Disney + diffuse le Muppet Show, mais avec un avertissement concernant des "stéréotypes": pourquoi?

Peggy la cochonne, et Kermit la grenouille sont de retour, mais sous surveillance. Les 5 saisons de la série culte The Muppet Show, soit 120 épisodes des années 70-80, sont disponibles sur Disney + depuis le 19 février. Mais la plateforme a décidé d’y apposer un message d’avertissement de 12 secondes.

" Ce programme comprend des représentations négatives et / ou des mauvais traitements envers des personnes ou des cultures. Ces stéréotypes étaient faux à l’époque et sont faux maintenant. Plutôt que de supprimer ce contenu, nous voulons reconnaître son impact néfaste, en tirer des leçons et susciter la conversation pour créer ensemble un avenir plus inclusif. "

Cela concerne 18 épisodes, dont ceux animés par Steve Martin, Peter Sellers, Kenny Rogers, Johnny Cash, Debbie Harry et Marty Feldman, entre autres. Pourquoi ce message ? C’est la question.

Johnny Cash devant un drapeau confédéré

Selon le Los Angeles Times, chaque épisode porte un avertissement pour une raison différente, notamment les représentations des Amérindiens, des Moyen-Orientaux et des personnes d’autres cultures.

L’élément le plus concret repéré notamment par AlloCiné (capture d’écran à l’appui), c’est l’apparition de Johnny Cash chantant devant un drapeau confédéré. Il s’agit du drapeau des séparatistes du sud (esclavagiste) des Etats-Unis durant la Guerre de Sécession. Un drapeau polémique car pour une grande partie des Américains, il reste un symbole de ralliement aux idées racistes. Il est régulièrement arboré par des adeptes du Ku Klux Klan.

Des costumes traditionnels caricaturaux

Le Guardian a également repéré quelques éléments polémiques. Dans un épisode de la troisième saison, explique le journal britannique, Spike Milligan apparaît dans une multitude de costumes traditionnels caricaturaux dans le cadre d’une représentation de It’s a Small World After All, notamment en tant que Chinois aux incisives proéminentes et à la tresse longue.

Autre exemple, dans un épisode de 1978, Peter Sellers apparaît dans un extrait intitulé A Gypsy’s Violin, portant un foulard noir avec des garnitures dorées, un gilet rouge et une grande ceinture de satin rouge, et chantant avec un lourd accent des paroles telles que : "Une fois, son amour lui a donné une boucle d’oreille en or / Et maintenant, les oreilles deviennent vertes."

D’autres épisodes ont carrément été supprimés. Il s’agit là de deux épisodes de la dernière saison, où l’on peut voir Chris Langham, l’un des scénaristes de la série. Entertainement Weekly précise que l’homme a été condamné à plusieurs mois de prison pour possession d’images pornographiques en 2007, et que cela pourrait expliquer la suppression de ces épisodes. Mais le magazine américain précise que Disney + n’a pas voulu faire de commentaire à ce sujet.

La plateforme confirme par contre que certains extraits ont dû être supprimés pour des questions de droits d’auteur sur les musiques.

La question de la recontextualisation

Disney + avait déjà placé un avertissement devant d’autres productions, comme "Dumbo", "Peter Pan", "Les Aristochats" ou encore "La Belle et le clochard", autant de dessins animés qui font aussi l’objet d’un contrôle parental.

Cette décision avait fait l’objet d’une polémique, entre ceux qui y voyaient une forme de censure, et ceux qui estimaient que cela permettait d’ouvrir un débat, de sensibiliser les enfants aux questions de racisme ou de discrimination. La question de la recontextualisation avait aussi été abordée à travers le film "Autant en emporte le vent", que Warner Bros avait assorti d’un avertissement sur le racisme.


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Pour Olivier Klein, professeur en psychologie sociale à l’ULB, ce type de message, appelé “trigger warnings”, ne servent à rien : “des études ont été faites sur l’impact de ces messages quand ils annoncent des contenus violents, et elles ont montré qu’ils n’ont pas d’effets. Par ailleurs, si l’idée est d’éduquer, le texte est trop complexe pour les enfants, et si l’idée est de provoquer un débat, il faut encore que les parents soient capables d’aborder un thème aussi complexe que les stéréotypes. Cela dit ce n’est pas mauvais de réaffirmer certaines valeurs, mais pour moi tout ça fait plutôt partie d'une politique de relations publiques.

Cela fait en tout cas partie de l’initiative "Stories Matter" (“Les histoires comptent”) de Disney, qui explique : “Dans le cadre de notre engagement permanent en faveur de la diversité et de l’inclusion, nous sommes en train de revoir notre bibliothèque et d’ajouter des avis au contenu qui comprend des représentations négatives ou des mauvais traitements des personnes ou des cultures.

Sur la page dédiée à cette initiative, la compagnie explique pourquoi elle a choisi d’apposer un message d’avertissement à "Peter Pan", "Dumbo" ou "Les Aristochats". Des explications, c’est sans doute ce qui manque dans le cas des célèbres marionnettes.

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