Deux ans après, Bruxelles a-t-elle digéré les attentats du 22 mars?

La croissance économique a repris dans plusieurs secteurs, deux ans après les attentats du 22 mars
La croissance économique a repris dans plusieurs secteurs, deux ans après les attentats du 22 mars - © RTBF

Il y a deux ans, Bruxelles vivait l’horreur avec les attentats du 22 mars. Des événements dont tout le monde se souvient, y compris Hans Van der Biesen, manager d’un hôtel qui se trouve juste en face de la station Maelbeek. "J’y pense tous les jours quand je passe en voiture devant Maelbeek, c’est sûr. Mais c’est quelque chose d’individuel", explique le manager.

Son hôtel a servi de centre de crise pour les services de secours. Près de cinquante victimes ont reçu leurs premiers soins dans le lobby de l’hôtel. Hans était donc aux premières loges. Un événement qui a marqué sa vie, même s’il n’a pas changé sa manière de vivre, à quelques exceptions près. "Le choix est de continuer sa vie. Si je vais à un concert ou un grand événement, je regarde plus vite où est la sortie de secours".

La croissance reprend dans le secteur hôtelier

L’hôtel a vécu des mois difficiles. Les touristes étaient moins nombreux à venir dans la capitale belge et le secteur l’a ressenti. "Le secteur hôtelier a enregistré des chutes de taux d’occupation de près 50 % après ces événements. Ça a perduré environ 18 mois, mais depuis l’année passée, le secteur a retrouvé progressivement des taux d’occupation d’avant les événements. Cette année, on assiste même à un retour de la croissance", indique Rodolphe Van Weyenbergh, secrétaire général de la Brussels Hotels Association. Désormais, la croissance dans le secteur hôtelier est de 4% sur les mois de janvier et février 2018.

Un soutien psychologique à la Stib et une année record en 2017

A la Stib, l’après attentat a été difficile à digérer, tant psychologiquement qu’économiquement. Psychologiquement, parce que l’ensemble des travailleurs a été touché par le 22 mars. Les transports publics bruxellois avaient mis en place une cellule de soutien psychologique. "Il y avait beaucoup de gens qui ne comprenaient pas pourquoi ils étaient si émus et désemparés. Ils croyaient qu’ils n’avaient pas le droit parce qu’ils n’étaient pas dans la rame, ils n’ont pas transporté de victimes ou ils n’ont pas vu les images au dispatching", raconte Karl Crabbé, conseiller social à la Stib. Aujourd’hui, neuf personnes sont encore suivies.

Economiquement, la Stib a repris sa croissance. Juste après le 22 mars, la baisse de fréquentation a atteint 19% pour le métro et 10% sur l’ensemble du réseau à la fin du mois d’avril 2016. Mais dès septembre 2016, le nombre de voyages est reparti à la hausse. "En janvier 2017, on a même augmenté la fréquentation de manière très importante. On a assisté à cette augmentation tout au long de l’année 2017 puisqu’on a enregistré un chiffre record que ce soit sur le métro, le tram ou le bus. Il n’y a plus de différence aujourd’hui de peur ressentie en tout cas en terme de chiffres de voyageurs par rapport à l’utilisation du métro", indique Françoise Ledune, porte-parole de la Stib. En 2017, la Stib a comptabilisé 31 millions de voyages supplémentaires.

Brussels Airport en bonne forme

Année record aussi pour Brussels Airport en 2017. "L’année 2016 a connu une chute de près de 3 millions de passagers. En 2017, on a eu un rebond très important avec une année record, près de 24,8 millions de passagers. L’effet négatif de l’attentat sur le trafic a été résorbé", signale Arnaud Feist, CEO de Brussels Airport.

Deux ans après les attentats de Maelbeek et de l’aéroport, les feux sont au vert pour de nombreux secteurs. Pour Nik Guukens, l’activité reprend plus doucement. Avant les attentats, sa pharmacie était au centre du hall des départs, entre les deux entrées. Désormais, avec une seule entrée possible, elle est moins visible. Les ventes peinent à décoller. "Pour l’instant, on arrive petit à petit à récupérer ce qu’on avait avant. Mais la vente est toujours de 15 à 20% en moins. C’est mieux qu’à l’ouverture. Ce jour-là, on était à seulement 10 % de ce qu’on faisait avant. Il y a encore beaucoup de gens qui ont peur. Ils arrivent et ils veulent passer le plus vite possible derrière le contrôle. Ils trainent moins qu’avant."

Mais les bonnes nouvelles économiques n’effacent pas le souvenir du 22 mars pour le CEO de Brussels Airport. "Je ne pense pas qu’on puisse tourner la page. Ça restera fondamentalement ancré dans le fond de nos cœurs pour le reste de nos vies parce que ce sont des événements tellement dramatiques qu’on ne peut pas les oublier".

Dépôt de couronnes de fleurs par Charles Michel et les autorités aéroportuaires ce matin à Bruxelles-National: