Des papillons et des araignées en nombre: ce n’est pas le réchauffement de la planète qui est en cause mais simplement la nature

Ces derniers jours, nous avons pu observer une multitude de papillons (surtout des individus aux ailes orangées et noires). Les changements climatiques y sont-ils pour quelque chose ou leur explosion est-elle un signe tangible que les papillons vont mieux qu’avant ? Vous allez le comprendre, ce n’est ni l’un ni l’autre.

Patrick Lighezzolo est entomologiste et spécialiste des papillons chez Natagora : "Cette explosion de papillon correspond surtout à la migration des Vulcains. Nous en avons vu déferler sur notre royaume des centaines et des milliers, en migration Nord/Sud. Certains sont nés chez nous, d’autres viennent de contrées plus lointaines au nord de la Scandinavie. Ils vont vers le sud pour se reproduire."

Influence du dérèglement climatique ?

Selon notre naturaliste, il est possible que les modifications climatiques aient une influence sur cette espèce migratrice. Car quand on se penche sur les statistiques, on remarque que jusque dans les années 2010, il n’y avait pas d’individus Vulcains adultes dans notre pays. Depuis 10 ans, chaque année, on peut observer quelques individus qui passent l’hiver chez nous au stade adulte. Il s’agit peut-être d’une première indication de l’influence des dérèglements climatiques sur cette espèce.

"La plupart d’entre eux, sont en partance, après une petite pause. Mais leur nombre était impressionnant", nous confie l’entomologiste. "Un de mes collègues en a compté jusqu’à 450 en 45 minutes, en vol direct, sans s’arrêter. C’est grâce à cela, qu’il a pu les comptabiliser." En tout, en 2021, 100.000 papillons vulcain ont été observés, 28.000 en juillet, 35.000 en août et 30.000 en septembre.

Leur nombre est-il un signe de bonne santé de l’espèce ?

4 images
Damier de la Succise © Biodiversité. Wallonie

Malheureusement, l’érosion de la biodiversité s’applique aussi au groupe des papillons, diurnes et nocturnes, (ndlr de jour et de nuit). En Belgique, nous avons une centaine d’espèces de papillons de jour et environ 1600 espèces de nuit. Beaucoup d’entre elles pourraient être impactées par cette perte de biodiversité que l’on déplore depuis plusieurs dizaines d’années. "En Wallonie, 1/3 des 100 espèces de papillons diurnes est menacé à des degrés divers, et sur la liste rouge. Le chiffre est inquiétant. Même certaines espèces plus communes doivent être surveillées. Car on commence à y observer d’importantes pertes d’effectifs.

Et de donner un exemple : "Le Damier de la Succise dont de petites populations commencent à disparaître à cause de l’urbanisation, de l’agriculture trop intensive, les habitats morcelés qui empêchent les individus de se rencontrer et donc de se reproduire."

Réchauffement et arrivée d’espèces du sud

4 images
Un Nacré de la Ronce © Biodiversité. Wallonie.be

Côté pile, nous perdons de la biodiversité chez nos espèces locales. Côté face, nous voyons s’installer des espèces méridionales qui remontent donc vers le nord et qui s’adaptent à nos conditions climatiques, comme Le nacré de la Ronce.

Dur dur pour les papillons des villes

Même en ville, nous pouvons les voir dans les parcs, les petits jardins ou sur des balcons fleuris. Mais si on peut les observer, ils ont du mal à vivre par manque d’espaces pour se reproduire et de nourriture. "C’est là que nous, citoyens, pouvons agir", martèle Patrick Lighezzolo. "Nous devrions penser à des mesures pour verdir les villes, cela fera baisser la température pour les humains en cas de canicule mais aussi accueillir de petites populations de ces insectes. Nous devrions installer des friches et des parcs propices à leur installation. Et pour les attirer, choisissons des plantes nectarifères locales, par exemple de l’origan. Ils adorent".

Les papillons ne sont pas seulement jolis, ils sont des très bons indicateurs de la qualité de l’environnement. Dans les réserves naturelles de Natagora, leur recensement et la disparition d’espèce permettent de dresser un état des lieux et de modifier la gestion. Enfin comme les abeilles domestiques ou sauvages, ce sont des pollinisateurs. En Région wallonne, la moitié des espèces de papillons est légalement protégée.

Saison d’amour pour les araignées

4 images
Araignée Tégénaire Domestica © biodiversite.wallonie.be

Nous avons parfois l’impression que les araignées aussi se multiplient. En réalité, elles sont en pleine saison des amours. "Un grand nombre d’entre elles sont à maturité sexuelle", nous explique Vincent Louwette, naturaliste et expert des araignées chez Natagora."C’est la période de reproduction et comme elles sont de bonne taille, elles sont plus visibles pas plus nombreuses. Si vous trouvez une Tégénaire velue dans votre maison, c’est probablement un mâle qui arpente l’environnement pour chercher une partenaire. Il ne vient pas de l’extérieur mais il remonte de la cave ou du vide ventilé et parfois il se trompe de chemin, il se retrouve dans endroits sombres et humides comme les salles de bain ou les toilettes. Après l’acte, il meurt."

Selon lui, si l’on comprend que c’est un cycle de reproduction et que le mâle perdra la vie, on devrait avoir de la compassion pour les araignées et ne pas les tuer. Nous lui sommes utiles. Ce n’est pas un animal nuisible, l’araignée mange des insectes de nos caves comme les cloportes et nous débarrassent des moustiques. Ne les tuons pas, remettons-les simplement dehors.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK