Des inondations extrêmes : le Giec les annonçait en 1990, rappelle Jean-Pascal Van Ypersele

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Le rapport a 31 ans. Il parlait de la canicule de l’année dernière et des inondations de cet été. © RTBF

Il l’a dans les mains. Blasé, Jean-Pascal Van Ypersele est venu avec le tout premier rapport du Giec (le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sur le plateau de l’édition spéciale de notre JT ce midi. "Il a été publié en 1990", précise le professeur de climatologie à l’Uclouvain. Il n'en lit qu’une seule phrase. "L’effet de serre accentuera les deux extrêmes du cycle hydrologique, c’est-à-dire qu’il y aura plus d’épisodes de pluies extrêmement abondantes et plus de sécheresses prononcées."

On les invite un peu comme aujourd’hui, quand il y a une catastrophe.

"On ne peut pas dire qu’on n’a pas été avertis", enchaîne le professeur. "Avant même que le Giec n’existe, les experts tirent la sonnette d’alarme depuis tellement longtemps et sont si peu écoutés. On les invite un peu comme aujourd’hui, quand il y a une catastrophe. Quand la catastrophe est là. On s’occupe beaucoup trop peu de la prévention notamment du côté des infrastructures qui n’ont pas été prévues pour absorber de tels débits d’eau."

Il parle des inondations mais aussi des températures extrêmes comme c’était le cas l’année dernière. "Les bâtiments n’ont pas été prévus pour résister aux canicules, continue le climatologue. On en a très peu parlé : en 2020, (la chaleur) a tué 1400 personnes en Belgique."


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La prévention doit passer par ces changements d’infrastructures mais aussi par la réduction urgente des gaz à effet de serre, répète inlassablement Jean-Pascal Van Ypersele. "On a déjà augmenté nos émissions de CO2 de 50% depuis le début de l’industrialisation. Si on ne réduit pas très rapidement nos émissions de CO2, on va avoir encore plus chaud et le climat va être encore plus déréglé en dessous de cette couche isolante."

On ne peut pas expliquer ce qu’il se passe en ce moment sans parler du dérèglement du climat

"Je n’ai pas la preuve publiée dans une revue scientifique mais mon sentiment (et j’ai quand même 40 ans d’expérience), c’est qu’on ne peut pas expliquer ce qu’il se passe en ce moment sans parler du dérèglement du climat", réagit le climatologue en direct. Et de citer un autre rapport du Giec publié il y a 10 ans. "Il est probable que les précipitations qui reviennent tous les 20 ans se répéteront tous les 5 à 10 ans d’ici la fin du XXIe siècle dans de nombreuses régions."

Guérir…

Ne pas attendre. Voilà la principale recommandation aux autorités que fait l’expert en climat. "Pas seulement dans les discours, réagit-il avec une pointe d’exaspération. Il faut des actions beaucoup plus déterminées."

Le premier volet de mesures à mettre en place concerne l’adaptation des infrastructures pour éviter les catastrophes que l’on connaît aujourd’hui. Et le climatologue d’énumérer des endroits où agir :

"Et la liste est encore très longue", continue l’expert climatique. "C’est ce qu’on appelle l’adaptation au changement climatique."

…et prévenir

L’autre volet est celui de la prévention. Là aussi, c’est urgent. "Il faut réduire les gaz à effet de serre sinon ce genre de situations va encore s’aggraver", répète-t-il. "Au lieu de voir le degré d’augmentation de gaz à effet de serres que vous voyez sur ma cravate", dit-il en montrant les lignes allant du bleu au rouge, on va aller à la fin du siècle vers 3 à 4 degrés de plus. C’est inimaginable."

Les autorités y travaillent. Ce mercredi, l’Union européenne annonçait justement son plan pour sauver le climat. Un plan insuffisant pour le professeur. "Ça va dans le bon sens et il faut espérer que tout ce qui a été proposé hier soit mis en œuvre, ça reste encore à démontrer. Le conseil et le Parlement européen doivent encore donner leur accord respectif. C’est encore un ensemble de propositions… mais c’est insuffisant. Et puis, le reste du monde doit aller dans le même sens aussi."

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