Des tarifs différenciés à la SNCB: ça veut dire quoi?

Comment fixer les prix des transports publics ?
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Comment fixer les prix des transports publics ? - © ERIC LALMAND - BELGA

Dans les propositions avancées par Jo Cornu, administrateur délégué de la SNCB et suite à la publication d'un rapport comparatif des prix du train en Europe, on évoque l'introduction de "prix différenciés et de la promotion des heures creuses". Mais qu'est-ce qui se cache derrière tout cela? Pour l'instant qu’elle que soit l'heure de votre voyage en train le prix reste le même. Qu'est-ce qu'un prix différencié? Comment fixe-t-on les prix dans les transports?

Aujourd'hui pour un même trajet en avion, en bus ou en train ou lors de la réservation d'une chambre d'hôtel, la question que l'on se pose souvent, c'est combien a payé mon voisin(e) pour le même voyage ou le même service que moi? Vous seriez parfois surpris de constater que votre voisin(e) a payé beaucoup moins ou beaucoup plus pour se trouver à vos côtés. Comment cela fonctionne-t-il?

Le prix différencié, c'est l’utilisation du "Yield management"

Ce système de prix différenciés, très bien rôdé, se nomme le "yield management", également appelé le "revenu management" ou encore "tarification en temps réel". Le concept a été conçu dans les années 1980 par le PDG de Delta Airlines de l'époque. Manipulation du consommateur ou moyen de rationaliser les tarifs et les coûts pour les voyageurs?

Le principe est simple: si le train démarre avec des places vides, ces places sont perdues, elles ne peuvent pas être vendues plus tard puisque le train est en route ou arrivé à destination. En plus, le train coûtera à la compagnie le même prix, qu'il roule à vide ou rempli.

Donc, des systèmes de prévisions sont utilisés pour maximaliser le remplissage. Si les compagnies proposaient un prix unique, elles risqueraient de ne pas faire dépenser le maximum à ceux qui sont en mesure de le payer, et inversement, elles perdraient les clients prêts à accepter certaines contraintes pour payer moins cher. Le "yield management" essaye donc d'offrir un service qui correspond aux capacités de paiement de chaque segment de la clientèle.

L'avis d'un spécialiste

"Le yield management a été inventé par des compagnies privées à une époque ou c'était une question de survie pour elles. Pour proposer des prix différenciés, on joue sur plusieurs facteurs comme le service, la flexibilité (possibilité par exemple de changer son heure de départ), le moment de sa réservation (si vous réservez 3 mois avant, c'est moins cher que de la faire la veille du voyage) et des tarifs d'appels pour intéresser le client et faire de la communication ou de la publicité", nous explique Bart Jourquin, professeur d'économie des transports à l'UCL.

Aujourd'hui, le système est très développé et si par exemple vous revenez 3 fois sur le même site de réservation pour un trajet en avion, le prix aura augmenté car le site se doute que vous êtes intéressé à voyager et essaye de vous forcer la main pour réserver au plus vite.

"Ici, on peut quand même se poser la question de l'utilisation de ces méthodes dans une compagnie de service public, financée par un contrat de gestion. La SNCB parle de jouer sur les heures de voyage pour proposer des tarifs différenciés, alors qu'on sait que la majorité des voyageurs sont des gens qui se rendent au travail ou à l'école et donc qu'ils n'ont pas le choix dans l'heure de leur voyage", poursuit le spécialiste de l'Université catholique de Louvain.

"A contrario, on se souvient que le Ministre Vande Lanotte avait dans la fin des années nonante poussé à la création d'un billet de train seniors à 100 francs belges pour un aller-retour n'importe où dans le pays. L'idée était de permettre une meilleure mobilité des seniors à bas revenus. Quand on a fait plus tard l'étude de l'utilisation réelle de cette offre, on a constaté que c'était plutôt des seniors aisés qui se rendaient vers la côte pour aller manger des moules ou jouer au casino mais surtout qu'ils occupaient des sièges aux heures de pointe", poursuit-il.

Peut-être qu'on l'a oublié, mais jusqu'en 1956, les trains belges comportaient trois classes de voyageurs, verra-t-on un retour de ce genre de systèmes?

"Non, à ce que j'ai compris, le facteur principal sur lequel la SNCB compte faire varier les prix est celui de l'heure du voyage, avec plutôt l'idée de remplir les heures creuses, mais on parle aussi de développer des services en plus pour la première classe et là c'est encore un mystère à ce stade", précise encore Bart Jourquin.

Brussels Airlines veut savoir qui vous êtes

Geert Sciot est le porte-parole de la compagnie aérienne Brussels Airlines. Selon lui, "le yield management est aujourd'hui le cœur de notre métier, chez nous l'équipe en charge de la fixation des prix, c'est 15 à 20 personnes dont la moitié à peine sont des belges car c'est vraiment un profil très recherché. Notre stratégie c'est surtout de vous faire acheter le plus tôt possible et de savoir qui vous êtes. Si vous prenez par exemple, un vol vers Barcelone de jeudi à lundi, on se dira que vous êtes un touriste et donc que vous cherchez le prix le moins cher. Par contre, si votre réservation est de mardi à jeudi, on se dira que vous êtes un client business et donc le prix sera moins un critère de voyage pour vous".

On le voit, fixer un tarif devient vraiment stratégique pour la survie du transporteur aérien "nos vols ont actuellement un taux d'occupation de 72% et à 72%, nous sommes à l'équilibre". Dans un vol Brussels Airlines, on peut trouver pour un même avion entre 15 et 20 tarifs différents et la compagnie développe chaque jour de nouvelles offres comme par exemple pour les groupes, les familles, les étudiants...

Quels problèmes le yield management peut-il créer pour les voyageurs ?

De façon générale avant de parler des problèmes, il existe quand même quelques avantages pour le consommateur. Cela permet à tout un segment de clientèle qui n'aurait pas voyagé autrement de partir tout de même. Notamment ceux qui peuvent réserver longtemps à l'avance, les jeunes ou les seniors par exemple.

Parmi les inconvénients, il y a tout d'abord la surréservation. D'après les statistiques, un pourcentage de personnes ne se présente pas à l'embarquement. Donc pour optimiser le remplissage des avions et anticiper ce pourcentage, les compagnies réservent plus de places qu'elles n'en ont. On peut refuser à certains passagers l'entrée dans l'avion. En général, quand ça arrive, on appelle les volontaires, ils sont indemnisés et ré-acheminés par l'avion suivant, c'est parfois même l'occasion de faire de très bonnes affaires ou de se faire offrir une nuit dans un bon hôtel, mais bien sûr il faut avoir le temps.

Un débat essentiel pour l'avenir du chemin de fer

On le voit le débat sur la fixation du prix dans l'industrie du transport est devenu aujourd'hui une question très technique, complexe et pourtant centrale pour la survie des opérateurs. Le gouvernement devra donc se prononcer rapidement pour clarifier sa position sur le sujet et ce dans l'intérêt tant de la SNCB que de celui-ci de ses usagers.

 

 

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