Des images choquantes obligent la mairie d'Alès à fermer un abattoir

Les images avaient été tournées au printemps dernier : une cinquantaine d’heures d'images soigneusement montées et commentées par l’actrice Hélène de Fougerolles et le vétérinaire Gilbert Mouthon viennent seulement d’être dévoilées au grand public par l’association de défense des animaux L214.

Des images d’abattoir que l’on pourrait qualifier de carnage : "Des animaux étourdis qui manifestent des signes de conscience au moment de la saignée, des porcs entassés et asphyxiés dans des fosses. Derrière les murs de l’abattoir d’Alès chevaux, vaches, veaux, cochons, agneaux et moutons y sont tués dans un océan de souffrance et d'indifférence" peut-on lire sur la page d’accueil du site spécialement mis en ligne par l’association.

Assommés au pistolet

On peut également y lire que 3000 chevaux y sont abattus chaque année. Ils sont assommés au pistolet à tige perforante. Certains reprennent conscience sur la chaîne d’abattage. Les moutons quant à eux sont égorgés en pleine conscience dans un tonneau rotatif. Leurs congénères se font découper sous leurs yeux. Les bovins subissent le même sort et eux aussi sont égorgés en pleine conscience sans étourdissement. Ils sont massacrés au couteau et agonisent pendant de longues minutes.

L214 a consacré un un site internet rien que pour cet abattoir, afin de mobiliser la population à travers une pétition qui réclament purement et simplement la fermeture du lieu. Pour chaque animal une vidéo de plusieurs minutes est mise a disposition "pour ceux qui se sentent capable de regarder".

Gilbert Mouthon, vétérinaire et expert près des Cours Administratives d’Appel de Paris et de Versailles qui commente cette vidéo à également établit un rapport d'expertise où il dénonce les méthodes d’abattage pratiquées dans l’abattoir.

Ouvriers mal formés

Il y dénonce une cruauté évidente et inutile envers ces animaux, due à un mauvais matériel, des ouvriers mal formés, des espaces non adaptés. "Le personnel chargé du contrôle de l’inconscience des animaux avant suspension ne respecte pas le règlement CE 1099/2009 article 5. Ils donnent des coups de pied aux animaux étourdis, méthode non admise par la CE."

Il y constate également un manque d’hygiène notamment sur les bovins : "Il faut noter une grande quantité de bouses séchées sur la toison de beaucoup de bovins montrant l’absence de surveillance et d’inspection ante mortem par le vétérinaire sanitaire. Les matières fécales des bovins sont contaminées de différents germes pouvant être pathogènes et en particulier des colibacilles dits tueurs. Il s’ensuit un risque important de contamination possible de la plaie de saignée ainsi que des carcasses lors du dépeçage."

Lourdes conséquences pour l'économie agroalimentaire locale

Du côté de la mairie, Max Roustan a envoyé un communique de presse où il se dit "ému par ces images" et ordonne "la fermeture immédiate à titre conservatoire de l’établissement ainsi que le lancement d’une enquête administrative interne sur d’éventuels manquements aux normes d’abattage des animaux". La mairie précise que des sanctions seront prises si des fautes sont reconnues à l’issue de l’enquête, "pouvant aller jusqu’à la fermeture définitive de l’abattoir".

Selon Le Monde, bien que le maire de la ville se dise "ému" par les images et ordonne la fermeture "à titre conservatoire" de l’abattoir, la mairie d’Alès regrette déjà les conséquences que pourrait avoir la diffusion de celles-ci : la "fermeture définitive [de l’abattoir] condamnerait la filière agroalimentaire locale tant dans son volet agricole (…) qu’au niveau économique, avec cent vingt emplois directs et indirects".

Contactée par Le Monde, la mairie a refusé de commenter davantage le dossier. Sur son site, l’abattoir municipal d’Alès dit traiter chaque année "20 000 porcs, 40 000 ovins et 6 000 bovins", et répondre "entièrement aux normes européennes".

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