Deux ans après les attentats de Paris, où en est la menace terroriste?

Le 13 novembre 2015, les attentats de Paris faisaient 137 victimes. Deux ans plus tard, où en est la menace terroriste? Le coordinateur européen à la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove, estime qu'il est bien difficile de l'évaluer. Dans un entretien avec la RTBF, le Belge plaide pour une meilleure coopération entre les États-membres et met en garde contre les nouveaux risques.

Les services de renseignement n'ont pas tiré les bonnes conclusions

Selon le "Monsieur Terrorisme de l'UE", les services de renseignement font face à de nombreuses difficultés. Tout d'abord, les auteurs des attentats terroristes ne reviennent plus de Syrie ou d'Irak. Ils se radicalisent et, soudain, basculent dans la violence. "Cette multitude de profils rend la menace plus complexe", avoue Gilles de Kerchove. 

"Il y a aussi une plus grande diversité des cibles", explique-t-il. "Pendant tout un temps, il s'agissait de cibles symboliques comme des écoles juives - avec Merah -, des militaires, des policiers, des bâtiments publics. Aujourd'hui, on a à la fois la promenade des Anglais [à Nice] et le marché de Noël à Berlin."

Il pointe également une plus grande diversité dans les modes opératoires qui "va du couteau de cuisine à la kalachnikov en passant par l'explosif".  

Mais selon lui, il s'agit avant tout de "donner du sens" à ces données disponibles et d'en"tirer les bonnes conclusions". Ce qui n'est pas toujours le cas, admet-il. "Dans plusieurs projets d'attentats ou d'attentats réussis, les services de renseignement et de police avaient la bonne information, mais ils n'en ont pas tiré les bonnes conclusions. C'est frappant".

Nouvelles formes d'attaques

Le coordinateur s’inquiète aussi des nouvelles formes d’attaques. Avec des connaissances techniques particulières, il serait possible de mener des cyber-attaques et de prendre le contrôle du centre opérationnel d’un barrage ou d’une centrale nucléaire. "Que se passera-t-il  le jour où il sera possible de faire un petit virus dans la cuisine de sa maman", se demande-t-il. 

Pas de retour massif de nos combattants

Même si le risque d'attentat reste bien là, il est peut-être moins présent depuis la chute de Raqa , ex-bastion du groupe terroriste Etat islamique en Syrie. "Il n'y aura pas de retour massif de nos combattants", assure-t-il. 

"Nous avons eu plus ou moins 5000 Européens qui sont partis rejoindre essentiellement Daesh et un peu Jabat Al-Nosra. Il y en a 1500 qui sont déjà revenus et il y en a plus ou moins 1000 qui ont été tués sur place. Parmi les 2500 restants, il y a beaucoup de femmes et d'enfants. Il pourrait y avoir des tentatives de retour au compte-gouttes à travers des flots indirects, mais pas de retour massif."

Par ailleurs, Gilles de Kerchove estime que l’Europe est aujourd'hui moins vulnérable et "mieux outillée" face aux attaques terroristes grâce à la coopération renforcée des Etats membres. Il appelle ainsi l'UE à continuer dans cette voie. 

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