Des lettres au bout des doigts: tout savoir sur le braille, inventé il y a près de deux siècles

C'est la Journée mondiale du braille ce vendredi 4 janvier. Anne Dautrebande, spécialisée dans la transcription en braille, et Lydie Fraymann, monitrice braille et logopathe, toutes deux actives à à l'ASBL "La Lumière" à Liège, étaient les invitées de Jour Première pour évoquer ce système d'écriture utilisé par les aveugles. Elles ont répondu aux questions de Sophie Léonard.

"Pour les personnes qui perdent progressivement la vue, le braille permet de garder un contact avec la lecture et garder leur autonomie dans la vie quotidienne. (Par exemple) en étiquetant, grâce au braille, leurs objets usuels et de la vie quotidienne ou alors en gardant aussi le plaisir de la lecture", explique Lydie Fraymann.

Comment apprend-on le braille ?

Lydie Fraymann : "On propose des cours de braille à 'La Lumière'. L'apprentissage dépend de l'âge de la personne, donc on aura une méthode différente suivant s'il s'agit d'un enfant ou d'un adulte. Pour les enfants, on fait une éducation précoce au toucher, dès la maternelle, et l'enfant peut alors apprendre à lire et écrire en même temps que les autres, en classe de primaire. Par contre, pour les adultes qui apprennent le braille plus tardivement, la sensibilité tactile n'a pas été développée précocement, donc c'est moins évident. Et c'est alors tout un travail de développement qu'on fait à 'La Lumière' pendant les cours de braille. On commence par du pré-braille, c'est-à-dire qu'ils doivent suivre des lignes de points, discriminer des configurations différentes. Et petit à petit, on introduit des lettres pour former des syllabes, puis des mots, et ainsi leur montrer que c'est utile dans leur vie quotidienne."

Anne Dautrebande, vous transcrivez le braille. Est-ce que les mots de la langue française existent tous en braille ?

"Oui, chaque caractère imprimé a son équivalent en braille, ainsi que la ponctuation et certains symboles particuliers. Tout peut être transcrit en braille."

Quelles sont les difficultés d'apprentissage ?

Lydie Fraymann : "Les autres difficultés sont plus d'ordre de sensibilité tactile d'abord, comme on l'a dit, mais il y a également des difficultés psychologiques. Donc, souvent, passer au braille s'apparente un peu au passage à la canne blanche, parce que c'est voyant, c'est mettre le handicap en évidence. Donc, des difficultés psychologiques aussi parce que c'est un apprentissage qui est lent, laborieux et parfois décourageant. C'est donc très important de motiver les personnes qui viennent aux cours de braille et de leur montrer le plus rapidement possible qu'on peut faire des applications dans la vie quotidienne."

Est-ce que certaines personnes malvoyantes ou aveugles renoncent à cet apprentissage ?

Lydie Fraymann : "Oui, c'est possible. Il faut que la personne soit prête avant tout. On propose souvent une séance d'information. Et, en fonction des informations que nous avons proposées, la personne peut réfléchir à reporter éventuellement l'apprentissage du braille. Ce n'est pas un passage facile tellement c'est long et c'est vraiment difficile. Mais on est là pour aider les personnes au maximum."

L'ASBL " La Lumière " met en évidence aujourd'hui, en cette Journée mondiale du braille, le fait que ce système d'écriture s'adapte de plus en plus aux nouvelles technologies. Est-ce que vous pouvez nous expliquer de quelle façon ?

Anne Dautrebande : "Dans mon travail, j'utilise un ordinateur classique, comme tout le monde. Et sur l'ordinateur, j'ai deux adaptations : ce qu'on appelle une synthèse vocale, donc une voix robotique qui lit ce qui est écrit à l'écran, et un afficheur braille qui affiche une partie de lignes qui est affichée à l'écran également. Donc, le sonore et le braille se complètent totalement, car si je tape un mot — par exemple 'bonjour' — et je tape deux 'r', auditivement la synthèse vocale va me dire 'bonjour'. Pour moi, c'est correct, mais si je le lis en braille sur ma plage tactile, je vais voir que j'ai inscrit deux 'r ' et je peux corriger les fautes. Donc, le braille donne vraiment accès à l'orthographe, à la lecture de certains mots étrangers, des noms propres qui sont difficiles à lire, etc."

Est-ce que les pages Internet sont aussi de plus en plus ouvertes aux malvoyants ?

Anne Dautrebande : "Les plages Internet sont accessibles, mais certaines ne le sont pas parce qu'il faut savoir que la synthèse vocale et l'afficheur braille ne transcrivent que ce qui est texte. Ce qui est graphique — des photos, des vidéos — ils ne le transcrivent pas, donc il y a certaines normes aussi qui sont appliquées pour créer des pages web, mais malheureusement tous les sites ne sont pas toujours adaptés et accessibles."

Vous parlez de l'aide sonore qui prend de plus en plus le pas. Mais par contre vous êtes deux ferventes adeptes du braille et vous le défendez corps et âme, parce que l'aide sonore, pour l'instant, prend beaucoup plus de place et le remplace. Pourquoi est-ce que vous accordez autant d'importance au braille par rapport à l'aide sonore ?

Anne Dautrebande : "Pour les personnes fortement malvoyantes ou aveugles, le braille est indispensable, car il donne accès à la culture, à l'éducation, à la scolarité et également à trouver du travail."

Reportage de notre JT 13h sur la journée mondiale de la Ligue braille:

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