Dessinateur Bernard Yslaire: "Avec les gilets jaunes, on a l'impression de retrouver le club des Jacobins"

Trente ans après sa création, sept tomes parus et plus d'un million d'exemplaires vendus, le dessinateur et scénariste Bernard Yslaire sort le dernier chapitre la série "Sambre" : "Sambre : celle que mes yeux ne voient pas". L'histoire se passe dans l'univers de la Révolution française, l’un des moments les plus durs de l'Histoire de France. 

Il porte son regard sur le mouvement des gilets jaunes en France. "C'est un peu la liberté d'expression qui est en train d'exploser. On parle toujours de la mondialisation. La mondialisation, s'il faut donner une image, c'est Internet. On a ouvert la boîte de Pandore."

Selon le dessinateur, tout le monde peut s'exprimer avec Internet. "Jusque-là, on va dire que tous les canaux d'information étaient hiérarchisés, il fallait passer par certains spécialistes qui allaient hiérarchiser l'information, telle personne pouvait parler de tel sujet."

Bernard Yslaire estime qu'une forme d'égalitarisme peut s'avérer dangereux : "N'importe qui peut s'exprimer, même avec un pseudonyme, et l'information d'un spécialiste et de quelqu'un qui n'y connaît rien est mise sur le même plan. Cela ressemble au début de la Révolution française de 1789, où la première chose a été l'explosion des journaux. Il y a donc une multiplicité de gens qui s'expriment, de couches populaires notamment, d'enragés et surtout de fake news.

Méfiance extrême

À l'heure actuelle, le scénariste constate que le mouvement des gilets jaunes développe une méfiance extrême de toute forme de spécialistes, quels qu'ils soient. "Ce n'est pas seulement contre Macron ou le gouvernement, non, c'est n'importe qui, les médias, etc. C'est comme si les réseaux sociaux allaient être plus vrais, c'est-à-dire qu'on va faire confiance à sa secte. On a l'impression de retrouver le club des Jacobins, mais version Internet, ou le club des Enragés, qui était quand même encore plus virulent à l'époque, avec les marins qui prêchaient la révolution dans la rue et la démocratie directe, ce qui est quand même assez inquiétant parce que ça peut amener énormément de désordre."

Bernard Yslaire déclare que ces personnes ne sont pas conscients de la fragilité de la démocratie : "Je pense surtout que les gens qui souffrent ne se rendent parfois pas compte que la démocratie est tellement fragile et que s'ils l'imaginaient un peu plus humaine, ils freineraient peut-être. Ils imaginent tout le temps lutter contre le pouvoir, le système, et personne ne sait qui c'est, à part que c'est eux." 

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