Des millions de tonnes d’amiante dorment dans les décharges belges : "Les générations à venir seront les victimes"

C’est comme une gigantesque bombe à retardement. En Belgique, comme dans de nombreux autres pays, l’amiante a été utilisé comme isolant dans de très nombreux bâtiments, même après que sa toxicité a été avérée. Depuis la fin des années 1980, on en retire mais, chez nous, l’amiante n’est pas détruit. Il est stocké en masse dans des décharges, sans aucune autre solution à ce stade.

Coulé dans le béton

Au total, au moins 2 millions et demi de tonnes d’amiante sont ainsi bloquées dans les différents sites. Le matériau se divise en deux catégories : friable et non friable. Quand l’amiante est non friable, il est enfermé dans des "bigs bags", des sacs hermétiques, placés directement dans les décharges.


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Quand il est friable, il doit passer par un centre de traitement à Mol (en province d’Anvers) pour être coulé dans du béton, et devenir non friable. "Dans un premier temps, nous broyons les matériaux contaminés à l’amiante en pièces plus petites", explique Dirk Vandekerkhof, le directeur du centre. "Ensuite, ces pièces vont dans un mélangeur, dans lequel on ajoute de l’eau et du ciment, puis on verse le tout dans des bacs pour former les blocs de béton".

Pyramides de déchets

Ces blocs sont ensuite envoyés vers une immense décharge de 32 hectares située tout au nord de la Belgique, au cœur du port d’Anvers. La plupart des déchets y sont incinérés mais d’autres, dont l’amiante, doivent être enfouis. Différentes couches de déchets et de terre sont ainsi superposées, avec des systèmes de protection, jusqu’à devenir d’énormes monticules appelés "pyramides" par certains membres du secteur. Une fois terminées, celles-ci atteignent 50 mètres de haut.

"Au total, nous stockons environ 150.000 tonnes de déchets d’amiante par an", estime Frank Bal, responsable des services techniques et commerciaux chez Indaver, la société qui gère la décharge. "La moitié environ provient de nos propres installations, ce sont des résidus venant de nos processus de traitement de déchets. L’autre moitié vient de clients externes qui nous livrent leurs matériaux considérés comme toxiques".

Solution temporaire

À terme, cette décharge peut accueillir jusqu’à 3 millions de mètres cubes de déchets. Si les gestionnaires maintiennent le rythme actuel, il leur faudra encore environ 25 ans avant qu’elle ne soit totalement remplie. "Nous restons ensuite responsables de la gestion du site indéfiniment", explique Frank Bal. "Et en principe, on peut alors y installer des éoliennes ou des panneaux solaires, ou utiliser le terrain différemment".

Enfouir l’amiante, cela permet d’éviter, temporairement, qu’il ne soit respiré et ne provoque des maladies. Mais, dans l’absolu, le déchet reste toxique et n’est pas détruit…

"L’amiante doit être éliminé"

Les détracteurs de cette méthode d’enfouissement sont nombreux. Parmi eux, Vivian Lescot : il a travaillé à l’usine Coverit, près de Mons, où plus de 150 ouvriers sont morts après avoir manipulé de l’amiante. "Cette méthode consiste à reporter le mal à plus tard", dénonce-t-il, non sans une certaine indignation. "Ce sont nos arrière-arrière-petits-enfants qui seront les victimes de demain, comme nous l’étions hier et comme nous le sommes aujourd’hui. L’amiante doit être éliminé".


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La destruction de l’amiante a déjà lieu en France, à l’aide de torches à plasma. Mais la méthode est lente et coûteuse. Chez nous, une technique plus efficace et moins chère est en cours de développement par une société hennuyère. Elle devrait aboutir dans un an, environ.

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