Des ONG interpellent l'UE sur les droits des LGBT et des femmes en Pologne

Depuis 2015, la parole publique est de plus en plus agressive à l'encontre des personnes LGBT+, s'inquiètent les ONG.
Depuis 2015, la parole publique est de plus en plus agressive à l'encontre des personnes LGBT+, s'inquiètent les ONG. - © WOJTEK RADWANSKI - AFP

Si l'Union européenne (UE) émet ses inquiétudes quant aux risques pesant sur le système judiciaire en Pologne depuis l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement ultraconservateur, la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) et l'association polonaise du droit antidiscriminatoire (PSAL) souhaitent attirer l'attention de Bruxelles sur l'impact de ce changement de pouvoir sur les droits sexuels et reproductifs des femmes et les droits des personnes LGBT+.

"Les changements impulsés depuis trois ans par le Law and Justice Party (PiS), sous couvert d'un retour à des valeurs catholiques et traditionalistes, ont eu des conséquences directes sur l'accès à l'avortement et la contraception et les droits des personnes LGBT+", pointent les organisations dans un rapport publié jeudi.

Concrètement, les organisations soulignent que 500.000 Polonaises avaient légalement recours chaque année à l'avortement à l'époque communiste, alors qu'elles sont moins d'un millier à y recourir aujourd'hui selon les statistiques officielles.

Des gay prides sont désormais interdites

En outre, le personnel médical pratiquant un avortement en dehors des exceptions reconnues par la loi risque trois années de prison. De plus en plus d'hôpitaux invoquent l'"objection de conscience" pour refuser toute pratique de l'avortement. Ainsi, 150.000 Polonaises avorteraient chaque année clandestinement dans le pays, 200.000 à l'étranger, selon les ONG.

Le rapport dénonce également une restriction de l'accès à la pilule du lendemain instituée par une loi en 2017 obligeant les femmes à fournir une prescription afin d'obtenir le contraceptif.

Par ailleurs, depuis 2015, la parole publique est de plus en plus agressive à l'encontre des personnes LGBT+, s'inquiètent les ONG. "Par exemple, le ministre de la défense qualifie les gay prides de 'parades de sodomites'. Des gay prides sont désormais interdites par les autorités régionales", expliquent les responsables des organisations de défense des droits de l'homme.

Pour la première fois, l'usage de l'article 7

Les agressions en raison de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre de la victime ne sont pas reconnues par la loi en Pologne comme étant des "crimes de haine". "Cette qualification est laissée à la seule appréciation du juge", selon la FIDH.

La FIDH et PSAL appellent le Conseil de l'UE à prendre en compte dans son examen de la situation en Pologne au titre de l'article 7 – qui permet de suspendre les droits de vote d'un Etat membre en cas de violation des droits de l'homme – les reculs et régressions endurés par les femmes et les personnes LGBT+ ces trois dernières années.

En effet, pour la première fois de son histoire, la Commission européenne a fait usage en décembre 2017 de l'article 7, déclenchant un processus de discussions possiblement assorti de sanctions contre la Pologne, afin de convaincre le gouvernement de se conformer à nouveau aux principes démocratiques de l'UE.

Défilé pour les droits des LGBT dans les rues de Poznan (ouest du pays), le 11 août dernier

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