Deux journalistes suspectées de trafic d'êtres humains après avoir hébergé des migrants

C'est au tribunal de première instance francophone de Bruxelles de se pencher sur le cas des 12 personnes, dont deux journalistes, poursuivies pour organisation de trafic d'êtres humains, a décidé lundi le tribunal correctionnel de Termonde. Parmi elles, deux femmes et amies qui sont suspectées de trafic d’êtres humains en tant que membres d’une organisation criminelle. Elles ont hébergé des migrants et font partie de la plateforme citoyenne.

Les deux journalistes poursuivies sont Anouk Van Gestel, rédactrice en chef de Marie Claire Belgique que nous avions rencontrée lors d'un reportage en janvier dernier, et Myriam Berghe, journaliste chez Femmes d'Aujourd'hui. Elles sont défendues respectivement par Me Alexis Deswaef et Me Jan Fermon.

Trafic d'êtres humains

L'espoir que formule la défense est que le dossier pourra être traité avec plus de sérénité et que l'on pourra faire la distinction entre une citoyenne solidaire "qui ne peut être poursuivie" et des trafiquants d'êtres humains, précise Me Deswaef. Ce changement de langue "permettra aux personnes de se défendre sans devoir passer par un interprète", une situation lors de laquelle des pans sensibles "peuvent se perdre dans la traduction", souligne l'avocat.

Cinq suspects ont comparu ce lundi matin devant le tribunal de Termonde, ils sont placés en détention dans l'attente du procès. Les deux journalistes ne sont, elles, pas incarcérées, mais elles risquent jusqu'à 10 ans de prison pour trafic d'êtres humains.

Contrairement à ce que nous avions écrit dans un premier temps, les faits sont bien qualifiés de trafic et non de traite des êtres humains puisque les poursuivis sont suspectés d'avoir voulu faire passer illégalement les frontières à des individus et non les avoir exploités.

Myriam Berghe était sur écoute

Parmi les migrants qu’elles ont hébergés, certains sont soupçonnés d’être des passeurs. Contactée par la RTBF, l'une des prévenues, Anouk Van Gestel, livre sa version des faits. Elle est la rédactrice en chef du magazine Marie Claire. Elle a offert un toit à un jeune Soudanais, Moha, 17 ans, qui voulait aller en Angleterre.

"Mon erreur a été de téléphoner à mon amie Myriam qui, évidemment en tant que journaliste, connaissait plein de gens et a accueilli beaucoup de gens, dont probablement des passeurs, explique-telle. Elle était sur écoute et je lui ai demandé si elle connaissait quelqu’un qui pourrait nous aider à faire passer Moha."

Je n’ai jamais touché un franc

Selon Anouk Van Gestel, c'est à partir de là qu'elle est considérée comme un passeur. "Il faut bien savoir que Moha n’est jamais parti, ajoute-t-elle. J’ai demandé des renseignements, mais ça n’a jamais été plus loin que ça. Je n’ai jamais touché un franc. Ça ne me viendrait même pas à l’idée, au contraire ça me coûte de l’argent d’héberger, de donner à manger, d’aider, de donner des tickets de métro… C’est véritablement un engagement personnel pour aider."

Le temps de traduire le dossier, il devrait vraisemblablement être rouvert à Bruxelles à l'automne, après les congés judiciaires

Ecoutez le témoignage d'Anouk Van Gestel

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