Des poissons de nos rivières menacés par le réchauffement climatique

Certaines espèces de poissons de nos rivières menacées par le réchauffement climatique
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Certaines espèces de poissons de nos rivières menacées par le réchauffement climatique - © Belgian man - CC BY-SA 3.0

Victime de la pression humaine, de la pollution, mais aussi du réchauffement climatique, la vie aquatique présente déjà des changements : certaines espèces sont perturbées dans leurs déplacements. Plus précisément, une augmentation de la température de l'eau peut avoir des conséquences importantes sur les poissons.

Pour en parler, focus sur le Samson, une rivière qui a creusé son lit dans la vallée mosane. C'est une des rivières les plus pentues de Wallonie, qui regorge de poissons. Mais aujourd'hui, certains ne trouvent plus les conditions optimales pour y vivre, comme l'explique Patrick Kestemont, professeur à l’université de Namur.

"À l’inverse des mammifères et des oiseaux qui maintiennent leur température corporelle constante, les poissons sont ce qu’on appelle des animaux ectothermes, ça veut dire que les poissons ne sont pas capables physiologiquement de réguler leur température. Leur température sera très proche de la température du milieu dans lequel ils vivent, donc ici l’eau de la rivière. Et qui dit augmentation de température dit aussi augmentation du métabolisme chez les poissons."

Dans ces eaux fraîches nagent des chabots, des écrevisses et de jeunes saumons. C’est ici qu’ils commencent leur vie et qu’ils vont se positionner avant la grande descente vers la Meuse et puis la mer. Une transhumance bien rodée, mais aujourd’hui, avec une eau plus chaude en bas des cours d’eau, le saumon atlantique perd ses repères. "Ce qui va se passer, c’est qu’en grandissant, le saumon ne va plus pouvoir rester dans cette petite rivière. Il va devoir descendre en aval et là, dans la Meuse, il va se retrouver avec des températures qui sont beaucoup plus élevées que son optimum. Au lieu de nager dans le sens du courant, il va l’inverser et donc il va refaire en sens inverse le chemin qu’il avait parcouru. Ça va consommer de l’énergie, ça va l’épuiser, et même si à un moment donné la température est de nouveau favorable, il arrivera épuisé en mer."

Un risque de disparition de la truite fario

D’autres espèces sont aussi touchées par ces quelques degrés supplémentaires. Apercevoir une truite dans le Samson risque bien de devenir un phénomène exceptionnel. "Il y a des études qui tendent à dire que d’ici la fin du siècle, on ne pourrait retrouver la truite fario que dans les zones de montagne et peut-être en Haute Belgique, parce que ce sont les seuls endroits où l’eau sera encore suffisamment froide pour que l’espèce tolère, commente Xavier Rollin du département Nature et Forêts de la Région wallonne. Ça veut dire concrètement que pour la Wallonie, il y a un réel risque d’ici la fin du siècle de perdre une espèce aussi emblématique pour nos cours d’eau et aussi importante écologiquement."

Un changement dans le régime de précipitations influe aussi l'écosystème aquatique. "Tout le monde a l’impression qu’il a beaucoup plu cet hiver, mais en fait ce sont beaucoup de coups d’eau ponctuels qui ne rechargent pas convenablement partout les aquifères. Donc, si les aquifères sont plus bas, en période de basse eau, les sources vont forcément moins alimenter les eaux de surface, et donc on aura des débits plus faibles. Tout ça joue évidemment sur les habitats des poissons. Si vous n’avez plus d’eau dans un cours d’eau ou presque plus, les espèces disparaissent ou en tout cas leurs effectifs diminuent."

À l’avenir, verra-t-on encore autant de poissons dans nos rivières ? Pour Xavier Rollin, la question se pose déjà aujourd’hui. "En parlant du réchauffement climatique, on pense toujours au futur, mais en fait on a déjà observé au XXe siècle une augmentation de température de l’air d’environ un degré et de l’eau de 1,6 degré. Ils peuvent paraître comme ça effectivement faibles, mais en fait sur des animaux qui ne régulent pas leur température interne et qui subissent quelque part cette température du milieu, ce sont des changements qui sont importants. On parle de changements à l’avenir qui pourraient aller jusqu’à éventuellement, dans les scénarios les plus catastrophiques, de +4,5 degrés. Donc, ce sont des changements considérables qui se pointent."

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