Des masques pour le personnel soignant non conformes : interpellés, les utilisateurs réagissent

Nous vous le révélions dans une enquête RTBF, les filtres des masques FFP2, utilisés dans les hôpitaux par le personnel soignant n’auraient pas été testés correctement. Ces mêmes masques avaient pourtant été validés par des organismes reconnus par le SPF Economie. Et les résultats ne collent pas. Des masques testés conformes ne le seraient pas et inversement. Ces masques FFP2 sont pourtant une des armes des soignants pour se protéger contre le Covid-19.

Des experts affirment que les tests mis en place par la Belgique ont surestimé la qualité des masques. Une information choquante pour les médecins qui ont pris des risques pour venir en aide aux malades.

 

C’était plus dégradé qu’on le pensait

Philippe Devos, le chef des soins intensifs au CHC de Liège et président de l’Association belge des syndicats médicaux (Absym) regrette ce nouvel épisode dans la saga des masques : "On savait qu’on travaillait avec des protections dégradées qui ne respectaient pas les tests aux normes européennes, c’était annoncé mais on nous avait garanti qu'ils étaient néanmoins fiables. En fait, c’était encore plus dégradé qu’on le pensait."

Le problème, c’est de ne pas être au courant

Nous vous révélions que le Centre hospitalier Bois de l’abbaye, à Seraing, avait fait tester à nouveau des masques validés par les organismes reconnus par le SPF Economie. Ils étaient supposés filtrer à 97%, or en réalité, ils ne filtraient qu’à 78%.

Philippe Devos, regarde dans le rétroviseur avec effroi : "Si on avait su, qu’ils filtraient à 78%, soit comme de bons masques chirurgicaux, on aurait pris d’autres précautions. Le problème, ce n’est pas de devoir travailler avec ces masques-là, on est habitué à improviser mais de ne pas être au courant. C’était de ne pas avoir pu adapter nos comportements en fonction du masque. Et même quand cela a été clair pour le gouvernement qu’il y avait un problème de testing, on ne nous l’a toujours pas fait savoir."

3 ou 4 hôpitaux ont eu des doutes et ont refait les tests

Yves Smeets, le directeur général de Santhea, la fédération qui regroupe 42 hôpitaux de Wallonie et de Bruxelles, n’est pas étonné même si le problème était plus étendu qu’il ne le pensait : "Nous avons eu trois ou quatre hôpitaux qui ont eu des doutes sur la certification de certains lots de masques et qui ont fait refaire les tests, et ils ont eu des résultats différents des chiffres de la certification fournie par les autorités. Nous leur avons conseillé d’interpeller le SPF Economie, l’Agence fédérale du Médicament et Sciensano, de mettre ces lots de côté et de ne pas les utiliser en premier recours puisqu’il y avait une interrogation sur leur sécurité."

Mais le patron de cette fédération s’interroge : "A partir du moment où on utilise des normes censées être identiques, les résultats doivent l’être aussi. Je me demande si ces tests qui sont utilisés sont fiables. Je demande aux autorités de faire toute la clarté pour qu’il n’y ait plus aucun doute, que nous soyons certains en tant que direction hospitalière de ne pas mettre notre personnel, en danger en leur fournissant du matériel inapproprié."

On a joué avec le feu, on a eu de la chance

Le Président de l’Association belge des syndicats médicaux (Absym) estime qu’on a joué avec le feu : "On a eu de la chance, car au début on annonçait un virus très aérosolisant et que la seule protection était le masque FFP2. Il s’est, en fait, avéré moins aérosolisant et dans certaines conditions très particulières. Un bon masque chirurgical et une visière ont suffi à protéger le personnel. Si cela n’avait pas été le cas, tout le monde aurait été contaminé."

Seul l’avis de physiciens m’importe, pas celui d’un ministre

Et Philippe Devos, d’ajouter : "le ministre dit que c’est une querelle d’experts. Il semble évident que les normes soient très loin des standards européens, je ne suis pas physicien des particules, seul l’avis de physiciens m’importe, pas celui d’un ministre. Si ces physiciens disent que ces tests ne sont pas valides, pour nous, ils ne sont pas valides."

L’ABSYM demande que le protocole de test des masques mis en place par le SPF Économie soit revu et modifié. Maintenant que l’urgence de la crise est passée.

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