L'homme a-t-il vraiment marché sur la Lune il y a 50 ans? Certains sont sceptiques…

Le 20 juillet 1969, l’astronaute américain Neil Armstrong devenait le premier homme à marcher sur la Lune. Pourtant, cinquante ans plus tard, certains pensent toujours que le programme Apollo n’est qu’une fiction montée de toutes pièces par les Etats-Unis.

Selon un sondage Ifop de 2019, 9% des Français pensent que les Américains ne sont en réalité jamais allés sur la Lune. Roger Launius, qui était historien en chef à la NASA de 1990 à 2002, affirme que différents sondages rapportent qu’environ 5% des Américains doutent eux aussi.

La théorie du "canular lunaire" (moon hoax, en anglais) est née dans les années 1970, en plein âge d’or des théories du complot avec entre autres le scandale du Watergate.

En 1976, Bill Kaysing publie "Nous ne sommes jamais allés sur la Lune : l’escroquerie américaine à trente milliards de dollars" (We Never Went to the Moon : America’s Thirty Billion Dollar Swindle). Il y relève plusieurs "incohérences" sur les images de la NASA : l’absence d’étoiles dans le ciel, le drapeau américain qui flotte dans le vent, alors que la Lune n’a pas d’atmosphère, une roche de la Lune qui semble porter une inscription faisant penser à lettre C, etc.

Pour nos collègues du Monde, ces observations conduisent Bill Kaysing à prétendre que ces images ont été tournées dans une base militaire secrète dans le désert du Nevada, avec des effets spéciaux d’Hollywood, comme ceux du film "2001 : l’Odyssée de l’espace" de Stanley Kubrick, d’ailleurs soupçonné d’avoir collaboré avec la NASA.

Le réseau de télévision américain Fox perpétue ce scepticisme en présentant le documentaire "Théorie du complot : avons-nous marché sur la Lune ?" (Conspiracy Theory : Did We Land on the Moon ?), de Craig Tipley. Celui-ci met en images les arguments de M. Kaysing pour un nouveau public, plus large. Diffusé à deux reprises devant 15 millions de téléspectateurs en 2001, il avait accru la proportion de "sceptiques", passée de 11% à 20%, selon un sondage de la Fox.

Mais c’est grâce à Internet que les thèses niant la réalité des expéditions lunaires ont réellement pu prendre de l’ampleur. "Les sceptiques, qui auparavant imprimaient des pamphlets et prospectus de manière relativement isolée, ont soudainement pu propager leurs idées dans le monde entier et entrer en contact les uns avec les autres", explique Roger Launius. Aujourd’hui, ces échanges sont d’autant plus faciles avec les réseaux sociaux.

Une argumentation "musclée"

Certains sceptiques ne se contentent pas d’essayer de propager leurs idées de manière "traditionnelle". Ils s’attaquent aussi aux deux astronautes qui ont, les premiers, foulé le sol lunaire. C’est le cas du cinéaste basé à Nashville, Bart Sibrel, qui a produit et réalisé le documentaire "De la Terre à la Lune : Histoire d’une Machination" (A Funny Thing Happened on the Way to the Moon). M. Sibrel a pourchassé les astronautes d’Apollo avec une Bible, réclamant qu’ils jurent devant la caméra qu’ils avaient bien marché sur la Lune. Il a tellement agacé Buzz Aldrin en 2002 – le prenant dans une embuscade avec sa Bible et l’appelant "un lâche, un menteur et un voleur" – que M. Aldrin a frappé M. Sibrel au visage. Les forces de l’ordre ont refusé de porter plainte contre M. Aldrin, le deuxième homme sur la Lune.

Des preuves irréfutables

L’argument le plus probant reste certainement les échantillons de sol lunaire. David McKay, directeur de recherches au Johnson Space Center de la NASA, rappelle que ces roches ont été analysées par des scientifiques du monde entier, et pas seulement de la NASA. "Les échantillons lunaires sont absolument uniques, très différents des roches terrestres", explique-t-il au Monde. "En effet, ils sont criblés de petits cratères causés par des impacts de météorites. Cela ne peut arriver qu’à des pierres provenant d’une planète avec peu ou pas d’atmosphère, comme la Lune." Il aurait donc fallu convaincre des milliers de personnes de mentir pour que la théorie de la mise en scène tienne. Même l’Union soviétique, pourtant en pleine "compétition" avec les Etats-Unis dans la conquête spatiale à l’époque, n’a jamais avancé cette théorie.

Mais puisque cela ne suffit pas à convaincre tout le monde, en 2002, la NASA commande un livre réfutant certains des arguments des théoriciens du complot.

L’astronome et sceptique américain Philip Plait, auteur du Bad Astronomy Blog, rejoint lui aussi la "lutte" contre la désinformation. Il publie un article exhaustif où il démontre point par point pourquoi les différents arguments sont erronés. Par exemple, concernant le drapeau américain qui a l’air de flotter dans le vent, il explique que "le drapeau est fixé à sa hampe par un côté, mais aussi par le haut, par une tige perpendiculaire. Qu’on soit dans le vide ou non, dès qu’on agite la hampe, le drapeau va "flotter" puisqu’il est fixé par le haut. C’est d’ailleurs le haut qui bougera en premier, puis une vague descendra le long du tissu. Ce n’est pas l’air qui fait bouger le drapeau, c’est le tissu lui-même…

Le drapeau pend d’une tige horizontale télescopique qui sort de la hampe. Durant la mission Apollo 11, les astronautes n’ont pu étendre la tige horizontale complètement, et le drapeau ne s’est pas entièrement déployé. Il présente une espèce de pli, comme un rideau mal fermé. Dans les missions ultérieures, les astronautes ont volontairement évité de déployer la tige au complet parce qu’ils préféraient l’aspect que prenait alors le drapeau. Autrement dit, le drapeau semble flotter au vent parce que les astronautes voulaient qu’il ait cet aspect. Ironiquement, ils ont trop bien fait leur travail. Beaucoup ont cru que le drapeau flottait véritablement."

Pour ceux qui sont allés sur la Lune – et ai-je déjà mentionné que des astronautes s’y sont posés ? Six fois ? – les théories du complot sont tout bonnement exaspérantes.

Harrison Schmitt, pilote de l’atterrisseur lunaire lors de la dernière mission Apollo puis sénateur américain, a déclaré que l’éducation désastreuse donnée par la plupart des écoles américaines avait eu des résultats prévisibles. "Si les gens décident de nier les faits historiques, scientifiques et technologiques, il n’y a pas grand-chose à faire pour eux", a-t-il déclaré au New York Times. "Pour la plupart d’entre eux, je suis seulement désolé que nous ayons échoué dans leur éducation."

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