Des tonnes de médicaments détruites chaque année : des professionnels de la santé dénoncent un gaspillage de grande ampleur

Des tonnes de médicaments détruites chaque année
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Des tonnes de médicaments détruites chaque année - © Tous droits réservés

Des milliers de boîtes de médicaments non-utilisées finissent à la poubelle. Traitement suspendu, effets secondaires trop importants : autant de raisons qui poussent le patient à rapporter ses médicaments en pharmacie. Mais périmés ou pas, la règle est la même : le pharmacien a l'obligation légale de les jeter, afin qu'ils soient détruits.

Le problème? Les conditions de conservation

"C'est vraiment dommage de gaspiller autant de médicaments, mais cette loi existe car on ne sait pas dans quelles conditions ils ont été conservés" explique Philippe De Broux, pharmacien à Mons. "Il se peut que la chaîne du froid ait été rompue alors qu'ils devaient être conservés au frais. Ou qu'on les ai mis au frigo alors qu'il ne le fallait pas. On ne peut pas garantir une sécurité d'emploi une fois que ces médicaments nous sont restitués".

"Une aberration !"

Pour le docteur David Bouillon, cette loi est une aberration. Avec l'unité médico-sociale de Ghlin, il récolte des médicaments non-utilisés et non-périmés afin de les redistribuer à des personnes démunies en danger. Le médecin frise ainsi avec l'illégalité, mais il se défend : "Je suis médecin, pas pharmacien ! Et si je ne leur donnais pas ces médicaments, ces personnes dans une extrême précarité risqueraient de mourir ! Ce serait de la non-assistance à personnes en danger, ce qui est aussi punissable. C'est une loi contre une loi..."

Des sommes colossales

Selon ce médecin, 600 tonnes de médicaments seraient détruites chaque année, "ce qui représente des centaines de millions d'euros". Certains traitements coûtent en effet des sommes astronomiques. "Il y a quelques jours, j'ai récupéré 20 boîtes d'un médicament à 250 euros la boîte. Le traitement ne convenait pas au patient et était donc voué à être détruit. Il y en avait pour 5000 euros en tout !" déplore-t-il. "Je les ai donc récoltés pour les redistribuer. Souvent les patients ne se rendent pas compte du coût de ces médicaments, parce qu'ils sont remboursés. Mais pour toutes les personnes très fragilisées, qui ne sont pas prises en charge par la mutuelle, récolter ces médicaments peut parfois être salvateur".

 

 

Le docteur Bouillon est d'autant plus révolté vu le contexte de pénurie de médicaments. Selon des chiffres récents, 500 médicaments manquent en Belgique."Il m'est déjà arrivé avec l'ASBL de récolter des médicaments en pénurie chez des patients qui n'en ont plus l'usage ! C'est incroyable que ces médicaments manquants soient voués à la destruction"

Des pharmaciens hors-la-loi

Nombreux sont les pharmaciens qui dénoncent ce gaspillage. Certains nous avouent même contourner la loi, pour éviter que ces médicaments ne finissent à la poubelle. Ils les distribuent aux plus démunis, à leurs clients fidèles ou les envoient dans des pays pauvres. Mais ces pharmaciens n'osent pas témoigner car ils savent qu'ils sont hors-la-loi. Certains ont même déjà reçu des avertissements.

Quelle solution?

Pour le pharmacien Philippe De Broux, on pourrait réduire le gaspillage en privilégiant des prescriptions mensuelles, plutôt que trimestrielles ou annuelles. "Malheureusement, je pense que le frein, c'est la rentabilité. Les firmes préfèrent sans doute vendre des grosses boîtes car ce qui est vendu est vendu. Le patient y trouve son compte aussi, car c'est moins cher."

Réduire le gaspillage semble donc dépendre du bon vouloir d'une multitude d'acteurs, du médecin généraliste aux politiciens, en passant par les firmes pharmaceutiques.

 

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