Censés être recyclés, des déchets belges retrouvés dans des décharges clandestines à des milliers de km de chez nous

Si cela paraît incroyable au premier abord, c’est pourtant réel : des déchets belges se retrouvent à des milliers de kilomètres de chez nous, en Turquie ou en Malaisie dans des décharges clandestines. "Questions à la Une" est allé enquêter pour comprendre les dessous du tri de nos déchets belges.

En moyenne, un Belge consomme 15 kilos de PMC par an, et il serait même le champion d’Europe du recyclage. En mettant ses déchets de bouteilles de shampoing et flacons en plastique de lessive dans nos sacs bleus, on est persuadés de ne pas déroger à la règle du tri sélectif.


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Et pourtant, beaucoup d’emballages de ces produits que l’on utilise quotidiennement sont mal conçus et donc impossibles à recycler. Par exemple, les bouteilles de thé avec étiquettes intégrales ou encore des célèbres bouteilles de ketchup qui contiennent des additifs problématiques, impropres au recyclage.

Ils finiront donc incinérés dans des décharges où des tonnes de CO2 seront rejetées dans l’air.

Vietnam, Inde, Turquie, Malaisie… les poubelles de l’Occident

Outre les déchets ménagers, le vrai problème écologique majeur concerne les déchets industriels : des rebuts en plastique issus de la grande distribution, de la construction ou des services. Faute d’installations suffisantes chez nous, ces déchets sont massivement envoyés à l’étranger. La Belgique serait donc le cinquième plus gros exportateur de déchets au monde selon un rapport de GreenPeace. En effet, nos déchets plastiques sont envoyés dans des quantités considérables un peu partout dans le monde, dans des containers, le plus souvent par voie maritime.

Ainsi, en 2018, 530.000 tonnes de déchets belges ont été exportées vers d’autres continents, dont 33.000 tonnes ont atterri en Malaisie.

Normalement, ces déchets doivent terminer leur course dans des usines de recyclage. Pourtant, comme a pu le constater notre équipe, nos emballages plastiques finissent le plus souvent dans des décharges sauvages, où ils pourrissent ou sont incinérés à l’air libre. Des pratiques dangereuses pour les habitants voisins et l’environnement. A Sungai Petani, une ville située à 500 km de Kuala Lumpur, le docteur Tneoh Shen Jen tire la sonnette d’alarme :

À moyen termes, cette pollution va créer des maladies cardio-vasculaires et à plus long terme, il y aura des cancers. Si on continue de jeter ces déchets dans notre pays, on deviendra tous malades, et notre terre deviendra du poison… Tout comme nos rivières et l’eau que nous buvons.

Une crise environnementale planétaire

Aujourd’hui, beaucoup de pays refusent d’accepter les déchets des Européens et opèrent à des "retours à l’envoyeur" bien plus régulièrement. La Chine, qui recevait auparavant les deux tiers des déchets plastiques produits dans le monde, a décidé d’en stopper l’importation en janvier 2018. Les Occidentaux se tournent donc vers d’autres états, dont la Malaisie qui, pour l’instant, continue d’importer des déchets. Mais les scandales pourraient pousser ces "nouveaux importateurs" à refuser nos déchets à leur tour.

Outre ces décisions prises pour faire réagir les pays exportateurs, les solutions à ce problème de déchets sont claires. Pour les associations écologiques en effet, réduire la consommation de plastique, améliorer les filières de traitement des déchets et surtout devenir autonome en matière de recyclage serait déjà un pas immense pour le bien-être de notre planète.

L'intégralité du reportage de Questions à la Une

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