Des religieuses abusées sexuellement par des prêtres, l'autre scandale de l'Eglise

Partout dans le monde, des prêtres abusent sexuellement de religieuses placées sous leur autorité. Alerté par des rapports confidentiels, le Vatican connaît ces faits depuis 1994. Pour la première fois des Soeurs, des Mères supérieures brisent le silence au cours d’une longue enquête menée par Marie-Pierre Raimbault et Eric Quintin.

Nous avons épinglé de courts extraits des témoignages de Michèle-France, religieuse de 1967 à 1978, et celui de Doris, religieuse de 2003 à 2011.

« Comme le petit oiseau hypnotisé par la vipère »

Le calvaire de Michèle-France commence à l’âge de 26 ans, quelques mois après ses vœux perpétuels. Deux prêtres abuseront d’elle durant plusieurs années. « Il m’a dit de me déshabiller puis il a fait la même chose. J’étais dans un état un peu second… Le père Thomas pratiquait ce que je sais aujourd’hui que l’on appelle le cunnilingus. Moi, je faisais déjà à l’époque des fellations au père Marie-Dominique, puis j’ai fait la même chose au père Thomas… J’aurais pu refuser dans l’absolu, mais j’étais comme le petit oiseau hypnotisé par la vipère. »

Doris a 22 ans quand elle se marie à Dieu. Elle travaille à Rome à deux pas du Vatican, auprès d’un prêtre de sa communauté qui sera son agresseur durant plusieurs années. « C’était impensable qu’il veuille vraiment cela, mais il l’a bien fait et j’ai compris ce qu’il allait arriver… Il est entré dans ma chambre et a fermé la porte derrière lui. Nous nous sommes assis sur le canapé et il a approché sa main et ouvert le bouton de mon habit. A ce moment-là, je n’avais pas encore le mot viol en tête. »

Doris dénonce alors les faits à sa supérieure. Son agresseur avoue mais rien ne change. « Aujourd’hui encore, il est dans une maison remplie de jeunes Sœurs alors que tout le monde sait ce qu’il a fait », explique Doris, désabusée. Entre-temps elle a quitté la vie religieuse.

Forcées à avorter

Dans cette enquête qui a duré deux ans, d’autres victimes témoignent également d’abus sexuels. Notamment en Afrique où les religieuses sont réduites au silence, voire forcées à avorter en cas de grossesse.

Constance, religieuse de 1996 à 2017 témoigne : « La mère supérieure a toujours dit d’une Sœur qu’elle était un modèle, mais que la voir enceinte allait créer des problèmes. Elle a ajouté qu’il ne fallait pas s’en faire et qu’on allait l’enlever. Le prête a ajouté : 'Je ne suis pas d’accord qu’on garde ça'. Mais il s’agissait déjà d’une grossesse de 32 semaines… ».

Qu’en pense le Vatican?

Pourtant le Saint-siège qualifie les avortements de crimes absolus. « Il n’est pas juste d’éliminer un être humain, même tout petit pour résoudre un problème. C’est comme louer les services d’un tueur à gages pour résoudre un problème », a proclamé le pape François.

Des Soeurs « lanceuses d’alerte » ont averti le Vatican sur base de rapports. L’entourage du Pape admet que ces documents sont fondés mais le mal demeure. Trois papes se sont succédé sans jamais mettre un terme à l’esclavage sexuel des femmes consacrées.

 

Le reportage "Religieuses abusées, l’autre scandale de l’Eglise" est à voir sur La Une ce mercredi 6 mars dès 20h20 dans Question à la Une.

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