Deux ans après les attentats, Fayçal Cheffou demande "des excuses pour pouvoir tourner la page"

A droite sur la photo, Mohamed Abrini, celui qui avouera être le vrai homme au chapeau.
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A droite sur la photo, Mohamed Abrini, celui qui avouera être le vrai homme au chapeau. - © Tous droits réservés

Il y a deux ans, Fayçal Cheffou était arrêté par les forces de l'ordre car considéré comme l'homme au chapeau, le djihadiste qui ne s'est pas fait explosé à Zaventem. Persuadé d'avoir mis la main sur l'ennemi public numéro un, les policiers l'arrêtent sans aucune explication. Il sera relâché quatre jours plus tard et Mohamed Abrini, le réel coupable, arrêté deux semaines après et jeté en prison. 

Sur le chemin pour aller chercher un ami qui revenait de voyage, Fayçal Cheffou arrive le 24 mars 2016 aux abords de la place Stéphanie. La capitale étant contrôlée de toute part, il n'est pas possible de passer par le tunnel ce jour-là. Comme tous les autres automobilistes, le futur inculpé suit les déviations et arrive sur la place Poelaert. Rapidement, sa voiture se fait encercler par les fourgons de police et une poignée d'armes sont braquées sur lui. Dans l'incompréhension la plus totale, Cheffou sort de son véhicule les mains en l'air accompagné des autres passagers. 

Un témoin formel

En moins de temps qu'il le faut pour le dire, les hommes sont séparés et embarqués dans les fourgons les yeux bandés et incrédules. Bien qu'il cherche à comprendre ce qui lui arrive, aucune information ne lui sera transmise, les policiers se contentant de répondre qu''il sait très bien pourquoi il est là". 

Entre 18h30 et 23h30, l'homme sera mis au cachot et interrogé. Le tout sans avocat et sans savoir le motif de sa présence, "vers 23h, je suis auditionné et on m'explique enfin ce que je fais là. Mon premier réflexe est de rigoler et de leur expliquer qu'il s'agit d'une grosse erreur. Les policiers prennent ça pour de la moquerie et c'est là que les actes violents commencent". Suspecté de djihadisme, Fayçal Cheffou subit des intimidations et met du temps à pouvoir voir son avocat.

Tout part du fait que le téléphone de Cheffou émet un signal à Maelbeek le jour des attentats. "La station est à 20 minutes de chez moi. Par réflexe je m'y suis rendu après l'explosion pour voir ce qu'il se passait." Aussi, le taximan qui a conduit les terroristes est formel quand on lui présente la photo de celui qui deviendra la victime collatérale de ces attentats : c'est bien lui l'homme au chapeau. 

 

Des excuses pour tourner la page

Après quatre jours , Fayçal Cheffou est finalement transféré devant un juge d'instruction qui soulèvera plusieurs incohérences notamment concernant la corpulence différente entre le vrai et le faux responsable. Cheffou est relâché, sans aucune excuse. "Ce qui me cause vraiment de gros soucis c'est la communication qui a été faite par le Parquet lors de ma libération. Ils n'ont pas clairement dit qu'ils avaient fait une erreur. Juste qu'il n'y avait pas assez de preuves pour me garder."

Si le regard des gens a mis longtemps à changer, aujourd'hui, Fayçal Cheffou est plus ou moins tranquille. Si ce n'est qu'il reste bel et bien inculpé : "l'inculpation ne peut être levée que par la Chambre du conseil au bout de l'instruction. Les gens ne comprennent pas et pensent qu'il y a toujours quelque chose de pas normal. Il y a encore une confusion dans leur esprit d'autant plus que je suis inculpé des trois mêmes chefs d'inculpation que le vrai terroriste...".

Un mauvais souvenir dont Fayçal Cheffou ne s'est pas encore complètement débarrassé. Ce qui lui reste le plus en travers de la gorge ? "L'absence d'excuses. Tout ce que je demande, c'est qu'on reconnaisse l'erreur pour que je puisse tourner la page." 

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