ou des médias sociaux pour vraiment suivre les bonnes recommandations. C'est vraiment très important parce que si vous ne suivez pas ces recommandations, vous risquez de vous mettre en danger ou bien d'occasionner des suraccidents, et là ce serait encore plus difficile à gérer pour les autorités."

Est-ce que l'idée de pouvoir organiser un jour un test d'évacuation grandeur nature fait partie de ce plan de sécurité nucléaire ? 

"Bien sûr. On a déjà fait des exercices où on invitait une partie de la population à participer à l'exercice ou à des écoles. Par exemple, autour de Doel, on a évacué certaines écoles pour tester les procédures. Donc, les exercices nucléaires font partie de la stratégie de préparation des autorités. L'implication des citoyens est une possibilité. Il y a différents types d'exercices qu'on peut mener, et je pense que le plan actualisé tel qu'il est pour l'instant permet de mettre en place différents exercices, notamment avec la population."


Mais des exercices d'évacuation grandeur nature sur tout Liège et sur tout Anvers ne sont pas prévus?

"Je pense que tout est possible. Mais il faut être un peu raisonnable et savoir quel est l'impact d'un tel exercice et quel est l'intérêt aussi d'évacuer pendant un ou deux jours toute une ville pour tester des procédures. Il y a un risque d'accident pendant l'exercice. On doit donc être prudent par rapport à tout ça. Je pense que l'implication des citoyens dans des exercices de gestion de crise est évidemment importante pour éduquer chacun.

L'adresse du site web où l'on peut trouver toutes ces informations sur comment réagir en cas d'accident nucléaire www.risquenucleaire.be.

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