Des drones pour remplacer les abeilles? "Trop chers et pas assez intelligents"

Ce petit robot pollinisateur télécommandé, muni de quatre hélices, est recouvert de trois millions de poils de cheval enduits d'un gel ionique.
Ce petit robot pollinisateur télécommandé, muni de quatre hélices, est recouvert de trois millions de poils de cheval enduits d'un gel ionique. - © Tous droits réservés

Un mini drone équipé d'un gel spécial qui lui permet de polliniser des fleurs a été créé par des chercheurs japonais pour venir en aide aux abeilles, essentielles pour féconder les récoltes mais menacées par la pollution et les pesticides.

Ce petit robot pollinisateur télécommandé, muni de quatre hélices, est recouvert de trois millions de poils de cheval enduits d'un gel ionique, c'est-à-dire électriquement chargé, qui capture le pollen sur une fleur avant d'aller le déposer sur les pistils d'une autre. Ces drones peuvent fonctionner à l’heure actuelle 2 heures et demie grâce à des piles rechargeables.

Les drones sont encore trop grands

Un premier test a été effectué en laboratoire, il a été concluant. Le drone s’est bien déplacé de fleur en fleur pour y déposer le précieux pollen.

Les ingénieurs japonais qui l’ont construit estiment que c’est LA solution face au déclin des abeilles observé depuis des années. Mais plusieurs freins demeurent. D’abord, le test a été réalisé sur des grandes fleurs, des lys: les manœuvres du drone ont donc été très faciles. Même si ce drone est déjà fortement miniaturisé, il est encore bien trop large en comparaison de l’abeille qui fait moins de 2 centimètres.

Un coût inimaginable

Ensuite, il faut que le drone se dote d’un GPS, et surtout d’une intelligence artificielle, car ce travail de pollinisation des abeilles n’est pas fait au hasard. Il est le fruit de toute une organisation, d’un travail précis, comme l’explique Pierre Rasmont, professeur de zoologie: "L’acte de pollinisation, l’acte de visite d’une fleur est toujours quelque chose que les animaux doivent apprendre. Il y a une partie d’instinct et une partie d’apprentissage. Ce n’est pas facile techniquement de visiter une fleur, il faut arriver à accéder au nectaire, il faut accéder au pollen, et puis il faut détacher le pollen des étamines et puis il faut le transporter. C’est quelque chose de compliqué et les abeilles sont des animaux qui ont un niveau intellectuel assez élevé. On ne peut pas imaginer inventer un drone qui fasse tout ça."

Inimaginable donc pour le professeur Rasmont de remplacer toutes les abeilles par des drones: "Dans la nature ici, par hectare vous avez entre 1000 et 10 000 insectes pollinisateurs. Vous ne pouvez pas imaginer de remplacer ces insectes pollinisateurs par des machines. Rien que le coût est inimaginable."

Autre solution: la pollinisation manuelle

Ces drones pourraient-ils alors remplacer la pollinisation à la main? "Je pense par exemple à la pollinisation de la vanille, explique Pierre Rasmont. Un des plus gros pays producteurs de vanille est Madagascar. Mais la plante du vanillier, est originaire d’Amérique du Sud. Alors en Amérique du Sud, le vanillier est pollinisé par des abeilles tout à fait particulières, qu’on ne trouve qu’en Amérique du Sud. Quand on a importé les vanilliers à Madagascar, on n’a pas pu amener l’abeille, c’est simplement impossible de la transplanter. Et donc, pour pouvoir produire les gousses de vanille à Madagascar, il faut faire la pollinisation à la main. Mais c’est une opération difficile. Je n’imagine pas qu’un drone puisse le faire à la place d’un ouvrier."

Ces futurs drones-abeilles semblent donc être une belle avancée technologique, mais ne seront pas la solution face au déclin des abeilles. Mieux vaut donc plutôt soutenir tout le travail de sauvegarde des abeilles. Ce sera moins cher.

 

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