Disney+: "Limiter l'accès par les parents n'est qu'une étape, la suivante sera l'interdiction"

"Dumbo", "Peter Pan", "Les Aristochats" ou encore "La Belle et le clochard", tous ces films de Disney et d'autres font désormais l’objet d’un contrôle parental sur la plateforme Disney+, en raison de certaines de leurs scènes jugées racistes ou sexistes. Une décision à visée éducative, justifient les studios américains. Education ou forme de censure? Pour en débattre sur le plateau de CQFD: Alain Berenboom, avocat spécialiste des droits intellectuels et Julien Truddaïu, coordinateur et animateur au sein de l'ASBL "Présence et Action culturelles". 

Une décision qui répond à une mobilisation de la société

"Cette décision n'est pas gratuite de la part d'une multinationale du divertissement", observe Julien Truddaïu, "elle répond à une mobilisation et à des plaintes en série faites par un certain nombre de consommateurs ces derniers temps, c'est aussi une décision accélérée par le mouvement américain Black Lives Matter". "Il était temps d'ouvrir ce débat et de l'encadrer, c'est bien ce que propose Disney+, ce n'est pas de la censure mais de l'accompagnement, estime-t-il.

"Moi je trouve cette décision absolument grotesque", poursuit Alain Berenboom, "je considère que c'est infantiliser des enfants que d'imaginer qu'ils vont, après avoir vu des corbeaux noirs dans Dumbo, devenir racistes ou détester les Noirs ou qu'ils vont se moquer des Indiens, après avoir vu les peaux rouges dans Peter Pan, on marche sur la tête [...] Quand une grande société monopolistique comme Disney prend un décision pareille, c'est une décision quasi de pouvoir. Ils font peser sur les valeurs culturelles de la société un pouvoir de censure inadmissible. Pour moi, toutes les oeuvres doit être vues".

Des groupes de pression qui font des campagnes de lynchage des oeuvres

"Quand on commence à interdire, on ne sait pas où cela va s'arrêter"

Julien Truddaïu rappelle qu'il s'agit de déplacer une partie du catalogue de Disney sous le contrôle parental et surtout qu'il s'agit de donner des clefs de compréhension aux enfants. "Limiter l'accès par les parents n'est qu'une étape, la suivante sera l'interdiction", réagit Alain Berenboom qui s'inquiète: "toute oeuvre qui contient ou a contenu des contenus qui aujourd'hui peuvent être ressentis comme racistes ou sexistes risque d'être interdite, c'est ça qui me fait peur, quand on commence à interdire, on ne sait pas où cela va s'arrêter".

"L'engrenage n'existe pas, ce n'est pas dans l'intérêt de la multinationale Disney", réagit Julien Truddaïu qui ajoute que "ces oeuvres constituent aussi un marqueur de mémoire, et qu'il est temps de contextualiser et d'expliquer ce qui s'est passé [...] Il faut amener les clefs pour comprendre ce qu'était le racisme, l'esclavage ou la domination pour l'autre, pour que cessent les discriminations, pour combattre le racisme structurel, tant qu'on ne fera pas ce travail, on répètera les mêmes choses et ce sont les personnes afrodescendantes ou d'origine étrangère qui continueront à en subir les conséquences".

Ce Qui Fait Débat, chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté du débat à revoir ci-dessous :

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