Des gisements gaziers épuisés au large des Pays-Bas pour stocker le CO2 : la solution B pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ?

D’ici 10 ans en 2030, l’Europe veut réduire de 55% ses émissions de gaz à effet de serre. Les ports d’Anvers, Gand et Rotterdam sont particulièrement concernés puisqu’ils concentrent les plus grosses entreprises pétrochimiques du Benelux. Mais ils proposent, désormais, une solution : elle consiste à capturer ce CO2 et à l’enfouir dans d’anciens gisements de gaz.

Une plateforme de forage à 20 kilomètres de la côte

C’est une plage nichée à l’extrémité du port de Rotterdam. Elle offre une vue imprenable sur l’embouchure du port et la mer du Nord. C’est ici que Sjaak Poppe, le porte-parole du port de Rotterdam nous a donné rendez-vous. Il ne remarque pas notre présence car il fixe intensément un point sur l’horizon de la mer. Quand nous lui demandons ce qu’il observe, il nous répond : "Là-bas, à une vingtaine de kilomètres au large, il y a un gisement gazier épuisé. Il y a une plate-forme de forage maintenant et ce gisement, épuisé, va servir à stocker du CO2 provenant des industries de Rotterdam."

Un ancien gisement trois kilomètres sous la mer

Les entreprises portuaires de Rotterdam souhaitent réinjecter leur CO2, c’est-à-dire leur fameux gaz à effet de serre, dans cet ancien gisement de gaz. Ils vont d’abord le capturer, puis le transporter par pipe-line et enfin le stocker à trois kilomètres dans le sous-sol sous la mer.

Sjaak Poppe ne doute pas de la fiabilité de cette technologie : "La pression de trois km des roches, du sable et de l’eau est tellement grande que le CO2 ne pourra pas s’échapper et nous savons que le gaz naturel est resté enfermé là-bas pendant des millions d’années. Ce n’est pas une cavité vide. C’est du grès avec des sortes de petites niches. Entre 5 et 7% des rochers sont des espèces de petites niches et elles vont être remplies."

2,5 millions de tonnes de CO2 par an stockés

Pendant 15 ans, Rotterdam compte réinjecter 2,5 millions de tonnes de CO2 par an dans cet ancien gisement gazier, l’équivalent de 10% des émissions totales de C02 du port.

A 78 km de là, le port d’Anvers concentre les plus grosses industries pétrochimiques de Belgique comme BASF, Air Liquide, Total, Exxon Mobile. Elles émettent un cinquième du CO2 de la Belgique et elles voudraient profiter aussi de cette aubaine. Le port de Rotterdam compte, en effet, exploiter d’autres anciens gisements de gaz à l’avenir et ne voit pas pourquoi d’autres ports ne s’associeraient pas au projet.

Les ports concentrent une bonne partie de l’industrie pétrochimique de nos deux pays. Anvers, Gand et Rotterdam représenteraient un tiers des émissions de CO2 du Benelux. Pour Jacques Vandermeiren, CEO du Port d’Anvers, tout reste à faire : "Nos entreprises doivent décider d’installer une infrastructure pour capter le CO2 dans leurs installations. Ensuite, il faut construire un réseau de canalisations qui vont passer de l’un à l’autre pour ensuite arriver à un terminal où on va liquéfier ce CO2. Après deux options sont possibles, soit envoyer ce CO2 par pipe-line jusqu’à Rotterdam ou bien le transporter par bateau."


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Coût du projet : 3,3 milliards d’euros. Mais Anvers en est conscient : le temps presse. D’ici 2030, ses entreprises doivent répondre aux objectifs de l’Union européenne : réduire de 55% leurs émissions de C02. Pour Edwin Zaccaï, spécialiste de l’environnement à l’Université Libre de Bruxelles si cette technique de stockage peut résoudre une partie du problème, elle ne doit pas être l’unique solution : "Il faut avant tout réduire nos émissions de CO2."

"Il ne faut pas que ce type de solution donne l’impression de pouvoir se passer de l’effort de réduire nos émissions de CO2. Ça ne sera jamais qu’une solution parmi d’autres. Par ailleurs, il faut absolument contrôler les risques et les risques à long terme."

Car, selon cet expert, il n’est pas exclu qu’à long terme le CO2 s’échappe progressivement de son étau et n’acidifie la mer. Et puis si nous arrivons à stocker quelques dizaines de millions de tonnes de CO2 de cette façon, nous sommes loin des 55 milliards de CO2 rejetés par an dans le monde.

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