Des « données contre le Corona » : votre téléphone peut lutter contre le virus

C’était dans l’air depuis le début de la semaine dernière, c’est aujourd’hui officiel : les opérateurs mobiles Proximus, Orange, Base mettront leurs données en commun, avec celles du SPF Santé publique dans le but de combattre le coronavirus en Belgique.

Les autorités politiques compétentes (Maggie De Block, ministre et de la Santé et Philippe De Backer, ministre de l’Agenda numérique et de la Protection de la Vie privée) ont officiellement mis en place la "Data Against Corona Taskforce". Outre les opérateurs et les scientifiques du SPF Santé, ce groupe de travail accueille plus experts "tech", dont deux spécialistes des data : Sébastien Deletaille, patron de la start-up axée santé Rosa et Frédéric Pivetta, Managing Partner de Dalberg Data Insights.

Pourquoi faire ?

Que va faire cette "task force" ? A l’aide des données émises par les téléphones portables, il peut être possible, selon les experts, de cartographier la localisation et la dispersion de la maladie, de créer des applications à même de mesure l’impact des mesures prises par le politique, de lancer des campagnes d’information dans des zones ciblées, voire à haut risque, etc.

Selon Philippe De Backer, "les applications seront sélectionnées sur base de leur utilité pour la santé publique et leur respect de la vie privée de nos citoyens. En temps de crise, il est important de garder la confiance de la population en la technologie utilisée par le gouvernement et le respect de la vie privée. Pour cette raison, le groupe de travail vise à travailler en parfaite transparence et communiquera ouvertement lors de l’implémentation de certaines applications. "

Le 12 mars, nous avions rencontré l’une des chevilles ouvrières de cette nouvelle "task force" : Frédéric Pivetta. Ce cofondateur de la société spécialisée en intelligence artificielle Dalhberg Data Insights, passé par Harvard après l’ULB, a déjà aidé plusieurs pays touchés par des crises sanitaires : en Afrique de l’Ouest contre Ebola et en Amérique Latine contre le Zika et le Dengue, et ce en utilisant les données des téléphones portables ! Pour Frédéric Pivetta, "utiliser les données télécoms, qui permettent de savoir où vont les gens permet, soit de prévoir où mettre des zones de quarantaine, soit améliorer, optimiser l’éradication du virusSi on sait où les gens malades résident et qu’on sait où d’habitude les gens qui résident vont, en gros, ce que sont les réseaux de mobilité de la Belgique, ça permet de savoir où la maladie va se répandre, les gros carrefours de mobilité, là où il y a de fortes interactions sociales. Cela permet donc en utilisant la mobilité, de déterminer où la maladie va se répondre. Et donc l’éradiquer de manière beaucoup plus efficace."

Dans un contexte où la Belgique est en confinement, l’utilité de ces données mobiles est primordiale lorsqu’il s’agira de baisser d’un cran les mesures drastiques en cours : "Dans la 'descente' des mesures, la question se posera de savoir dans quel ordre on va 'déconfiner' les gens, dans quel ordre on va essayer d''éradiquer' la maladie. Toutes ces analyses sont de mobilité sont importantes pour gérer l’après-confinement."

Quid de la vie privée ?

C’est évidemment la question qu’on peut légitimement se poser. Frédéric Pivetta est très clair : "On ne suit personne, les données sont anonymisées, toutes ces données agrégées, personne n’est suivi à un niveau individuel. On ne viole en aucun cas la vie privée."

Pour cet expert, "on pense qu’il y a moyen de faire plus, sans violer la vie privée, en continuant à agréger la vie privée, en utilisant des moyennes, plutôt qu’en regardant des individus."

Au final, Frédéric Pivetta souhaite une chose simple : "utiliser ce qu’on a pu acquérir comme expérience dans les pays émergents, pour la Belgique".

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