Deux jours et deux nuits au large, toutes voiles dehors, avec la skippeuse belge Marie-Amélie Lenaerts

Comme une poignée de confettis jetés au vent : 68 voiliers s’envolent sur fond bleu, vendredi midi, à la sortie du port de Lorient. Ces petits bateaux, seulement 6 mètres 50 de long, participent à la course « Plastimo Lorient Mini 6.50 » et partent pour 200 milles marins au large de la Bretagne, soit environ 400 kilomètres.

La skippeuse belge Marie-Amélie Lenaerts slalome au milieu du peloton. Lunettes solaires bien arrimées, elle a le regard rivé sur les voiles avec le soleil de midi dans l’axe.

La compétition se dispute en double. Journaliste à la RTBF, j’ai pris place à ses côtés comme « équipier », sans aucune expérience de la mer. Aucun contact avec la terre n’est permis. Seule une radio courte portée, la VHF, permet de communiquer dans un rayon restreint. Durant deux jours et deux nuits, Marie-Amélie Lenaerts va manœuvrer seule.

Poulet et riz lyophilisés au soleil couchant

Marie-Amélie Lennaerts, 32 ans, travaille comme consultante en développement durable. Elle a grandi à Charleroi et vit à Bruxelles. Elle a d’abord pratiqué la voile comme monitrice à l’Adeps sur le lac de Péronnes et comme skippeuse pour l’ULYC, un club de l’Université à Louvain-la-Neuve. Il y a moins de deux ans, elle effectue le grand plongeon et se lance dans l’aventure du large.

Au crépuscule du vendredi 12 avril, nous naviguons à proximité de l’archipel des Glénan. Le soleil se couche à tribord. Les vagues ondulent calmement. C’est le moment de préparer un repas chaud à l’intérieur de la cabine du voilier. L’espace, très réduit, ressemble au tambour d’une machine à laver.

 

La mer s’agite

Durant la nuit, le vent gagne en force. Le très long « bord » vers l’île d’Yeu est agité. Les vagues se fracassent contre la coque. Le voilier, incliné comme une moto de course en plein virage, est secoué d’une série de soubresauts. Ce hoquet permanent rend l’équilibre précaire et provoque la nausée.

Autour de nous, seules les lumières de quelques bateaux, vertes ou rouges selon le sens de navigation du navire croisé, percent l’obscurité. Aucune terre en vue.

Grosse fatigue

Samedi semble long. Vent et vagues toujours de face, nous continuons notre route vers l’île d’Yeu, laissant Belle-Ile-en-Mer à bâbord. Sur le voilier, Marie-Amélie Lenaerts ne tient pas en place. Il y a toujours quelque chose à faire : hisser ou affaler des voiles, tirer et ranger les cordes (les « bouts » comme disent les navigateurs), consulter les instruments de bord et les cartes, déplacer les bagages pour répartir le poids en fonction de la position du bateau,…

Les efforts s’accumulent. Les périodes de sommeil se résument à quelques micro-siestes de maximum 20 minutes pendant que le bateau avance en pilote automatique.

Les dernières heures

Après avoir contourné l’île d’Yeu dans la nuit de samedi à dimanche, le retour vers Lorient est amorcé à toute allure. Les choix de voiles sont délicats. Le bateau, trop incliné à pleine vitesse, se couche deux fois, arrêté sur flanc, spi (voile avant) à l’eau. Marie-Amélie Lenaerts redresse le voilier seule. La ligne d’arrivée est franchie après 46 heures et 13 minutes de course, à distance des premiers équipages composés de deux véritables skippeurs.

Le 22 septembre, Marie-Amélie Lenaerts s’élancera pour une traversée de l’Atlantique en solitaire et sans assistance : la « Mini Transat », une aventure de 7500 kilomètres sur les plus petits voiliers de course au large. Si elle arrive en Martinique, Marie-Amélie Lenaerts sera la première femme belge à boucler ce type d’aventure, la première à avoir traversé l’Atlantique à la voile et en course.

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