Des filtres à intégrer dans les masques distribués lors du déconfinement : efficace ou pas ?

Le port du masque pour tous est désormais officiellement recommandé : c’est un des éléments que l’on retient de la conférence de presse de la Première ministre Sophie Wilmès (MR) hier soir. On le constate : entre les premiers jours de l’épidémie de coronavirus et aujourd’hui, les choses ont évolué quant au port du masque dans l’espace public. Jugée inutile au départ (quand on n’est pas malade), la barrière que constitue ce masque fait désormais partie de l’éventail des mesures pour contrer le Covid-19 et sa diffusion.

Pratique fortement recommandée dans l’espace public

"Se couvrir la bouche et le nez fera partie des bonnes pratiques pendant ce déconfinement. Cela peut se faire par l’intermédiaire d’un masque dit 'de confort' ou d’une autre protection alternative (écharpe, bandana). Cette pratique sera fortement recommandée dans l’espace public ; obligatoire dans les transports en commun pour les usagers de 12 ans et plus", expliquait Sophie Wilmès ce vendredi après 22 h.

La mesure entrera en vigueur à partir du 4 mai, même si des citoyens portent déjà un masque, souvent confectionnés à la maison, compte-tenu de la pénurie dans le commerce. Le SPF Santé publique propose d’ailleurs depuis quelques jours un tutoriel sur le site www.faitesvotremasquebuccal.be reprenant toutes les étapes de fabrication et les règles d’hygiène à respecter.

Plusieurs communes organisent déjà des opérations de distributions de masques, d’autres se sont mis en cheville avec des fabricants afin de procéder à un approvisionnement prochain de leurs administrés. En tout cas, "le gouvernement fédéral et les entités fédérées travaillent ensemble afin de procurer gratuitement à chaque citoyen au moins une protection en tissu normé", précise Sophie Wilmès. A Bruxelles, le gouvernement bruxellois réuni en Conseil des ministres jeudi a décidé de commander plusieurs centaines de milliers de masques. Distribution prévue à partir du 4 mai.

Un filtre à café, filtre à charbon

Autre détail dans les annonces de vendredi : "Les autorités souhaitent également distribuer deux 'filtres' à chaque citoyen afin que celles et ceux qui le souhaitent puissent les intégrer dans les masques déjà acquis ou confectionnés." Mais de quel filtre s’agit-il ? Qui va les commander ? Et qui va les distribuer ? Sera-ce en même temps que le masque ? Enfin, un filtre peut-il augmenter l’efficacité d’un masque en tissu (les masques FFP2 professionnel avec filtre intégré étant eux réservés au personnel médical ou dans les homes) ?

Ce que l'on sait, c'est que la commande est prise en charge par le ministre Koen Geens (CD&V), lequel est en contact avec les autorités locales, via les unions des villes et des communes, pour le volet distribution.

Contacté ce samedi matin, le Centre de crise n’a pas pu fournir de précisions quant aux spécificités techniques de ces filtres. Sur le site www.faitesvotremasquebuccal.be, on explique que le masque "fonctionne comme une taie d’oreiller miniature : en bas se trouve une ouverture avec une enveloppe, comme pour la plupart des taies d’oreiller. Un filtre remplaçable peut être glissé dans cette ouverture et sera maintenu en place par l’enveloppe. Le filtre est donc assuré de rester en place, lorsqu’il est porté."

Mais de quel filtre s’agit-il ? Sur le même site, on parle d’un "matériel de filtre remplaçable avec + /- la taille de votre masque buccal tel qu’un sac d’aspirateur ou un filtre à charbon".

Substances irritantes, toxicité…

Toutefois, en France, l’utilisation d’un sac d’aspirateur est fortement déconseillée. En France, l’AFNOR, l’Association française de normalisation met en garde sur son site Internet : "Malgré leur bonne capacité filtrante, ces types de filtres ne répondent pas à l’exigence […] 'Innocuité de l’air inhalé'. En effet, ces matériaux sont susceptibles de libérer dans l’air inhalé des substances irritantes pouvant causer un risque d’allergie (en particulier de crises d’asthme grave) et/ou de toxicité. De plus, ces types de filtres ne présentent pas de bons résultats en termes de respirabilité. Cette configuration ne permet peut-être pas d’avoir un masque lavable en fonction des matériaux envisagés."

En France, on préconise le coton ou un textile synthétique afin de renforcer la barrière. Interrogé par nos confrères de France 3, Frédéric Dionnet, physicien et directeur du CERTAM (Centre Régional d’Innovation et de Transfert Technologique) à Rouen : "Ce n’est pas la peine d’inventer des trucs incroyables, optons pour le coton".

Rappelons que le masque sert d’abord à protéger les autres : c’est une barrière collective. Le SPF Santé publique le dit également : "Portez le masque vous-même si vous êtes malade. N’utilisez pas ce masque buccal pour approcher, ni pour soigner une personne infectée. Évitez surtout d’infecter les autres ! Comportez-vous comme si vous étiez infecté, et que la personne devant vous l’est également."

Filtres à café au CHU de Liège

Le mois dernier, un reportage diffusé par la télévision communautaire RTC montrait une simulation d’opération. A l’image, des médecins et des infirmiers se recouvre le visage d’un filtre à café. Mais il s’agissait d’un entraînement. "C’est simplement pour ne pas utiliser de vrais masques lors des simulations", rassurait Lucien Bodson, responsable des plans d’urgence au CHU de Liège dans Le Soir. "Muni d’un élastique, le filtre à café peut simuler, pour les entraînements, un masque FFP2 puisqu’il va se mettre et se démettre de la même façon."

 

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