"Difficile de ne pas parler de deuxième vague": au rythme actuel, les soins intensifs seront saturés à la mi-novembre

Le Dr Yves Van Laethem lors d'un point presse du centre de crise interfédéral covid-19
Le Dr Yves Van Laethem lors d'un point presse du centre de crise interfédéral covid-19 - © THIERRY ROGE - BELGA

Sciensano et le Centre interfédéral de crise covid-19 font le point ce mercredi dans leur traditionnelle conférence de presse sur l’épidémie de coronavirus dans notre pays. La communication eut lieu à 11 heures ce mercredi.


►►► À lire aussi : Toutes les infos sur le coronavirus


 

Une progression "alarmante"

Les experts du centre interfédéral covid-19 ont affiché leur inquiétude quant à l’évolution de l’épidémie dans notre royaume. Yves Van Laethem parle de progression "alarmante". Au cours des 7 derniers jours, 5057 nouveaux cas ont été diagnostiqués par jour. L’augmentation, "majeure", est de 93% par rapport à la semaine dernière. Le nombre d’infections double à présent tous les 7 jours.


A lire aussi : Coronavirus en Belgique : "Le virus circule beaucoup plus parmi le personnel soignant que lors de la première vague"


"Vendredi 9 octobre, nous avons dépassé le cap des 7000 nouveaux cas de contaminations. Il s’agit du chiffre le plus important que nous ayons atteint jusqu’à présent" (seule la République tchèque compte plus d’infections en Europe pour le moment). Toutes les tranches d’âge sont concernées, mais Y. Van Laethem note qu’un quart des nouvelles contaminations se situe dans la vingtaine. Mais on constate néanmoins un doublement des infections dans la tranche d’âge entre 30 et 80 ans.

Les courbes s’envolent

La Belgique en rouge

Le bilan par province affiche des nuances de rouge. Les plus fortes hausses sont visibles dans la partie francophone, et notamment dans le Brabant wallon, où les chiffres doublent tous les 5 jours dans "la jeune province". L’expert de préciser que la proportion de doublement maximale pour ce type de virus est de 3 jours.

Une forte augmentation des infections est aussi à signaler dans les provinces de Hainaut et de Liège. Cependant, le nombre de nouveaux cas le plus important a été diagnostiqué en Région bruxelloise (881 par jours). L’augmentation, de 51%, est cependant moins rapide que dans le reste du pays. Cela peut être dû, selon Yves Van Laethem, a l’application des nouvelles mesures ou à une certaine saturation des centres de testing. 20% des tests pratiqués à Bruxelles sont positifs. Un chiffre jamais atteint auparavant.

En Flandre, l’évolution est forte également. Le taux d’infection pourrait rapidement atteindre celui présent actuellement dans le sud du pays.

Les hospitalisations augmentent fortement. Une accélération constante et maintenue. A certains moments, nous franchissons maintenant le cap des 200 admissions par jour (c’était 100 la semaine dernière). "Cela montre la puissance de cette croissance exponentielle. Qui commence lentement, qui monte petit à petit et qui finit par une situation explosive. Le virus est un faux lent qui peut parfois en tromper certains" poursuit le docteur.

Au cours des 7 derniers jours 152 admissions sont déclarées en moyenne dans les hôpitaux. Une augmentation de 81% (doublement tous les 8 jours). Toutes les provinces augmentent leurs chiffres d’admissions mais la moitié sont constatées dans la région bruxelloise et dans les provinces de Liège et de Hainaut.

Le virus est un faux lent qui peut parfois en tromper certains

 

Deuxième vague

1621 patients sont actuellement hospitalisés, dont 281 en soins intensifs. Le nombre de patients en réanimation double tous les 12 jours. La potentialité serait d’atteindre la capacité maximale des 2000 lits de soins intensifs occupés à la mi-novembre, si la tendance se poursuit. "Il faut donc absolument éviter ce scénario".

18 décès sont à déplorer par jour (+56% par rapport à la semaine dernière). Ces décès sont essentiellement liés à des patients résidant en maisons de repos.

"Il est difficile de ne pas employer le terme de 2e vague", se résigne Y. Van Laethem, qui dit l’employer pour la première fois. Cette deuxième vague est présente dans l’Europe entière.

"Ce n’est pas pour cela qu’il faut paniquer. Nous ne sommes pas dans le même cas qu’en mars-avril. Nous connaissons mieux le virus et nous savons ce qu’il faut faire pour le contrôler. Mais il faut le faire". Et l’expert de préconiser un suivi des mesures demandées par les autorités. Et des règles d’or. "Beaucoup d’infections ont lieu dans des cercles privés, et ce sont elles qu’il faut casser à tout prix".

Des décès davantage en hôpitaux

Les nouveaux décès (94% de ceux-ci ont eu lieu lors de la première vague) concernent principalement les personnes de plus de 80 ans. La moyenne est actuellement de 83 ans (86 lors de la première vague). "Une minorité des décès surviennent chez des personnes moins âgées. 6% des décès avaient lieu chez les moins de 65 ans lors de la première vague. Il s’agit à présent de 10% des décès" explique Y. Van Laethem.

Depuis l’été, le pourcentage des personnes décédées qui sont résidents de maisons de repos a diminué. Il est actuellement de 45% (63% avant l’été). Depuis la saison estivale, 78% des décès ont actuellement lieu au sein d’un hôpital (contre 49% au printemps dernier).

L’expert explique également que les techniques se sont affinées pour les diagnostics, depuis la première vague. "88% des décès sont maintenant confirmés par une technique extrêmement fiable pour prouver qu’il s’agit bien du covid"

Et Yves Van Laethem d’indiquer également que la situation spécifique dans les maisons de repos sera discutée et communiquée ce vendredi 16 octobre après la parution d’un nouveau rapport complet.

Dans les pays qui nous entourent, ceux qui sont confrontés au plus grand nombre de décès actuellement sont le Royaume-Uni, le Portugal et tout particulièrement l’Espagne.

Coronalert sur de bonnes bases

Antoine Iseux revient lui notamment sur l’application Coronalert. Plus d’un million de Belges l’ont déjà téléchargée. Cela équivaut à 15% des utilisateurs de smartphones. "Plus les personnes téléchargeront cette application, plus les mailles vont se resserrer dans la lutte contre la propagation du coronavirus" précise-t-il. Et Antoine Iseux de nous enjoindre de la télécharger, en précisant qu’elle ne nuit pas à la vie privée (pas de géolocalisation…). Pour plus d’information, l’expert préconise pour toute question de se tourner vers le site internet coronalert.be (lien en cliquant ici).


A lire aussi : Coronavirus : 57% des francophones inquiets des conséquences négatives de la crise sanitaire sur leurs droits fondamentaux


Pour être efficace, l’application doit être évidemment couplée avec la prise en compte des gestes barrières, des six règles d’or et du suivi de contacts.

Quelques éléments supplémentaires :

Des données sur les lieux de contamination

Quelques infos supplémentaires sur la situation dans les homes