Des niveaux records de concentration de gaz à effet de serre en 2020: "Le climat est en dérapage incontrôlé"

Les concentrations de gaz à effet de serre, facteurs du réchauffement climatique, ont atteint en 2020 des niveaux records, a alerté l’ONU lundi, à six jours de la COP26 sur le climat à Glasgow. "L’élévation des températures à la fin du siècle sera bien supérieure aux objectifs de l’Accord de Paris" a alerté le secrétaire général de l’OMM, l’agence météorologique de l’ONU qui a publié les données.

Ce rapport montre que le climat est "en dérapage incontrôlé" malgré les avertissements des experts, souligne Euan Nisbet, chercheur à la Royal Holloway University of London : "La catastrophe se rapproche, mais on ne peut pas l’empêcher, tout ce que l’on peut faire, c’est hurler".

Un réchauffement à 2.7°C avec les engagements actuels

Selon la dernière évaluation de l’ONU, les engagements de réduction des émissions actuelles de gaz à effet de serre de près de 200 pays conduiraient à un réchauffement "catastrophique" de 2,7°C, bien loin de l’objectif de l’Accord de Paris.


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L’ONU espère que les dirigeants mondiaux prendront à Glasgow des mesures pour maintenir la planète sur une trajectoire supportable de réchauffement dans les prochaines années, alors que les données montrent que les niveaux de CO2 ont continué d’augmenter en 2021.

CO2, CH4 et NO2 en augmentation

Dans son dernier bulletin sur les principaux gaz à effet de serre, l’OMM, montre qu’une fois encore les concentrations des trois principaux gaz à effet de serre, qui piègent la chaleur dans l’atmosphère, ont atteint un sommet en 2020. Le ralentissement de l’économie imposé par la pandémie de Covid-19 "n’a pas eu d’incidence perceptible" sur le niveau et la progression des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, malgré un recul temporaire des nouvelles émissions, explique l’OMM.

Le taux d’augmentation annuel des concentrations du dioxyde de carbone (CO2), du méthane (CH4) et du protoxyde d’azote (N2O) a même dépassé l’an dernier la moyenne de la période 2011-2020.

Le CO2 a atteint une concentration record de 413,2 ppm (partie par millions : soit le nombre de molécules d’un polluant sur un million de molécules dans l’air) dans l’atmosphère pour l’année 2020, soit 149% supérieure au niveau préindustriel. Et la tendance est à la hausse pour l’année 2021.

"Le dioxyde de carbone est le gaz à effet de serre le plus important dans l’atmosphère, responsable des deux tiers environ de l’effet de réchauffement du climat. Il provient principalement de la combustion de matières fossiles et de la production de ciment" précise l’OMM.


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Évolution de la concentration de CO2 depuis 1980 © NOAA
Évolution de la concentration de CO2 depuis 2017 © NOAA
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Taux de croissance de la concentration en CO2 dans l’atmosphère, annuel (barres bleues) et décennal (barres horizontales noires). © NOAA

Des puits de carbone influencés par le climat

Une moitié du CO2 émis par les activités humaines est absorbée par les écosystèmes marins et terrestres, l’autre moitié reste dans l’atmosphère, estime le bulletin de l’OMM. "La part du CO2 qui persiste dans l’atmosphère est un indicateur précieux de l’équilibre entre les sources et les puits. Elle fluctue d’une année à l’autre sous l’effet de la variabilité naturelle", indique l’organisation.

Cet équilibre varie aussi en fonction de l’évolution du climat : "Une variation de l’efficacité des puits de carbone aurait une incidence majeure sur la possibilité de réaliser les objectifs de l’Accord de Paris signé en 2015 et exigerait d’ajuster le calendrier et/ou l’ampleur des engagements relatifs à la réduction des émissions."

La baisse du méthane, un enjeu majeur

Pour le méthane (NH4) et le protoxyde d’azote (N2O), les tendances sont également à la hausse, avec respectivement 1872 ppb (partie par milliard) et 332.9 ppb en juin 2020. Le méthane contribue à hauteur de 16% du réchauffement induit par les GES, précise l’OMM, tandis que le N2O est lui responsable de "7% du forçage radiatif induit par les gaz à effet de serre persistants." Le forçage radiatif est la capacité de la Terre à retenir l’énergie du soleil sous forme de chaleur, qui est influencé par les composants de son atmosphère.

"L’agriculture, par l’emploi d’engrais azotés et de fumier, est responsable de 70% de toutes les émissions anthropiques de N2O. La hausse de la teneur de l’atmosphère en N2O est principalement due à cette augmentation." 60% des rejets de méthane sont d’origine humaine, notamment d’élevage de ruminants, de riziculture, d’exploitation des combustibles fossiles, de combustion de biomasse.

"Une baisse rapide du CH4 atmosphérique favoriserait la réalisation de l’Accord de Paris et contribuerait à concrétiser nombre des objectifs de développement durable, en raison des multiples cobénéfices associés à l’atténuation du méthane. Il n’en reste pas moins nécessaire de réduire fortement, rapidement et durablement les émissions de CO2" indique l’OMM.

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Évolution de la concentration de CH4 depuis 1980 © NOAA
Évolution de la concentration de NO2 depuis 1980 © NOAA
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