Des masques vendus avec TVA réduite et en grande surface: les pharmaciens craignent le gaspillage

Des masques chirugicaux en vente en grande distribution
Des masques chirugicaux en vente en grande distribution - © ERIC LALMAND - BELGA

La TVA sur les masques et les gels désinfectants est ramenée au même taux que pour les médicaments. La taxe passe ce lundi de 21 à 6%, des masques chirurgicaux qui seront en vente dans les pharmacies et dès ce mardi dans les grandes surfaces, car depuis fin mars, le gouvernement n’autorisait plus la vente des masques qu’en pharmacie, une façon de lutter contre la pénurie, mais à présent les commerces et supermarchés peuvent aussi en vendre. Les pharmaciens parlent de "non-sens" et redoutent le gaspillage.

Les masques et gels hydroalcooliques étaient frappés d’une TVA à 21%. Le PS a proposé de changer cela la semaine dernière, explique le député fédéral Hugues Bayet, car ils sont comme les blouses et les charlottes pour le personnel soignant des équipements essentiels dont le prix a fort augmenté. Le ministre des Finances Alexander De Croo (Open VLD) a suivi le PS en urgence le 2 mai pour ce soit d’application ce lundi dès le début de la première phase de déconfinement. Hugues Bayet s’en félicite même s’il aurait souhaité que le gouvernement l'ait suivi plus tôt...

Une baisse de prix à répercuter

Il faut à présent que cette baisse de la TVA soit effectivement répercutée vers l’acheteur, que ce soit un particulier ou des collectivités.

Pour cela, le PS demande un plafonnement avec des prix maximaux fixés par le gouvernement.

Les pharmaciens applaudissent la baisse de TVA mais s'interrogent sur la distribution en grande surface

Les pharmaciens sont satisfaits mais se posent des questions sur la vente en grande distribution. Patrick Bottcher, pharmacien à Bruxelles, se dit ravit mais est stupéfait de voir la loi obligeant la vente des masques en pharmacie sur ordonnance abrogée pour autoriser la vente en grande surface.

Les pharmaciens s’étonnent de plus d’apprendre que la grande distribution dispose d’importants stocks de masques alors que les pharmacies ont eu du mal à s’approvisionner ces dernières semaines.

Les pharmaciens craignent que les masques chirurgicaux deviennent le nouveau papier-toilette : c’est un non-sens pour l’Association pharmaceutique belge (APB), qui craint un gaspillage de cette ressource "encore rare".

La libéralisation du marché des masques, l’APB l’avait vu venir de loin. Le 24 avril dernier, le Conseil national de Sécurité avait d’ailleurs rendu obligatoire le port d’une protection buccale dans les transports en commun et recommandait fortement son utilisation dans l’espace public à partir de 12 ans.

Alors que les masques restent "des ressources rares", le porte-parole de l’APB, Lieven Zwaenepoel, estime que ces protections doivent être accordées de manière ciblée aux personnes qui en ont réellement besoin, soit "celles qui entrent en contact avec certains groupes à risques ou qui sont elles-mêmes potentiellement contaminées".

L’association pointe en outre le manque d’information sur l’utilisation adéquate des masques lorsque ce matériel est vendu en grande surface. "Or, s’il est mal utilisé, non seulement le masque ne protège pas mais il devient en outre une source de contamination", souligne Lieven Zwaenepoel.

En rendant cette protection obligatoire dans certains lieux, les autorités ont amplifié le besoin de masques. "Nous avons proposé le 25 avril un plan en concertation avec les grossistes répartiteurs, les associations de patients et les autorités afin de distribuer rapidement des masques chirurgicaux certifiés à la population avec les conseils de bon usage", mais les commerçants ont décidé de faire cavalier seul, selon l’APB, qui épingle la fédération belge du commerce et des services (Comeos).

Les membres de la fédération "ont menacé de vendre des dizaines de millions de masques à l’étranger au lieu de les vendre aux autorités belges et ce, tant qu’un arrêté ministériel limiterait le canal de distribution de ces masques aux seules pharmacies. Le gouvernement a fini par céder au chantage et on peut de nouveau s’attendre à une ruée dans les rayons", fustigent les pharmaciens. "En guise de sacrifice, (les commerçants) ne font pas de profit sur les masques et en offrent cinq millions par semaine à la réserve stratégique, mais c’est beaucoup trop peu", estime Lieven Zwaenepoel.

Comeos : un petit supplément reversé à une bonne œuvre

Comeos nie pour sa part la vente par les commerçants belges de masques à l’étranger et assure que la communication autour de l’utilisation du matériel de protection sera soignée. La fédération rappelle en outre que la vente des masques aux clients se fera au prix coûtant, moyennant un petit supplément reversé à une bonne œuvre. Selon le site Gondola, ce serait 2 centimes par masque. "Si les pharmaciens veulent se joindre à l’initiative, ils sont évidemment les bienvenus", a lancé Hans Cardyn, porte-parole de Comeos.

"Nous n’étions pas demandeurs de participer à ces ventes mais avons proposé de mettre notre logistique à disposition, et en concertation avec les autorités, afin d’aider les citoyens à sortir du confinement, mais aussi le personnel soignant en alimentant chaque semaine la réserve stratégique des autorités", a conclu Hans Cardyn.