Didier Reynders (Commissaire européen à la Justice) : "S'il le faut, on avancera sans la Hongrie et la Pologne"

Didier Reynders, Commissaire européen à la Justice, était l’invité du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 5 novembre sur La Première. Il aborde le bras de fer entre les institutions européennes et le duo Hongrie-Pologne qui bafoue l’État de droit, sans oublier la situation sanitaire qui chamboule la Belgique comme l’Europe.

 

Aujourd’hui le grand plan européen pour relancer l’économie est bloqué. Le budget pour les 7 années à venir : à l’arrêt. Et la responsabilité est à aller chercher du côté de la Pologne et la Hongrie qui bloquent l’adoption de ce grand paquet budgétaire de 1800 milliards d’euros. Les deux pays sont pointés du doigt pour leurs pressions sur la presse, la justice et les minorités notamment.

Là, ils font barrage, contrariés par la condition de respecter l’État de droit pour pouvoir bénéficier des fonds européens. Du chantage ? "Oui, on peut l’appeler comme ça, mais on doit constater que le débat sur l’État de droit est maintenant sur la table de toutes les institutions européennes, y compris le Conseil. Alors, c’est vrai, il y a une pression qui se fait, mais toutes les solutions sont possibles. La présidence allemande qui a le dossier en mains – parce qu’elle préside aujourd’hui les institutions européennes – va chercher à convaincre pour avoir un accord des 27. Mais si ce n’est pas le cas, nous avons la possibilité, s’il le fallait, de travailler sans la Hongrie et la Pologne. Il faut que ce soit très clair."

Comment travailler avec Frank Vandenbroucke ?

La bourde de communication du ministre fédéral de la Santé a fait couler beaucoup d’encre, les voix s’élèvent dans les différents partis politiques et une première dispute éclate entre les libéraux francophones et Frank Vandenbroucke, dont la personnalité jugée parfois autoritaire voire totalitaire pose problèmes aujourd’hui.

Didier Reynders a travaillé avec le ministre sp.a et il pense qu’il faut miser sur le débat pour que la cohabitation politique fonctionne. "Il faut discuter ! C’est quelqu’un qui a une position très ferme et qui s’y tient. Si vous n’êtes pas d’accord avec lui, il est convaincu que c’est parce que vous n’avez pas compris, alors il réexplique. Il faut prendre du temps. C’est quelqu’un de très compétent, qui connaît bien les matières. Le souci ici, c’est la communication. Il doit pouvoir expliquer pour quelles raisons une décision est prise."

Didier Reynders revient d’ailleurs sur des incompréhensions qui font toujours du bruit dans les couloirs européens. "À la fin de l’été, au début de l’automne, on a donné le sentiment qu’on assouplissait les mesures alors que les chiffres étaient à la hausse et qu’on parlait de faire un knockdown à Marseille. Je pense que ce qu’il faut, c’est d’abord expliquer où en est la situation sanitaire. Je pense que ce que le Premier ministre Alexander De Croo fait, en revenant sur les éléments de base, c’est aller dans la bonne direction."

L’Union, une seule voix pour les vaccins

Malgré la décision britannique de commencer la distribution des vaccins dès la semaine prochaine, Didier Reynders se réjouit du travail solidaire qui s’organise entre les États membres pour organiser une vaccination générale et coordonnée. "Tout ce qu’on a vécu est dû au virus, mais est dû aussi à la capacité de résistance des systèmes de santé. Alors que la compétence était nationale, nous avons pu au niveau de la Commission européenne construire petit à petit une politique de Santé européenne qui n’était pas prévue au départ, à travers les vaccins et les budgets. On a bien vu que certains pays étaient plus à mêmes d’accuser un choc que les autres, mais les pays membres de l’Union – et qui vont le rester – ont décidé d’être solidaires, de travailler ensemble et d’attendre la position définitive de l’Agence Européenne des Médicaments (attendue avant le 29 décembre). La Commission a voulu prendre l’initiative de mettre des vaccins à la disposition de tous les États membres, mais aussi de beaucoup d’autres pays autour de nous, comme les candidats dans les Balkans et des pays d’Afrique. On pourrait ainsi vacciner jusqu’à 700 millions de personnes. On a demandé des plans logistiques pour travailler ensemble, au même moment, pour que tout le monde puisse être servi en même temps."

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