Diplômés en médecine: entre pénurie et pléthore

Pas assez puis trop de diplômés en médecine: un casse-tête pour les étudiants
Pas assez puis trop de diplômés en médecine: un casse-tête pour les étudiants - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Pas assez de médecins en 2016 mais beaucoup trop en 2020, et puis une nouvelle pénurie annoncée après 2020, la planification des besoins en médecin a de sérieux ratés dénonce une étude menée par le Centre d'information sur les professions médicales de l'UCL. Ses auteurs, les professeurs Denise Deliège et Etienne De Clercq dénoncent les errances de la politique actuelle qui mène tout droit disent-ils à des situations absurdes.

D’abord une pénurie en 2016

C’est un fait, aujourd’hui, si vous voulez prendre rendez-vous avec un dermatologue ou un pédopsychiatre, vous devrez attendra parfois des mois. Sur le terrain, en zone rurale, on constate aussi un manque de généralistes qui sont surchargés.

La faute au numerus clausus qui ne tient pas suffisamment compte des besoins réels sur le terrain et de la réalité de la pratique professionnelle des médecins aujourd’hui. Tous les numéros Inami, le document qui permet d’exercer la médecine, ne sont pas détenus par des médecins en exercice. Certains travaillent par des administrations ou des laboratoires, d’autres sont à l’étranger. Certains enfin, gardent leur numéro même en ayant cessé toute activité. La Limitation du nombre de ces numéros conduit donc à une pénurie de généralistes dans les zones rurales par exemple qui renâclent désormais à assurer les gardes de weekend ou de nuit; explique Etienne De Clercq co-auteur de l’étude.

Puis une surabondance de médecins

L’étude de l’UCL montre aussi qu’en 2018, on va voir débarquer sur le marché du travail une pléthore de nouveaux diplômés. Cela s’explique, dit Etienne De Clercq, par la fait qu’en vertu du décret Bologne, les études de médecine sont ramenées de 7 à 6 ans.

Or, ceux qui ont commencé leur cycle d’étude en 7 ans vont sortir, en 2018, en même temps que ceux qui auront fait leurs études en 6 ans. Résultat :entre 2018 et 2020, 7500 jeunes diplômés, dont 4000 francophones se retrouveront sur le marché du travail. Beaucoup d’entre eux, s’ils veulent se spécialiser devront alors trouver un stage. Et il n’y en aura pas pour tous, loin de là. Le Dr De Toeuf estime qu’il manquera alors, entre 30 et 40 % de stages. Pour les "sans-stage" ce sera le dilemme: ou partir se former à l’étranger, attendre un hypothétique stage l’année suivante ou renoncer à se spécialiser et se réorienter vers une autre branche de la santé.

Pénurie, acte 2

Mais attention, affirme Etienne De Clercq , cette abondance ne sera que passagère. A partir de 2021, les médecins diplômés en 1970 atteindront l’âge de la retraite. Il faudra les remplacer mais, toujours selon l’étude de l’UCL, il n’y aura plus alors assez de jeunes diplômés. Compliqué ? Alors accroche -vous pour l’explication :

On revient à la surabondance annoncée de diplômés en 2018. Pour répondre à l’inquiétude des étudiants, menacés de ne pas pouvoir exercer leur métier à la sortie de leurs études, la ministre fédérale de la santé Maggie De Block et Jean Claude Marcourt, ministre de l’enseignement supérieur de la fédération Wallonie Bruxelles ont conclu un accord.

On garantit un numéro Inami aux étudiants qui sortiront en 2018 mais cela sera pris sur le quota des années suivantes. On ne pourra accorder que 169 numéros aux diplômés francophones par an pendant dix ans. A politique inchangée, affirme Etienne De Clercq, à peine 22 % des retraités pourront être remplacés par de jeunes diplômés. Et cette fois conclut-il, la pénurie sera vraiment de longue durée.

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