Des Japonaises veulent pouvoir garder leur nom de jeune fille

Des Japonaises, qui demandent en justice à garder leur nom, parlent à la presse le 14 février 2011 à Tokyo
Des Japonaises, qui demandent en justice à garder leur nom, parlent à la presse le 14 février 2011 à Tokyo - © AFP - Yoshikazu Tsuno

Quatre Japonaises vont défendre lundi devant un tribunal de Tokyo le droit de conserver leur nom de jeune fille et réclamer l'abrogation d'une loi datant de la fin du XIXe siècle qui impose aux femmes d'adopter le nom de leur mari.

Le groupe -- qui inclut également l'un des époux -- demande également des compensations financières pour les souffrances émotionnelles subies.

Cette plainte fait partie d'un mouvement visant à obtenir une plus grande égalité des sexes au Japon, où la société continue à considérer que les femmes doivent renoncer à leur carrière une fois mariées, pour s'occuper de leur intérieur et élever les enfants.

L'une des plaignantes, Kyoko Tsukamoto, 75 ans, a confié à l'AFP que le fait d'avoir été forcée d'utiliser le nom de son mari pendant plus d'un demi-siècle l'avait "traumatisée au plan psychologique".

"Mon nom est le reflet de ma personnalité", a expliqué cette enseignante à la retraite qui utilise son nom de jeune fille dans le privé, mais doit recourir à celui de son mari sur les documents officiels, sur son passeport et sa carte de crédit.

"Je suis née sous le nom de Kyoko Tsukamoto et je veux mourir ainsi. C'est mon souhait".

Kyko Tsukamoto, originaire de Toyama (centre), a reconnu que son mari n'était pas d'accord pour qu'elle remette en cause leur certificat de mariage mais elle a décidé de se joindre aux autres plaignantes après avoir tenté en vain pendant des décennies de convaincre des élus de changer la loi.

Les cinq plaignants réclament au total cinq millions de yens (45.000 euros) en réparation de leurs souffrances psychologiques.

Ils accusent la loi de violer la constitution, qui garantit des droits égaux aux époux.

L'article 750 du Code civil japonais stipule que les couples mariés doivent porter le même nom, dans la grande majorité des cas celui du mari, bien que certains hommes adoptent celui de leur femme si elle est par exemple d'origine noble.

La loi a été adoptée en 1898 quand le Japon a pour la première fois imposé à tous ses citoyens d'avoir un patronyme.

L'espoir d'une révision du Code civil a été relancé avec l'arrivée au pouvoir en septembre 2009 du Parti Démocrate du Japon (PDJ, centre-gauche), après plus d'un demi-siècle de domination des conservateurs.

Toutefois, le projet de réforme est resté lettre morte face à la ferme opposition d'un petit parti membre de la coalition gouvernementale, le Nouveau Parti du Peuple (NPP).

Son chef, Shizuka Kamei, s'est exclamé: "Pourquoi devrions-nous utiliser des noms différents dans une même famille? Cela fait partie de notre vie et de notre culture".

L'opinion publique nippone est très divisée sur cette question.

Dans une récente enquête du gouvernement, 37% des personnes interrogées ont déclaré soutenir une révision de la loi, alors que 35% y sont opposées.

Sakura Uchikoshi, avocat des plaignants, a rappelé que le Japon était l'un des rares pays développés à conserver le système de domination du nom de l'époux, malgré la recommandation des Nations Unies d'abolir ce règlement "discriminatoire".

"Puisque le débat politique est bloqué, nous espérons que l'action en justice pourra faire bouger les choses", a-t-il dit.

Les plaignants comptent sur une victoire au tribunal pour faire avancer leur cause.

"Les noms doivent être choisis non pas par la loi, mais par les individus", a souligné Emie Kayama, une autre plaignante.

"Je pense qu'il est faux de penser que des couples ne sont pas réellement mariés uniquement parce qu'ils portent des noms différents", a estimé cette femme écrivain de 39 ans.

AFP
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