Des stages de Pâques annulés, c'est "refuser des enfants qui se réjouissaient et mettre des parents dans l'embarras"

Le confinement de quatre semaines décidé mercredi lors du dernier Comité de concertation prévoit des stages limités à 10 enfants lors des vacances de Pâques. Pour les associations, les moniteurs, les encadrants, on passe de l’organisation du lancement de ces activités à l’organisation des annulations. De quoi les déboussoler.

Cela prend la majorité de notre temps

Maïté De Clercq, coordinatrice d’un centre de sports et loisirs à Braine-l’Alleud, au sein de l’ASBL Colipain, organise des stages pour les 3 à 12 ans qui vont de la cuisine, à la danse, au yoga, à la gym… Les décisions prises cette semaine par les autorités changent tout.

"Cela fait déjà plusieurs jours qu’on y travaille et ça prend la majorité de notre temps. Ça veut dire surtout et malheureusement, annuler des inscriptions, refuser des enfants, des enfants qui se réjouissaient de venir chez nous. Et surtout, c’est mettre des parents dans l’embarras. Parce que même si, en effet, le télétravail est de mise, ils doivent faire avec leurs enfants à la maison. Et des jeunes, c’est compliqué", réagit Maïté De Clercq invitée dans Matin Première.

A ce stade, l’ASBL Colipain n’a pu se réorganiser que la première semaine de Pâques, avec 15 à 20% d’annulations. "Et ça risque d’être bien pire pour la deuxième semaine étant donné qu’il y a bien plus d’inscrits."

Comment, pour ces organisateurs, rayer des noms des listes parmi tous ses inscrits ? Sur base de quels critères ? "On a envoyé d’abord un mail à tous les parents pour les prévenir qu’un choix allait malheureusement être fait, devait être fait. Nos critères balançaient. On privilégie les personnes qui sont inscrites de plus longue durée, qui sont en ordre de paiement, qui sont inscrits pour une journée complète parce qu’on a la possibilité chez nous de s’inscrire à mi-temps. Et donc, la priorité à ceux-là."

Même si le parent accepte la nouvelle, ce n’est pas de gaieté de cœur

Au téléphone, les responsables de l’ASBL se retrouvent face à parents déçus pour leurs enfants, mais compréhensifs, malgré tout. "Maintenant, c’est très compliqué d’entendre que son enfant est refusé alors que l’on comptait là-dessus. Donc, même si le parent accepte la nouvelle, ce n’est pas de gaieté de cœur, forcément. Heureusement, on a des parents qui sont très empathiques et qui, d'eux-mêmes, nous disent : 'Voilà, j’ai la solution de garde pour l’enfant, donc je laisse ma place'. Et c’est vraiment très précieux. Je remercie beaucoup les parents qui l’ont fait."

Est-ce que les organisateurs d’activités peuvent dédoubler les activités, comme le suggèrent les autorités ? "Quand bien même ce serait possible d’un point de vue encadrement", réagit Maïté De Clercq, "d’un point de vue infrastructure et matériel, ça ne l’est pas. On a des stages, par exemple, de cuisine où 16 enfants étaient prévus dans le cours. On n’a pas deux cuisines! On ne peut pas faire deux activités cuisine! Six enfants sur cette activité doivent être refusés. Alors, on essaie de trouver une alternative, mais ce n’est pas toujours possible."

Engager plus d’encadrants ?

Et engager plus d’encadrants ? Colipain travaille avec 30 à 40 moniteurs et monitrices. Mais l’équation reste la même avec des activités limitées à dix enfants.

"C’est tout un calcul à devoir faire. Si on peut créer plus de stages à ce moment-là, oui. Maintenant, les moniteurs qu’on avait recrutés pour cette semaine, on n’avait pas envie de s’en débarrasser entre guillemets, parce qu’on sait que c’est pour la plupart, des étudiants qui n’ont plus d’emploi depuis un moment, qui comptaient vraiment sur cette semaine-là. Et donc, je pense qu’on les a tous gardés et on s’arrange pour les garder. Du coup, ça a un coût."

On en retire des choses positives

Moins d’enfants présents mais le protocole sanitaire reste le même que celui mis en place depuis les vacances d’été. "Protocole qui, dans un premier temps, nous a semblé impossible à mettre en place. Et puis, le petit point positif du corona, c’est que malgré tout, on en retire des choses positives dans notre organisation et on se dit que "post-corona", il y a certaines choses qu’on gardera."

Les associations s’organisent mais marquent leur étonnement. Peu de cohérence dans les nouvelles mesures, estiment-elles. La semaine prochaine, les écoles ferment.

"Or, ils sont dans un groupe ou classe qui est toujours le même depuis des semaines et des semaines avec le même enseignant, les mêmes copains. Et on leur dit : 'Vous n’allez pas à l’école la semaine prochaine, mais la semaine d’après, vous pouvez aller en stage et vous mélanger avec neuf autres enfants qui viendront d’autres horizons, d’autres communes, d’autres classes, avec des nouveaux moniteurs'. Et ces bulles changent d’une semaine à l’autre aussi. On a du mal à comprendre."

Tout annuler aurait été la solution "la plus facile", avancent également les ASBL. Nuance toutefois, selon Maïté De Clercq. "Cela ne nous aurait pas demandé de faire un choix entre certains parents. Mine de rien, faire ce choix, ça ne nous fait pas une très bonne pub, non pas qu’on agisse que pour la pub. Mais il y a des parents qui le prennent très mal et qui, du coup, sont déçus et ne reviendront pas chez nous. Et puis oui, d’un point de vue rentabilité... Mais ça, c’est d’autres aspects. Annuler aurait été plus simple. Maintenant, les enfants ont tellement besoin d’activités. Nous, on a besoin aussi de voir les enfants. Je n’ai pas envie de dire qu’en effet, cette décision était celle à prendre, parce qu’on a envie de ces stages. C’est important pour eux."

Des bulles de 10 pour tout l’été, ça ne sera pas tenable

Réduire les groupes à dix enfants, ce sont aussi des rentrées financières en moins et une organisation à revoir avec les équipes. "On fonctionne avec des contrats qui sont à la semaine. On peut toujours réévaluer. Mais c’est surtout pour travailler en amont sur ces heures d’administration et de réorganisation" que cela demande du temps. "Là, tout ça a un grand impact."

Après Pâques, place aux vacances d’été. L’espoir est permis. "J’ose croire, en tout cas espérer qu’on sera un été similaire à l’été dernier", s’avance Maïté De Clercq. "Cela a été compliqué, mais ça a été faisable. Maintenant, faire des bulles de 10 pour tout l’été, honnêtement, je pense que ça ne sera pas tenable. On se réadaptera comme il faudra, mais ça sera très difficile."

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